LEBOUCHER Gustave, Eugène [dit Édouard ou Léon] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, Guillaume Davranche

Né à Paris le 15 août 1850 ; mort à Nanterre (Seine) le 8 novembre 1909 ; ouvrier cordonnier ; anarchiste.

Gustave Leboucher (1894)
Gustave Leboucher (1894)
Album Bertillon, 1894.

Militant du « demi-quarteron » qui initia le mouvement anarchiste en France, Leboucher appartint au Parti ouvrier fondé au congrès de Marseille (1879), à l’époque où les anarchistes n’en avaient pas encore fait scission. Il en fut candidat dans le quartier de Belleville, à Paris 20e, en 1881, et obtint 7,7 % des suffrages des électeurs inscrits. Il résidait alors au 31, rue des Couronnes. Un rapport de police de 1881 le présentait comme « très intelligent et spirituel même à ses heures, mais ayant une mauvaise prestance : il est petit et gros ». Durant la commémoration de la Commune de Paris de mars 1882, il figurait dans les rangs socialistes, selon Le Droit social du 4 juin. En juin 1882, avec Raoux, il fut un des meneurs de la grève des cordonniers parisiens.

Il fut ensuite un des principaux « meneurs » anarchistes de la place parisienne des années 1880. Homme de petite taille, aux traits réguliers, moustache et barbe mal taillées, portant blouse et foulard, il avait du tribun la voix éclatante et le geste dramatique. Sa phrase ample, directe, retenait l’attention d’un auditoire qu’attirait la violence de ses propos. Le journaliste du Figaro Charles Chincholle voyait en lui en 1884 « un des héros des meetings ouvriers ».

Tout au long de sa carrière militante, Leboucher eut à subir plusieurs condamnations pour cris séditieux, vente de journaux anarchistes sur la voie publique, provocation à attroupement, au meurtre et au pillage ou pour affiliation à une association de malfaiteurs. Outre cordonnier, il exerça cependant plusieurs autres métiers : garçon boucher, poseur de stores, vendeur de journaux, et subit de longues périodes de chômage.

Durant l’année 1884, il fut un des principaux protagonistes de l’agitation parmi les chômeurs. Le 23 novembre 1884, il prit la parole au grand meeting des ouvriers sans travail à la salle Lévis, dont la sortie se transforma en émeute (voir Pierre Naudet).

Le dimanche 7 décembre 1884 il participa à un nouveau meeting des ouvriers sans travail, salle Favié, avec Ponchet, Joseph Tortelier, Émile Digeon, Chabert et Daumast. Lors de la formation de la présidence du meeting, une violente dispute surgit entre blanquistes — qui voulaient imposer Vaillant — et anarchistes — qui voulaient imposer Leboucher. On en vint aux mains et, après une demi-heure de bagarre, Leboucher fut désigné comme président de séance et hissé à la tribune. Les anarchistes dominèrent les débats.

Les 22 et 23 janvier 1885, Leboucher comparut, avec d’autres (voir Pierre Naudet), devant les assises de la Seine pour son discours du 23 novembre à la salle Lévis. Il fut condamné à deux mois de prison et à 100 francs d’amende.

À cette époque, Leboucher écrivait dans le journal Terre et Liberté (voir Antoine Rieffel).

Le 7 février 1885, il fut arrêté aux abords de la Bourse pour avoir distribué des tracts conviant les ouvriers sans travail à un meeting qui devait se tenir le surlendemain place de l’Opéra. Inculpé pour « provocation non suivie d’effet à un attroupement non armé », il comparut le 14 février devant la 8e chambre du Tribunal correctionnel avec Weber, Boiry, Murjas, Launay, Vivier, Ravet, Pierre Martinet, Carnissasso et un Allemand, Albrecht. Pierre Martinet fut condamné à six mois de prison et à cinq ans de surveillance ; Vivier fut condamné à six mois et à 16 francs d’amende pour port d’armes prohibées ; Albrecht fut acquitté ; tous les autres, dont Leboucher, furent condamnés à trois mois de prison.

À cette époque, Leboucher semble avoir traversé une certaine misère. Il délaissait sa femme, paralysée, et vivait avec sa belle-sœur. Porté sur la boisson, il fut interné à Sainte-Anne en mai 1887. Le certificat médical indique : « accès d’excitation maniaque en partie conditionnée par l’abus des liqueurs fortes et principalement de l’absinthe ». Il sortit de Bicêtre, où il avait été transféré, le 17 septembre 1887, et manifesta la volonté de faire campagne contre les conditions terribles faites aux aliénés dans les asiles.

En 1888-1889, Leboucher témoigna d’un ferme antiboulangisme. Le 27 mai 1888, il prit la parole au côté d’Édouard Vaillant devant le mur des fédérés, lors de la manifestation qui rassemblait les anarchistes et les blanquistes antiboulangistes (voir Lucas).

À l’époque, il militait au sein de la Chambre syndicale des hommes de peine fondé quelques années auparavant par Louiche. Au cours d’une réunion tenue le 4 juillet 1888, salle Bourdel, au 236, rue de Belleville, Leboucher précisa le rôle qu’il donnait à cette Chambre syndicale : une association de révolutionnaires toujours prêts à marcher, le terme de syndicat ne devant servir qu’à couvrir l’action anarchiste.

Leboucher fréquenta ensuite le Cercle anarchiste international qui, fondé en 1888, était le principal lieu de rencontre anarchiste à l’époque (voir Alexandre Tennevin). En novembre 1889, il devait y proposer la reconstitution de la Chambre syndicale des hommes de peine, étiolée entre-temps.

Les 1er et 8 septembre 1889, il participa au congrès anarchiste international qui se tint salle du Commerce, à Paris. Il s’y affirma partisan de la théorie du vol défendue par Devertus* et parla de la solidarité dans la société future.

Le 27 mars 1892, dans une réunion, il aurait prôné une alliance entre anarchistes et catholiques, ce qui lui valut, le lendemain, d’être molesté par les vendeurs du Père Peinard qui l’accusèrent d’être un agent provocateur. Le 29 mars, il fut arrêté par la police au sortir de la salle Horel, dans le cadre de la vague d’arrestations préventives opérées par le gouvernement à l’approche du 1er mai, et fut détenu à Mazas. Le 26 avril, il fut cité comme témoin à décharge au procès de Ravachol.

En 1893, il alla combattre à Amiens la candidature antisémite de Drumont.

Emprisonné le 7 mars 1894 au moment des attentats anarchistes, il fut libéré dans la première quinzaine de mai.

Le 4 juillet 1895, alertée par le voisinage, la police vint arrêter Leboucher qui était en train de rouer de coups sa compagne. Après une violente bagarre, le forcené fut maîtrisé et emmené au dépôt. Il habitait alors au 25, rue du Pressoir, à Paris 20e. Suite à cela il fut condamné à un mois de prison.

Cette même année 1895, Leboucher rejoignit le « parti individualiste » naissant et, en décembre, organisa avec Pierre Martinet et Eugène Renard une réunion publique sur « la vérité de l’individualisme et l’hypocrisie de la solidarité » et « les heureuses conséquences que produiraient pour tous, dans un milieu de liberté, les actions accomplies par chacun, pour soi-même ».

Puis Leboucher ne fit plus guère parler de lui. Hospitalisé à Nanterre le 1er septembre 1909, il y mourut le 8 novembre suivant.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154468, notice LEBOUCHER Gustave, Eugène [dit Édouard ou Léon] [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, Guillaume Davranche, version mise en ligne le 1er mai 2014, dernière modification le 15 mai 2014.

Par Jean Maitron, Guillaume Davranche

Gustave Leboucher (1894)
Gustave Leboucher (1894)
Album Bertillon, 1894.

SOURCES : Arch. Ppo BA/1145 — Le Droit social du 4 juin 1882 — Le Matin du 24 au 26 novembre 1884, puis des 23 et 24 janvier 1885 ― Le Figaro des 24 novembre et 8 décembre 1884 — Charles Chincholle, Les Survivants de la Commune, L. Boulanger éditeur, 1885 — Le Journal des débats du 15 février 1885 — La Révolte du 7 et du 14 septembre 1889 — La Gazette des tribunaux du 27 avril 1892 — Le Journal des débats du 5 juillet 1895 ― Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste..., op. cit. ― René Bianco, « Un siècle de presse... », op. cit. ― Gaetano Manfredonia, « L’Individualisme anarchiste en France (1880-1914) »,thèse de 3e cycle, IEP de Paris, 1984 ― Maurice Dommanget, Histoire du Premier Mai, Le Mot et le reste, 2006.

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