JEALLOT Pierre [dit le Tapin] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, Michel Cordillot, Guillaume Davranche, Marianne Enckell

Né à Paris le 22 février 1833, mort à Limeil-Brévannes (Seine-et-Oise) en 1909 ; ouvrier en papier peint ; communard, blanquiste puis anarchiste.

Tambour dans les zouaves sous le Second Empire (d’où son surnom), Pierre Jeallot fut délégué de la Commission ouvrière de 1867 au sein de laquelle il représenta les ouvriers parisiens en papiers peints fantaisie. Il habitait alors 8, rue Chaudron, à Paris 10e.

A la fin de l’Empire, militant actif de l’Internationale, il était blanquiste et appartenait au groupe de Ménilmontant. Il n’avait alors plus qu’un bras valide. Dans son roman Philémon, vieux de la vieille, Lucien Descaves, qui avait recueilli ses mémoires avant sa mort, raconte de lui que « c’était le véritable gamin de Paris, gai, courageux, serviable, et débrouillard comme pas un. Il ne haïssait que les agents de police, qui lui avaient cassé un bras... mais l’autre travaillait pour deux. »

Durant le premier siège de Paris, en 1870, il fut incorporé au 74e bataillon de la Garde nationale. Sous la Commune, il fut élu capitaine et exerça les fonctions de directeur de la boulangerie à la manutention du quai de Billy.

A la fin de la Commune, il parvint à fuir et se réfugia à New York fin 1871. Il repassa néanmoins rapidement l’Atlantique et s’installa Bruxelles où il se trouvait en mars 1872. Puis il passa en Suisse.

Le 4 octobre 1873, le 4e conseil de guerre le condamna par contumace à la déportation dans une enceinte fortifiée.

A Neuchâtel, Pierre Jeallot connut James Guillaume. Il gagna pendant longtemps sa vie en tournant la roue d’une presse dans une imprimerie et adhéra à la section de Neuchâtel de l’AIT.

En 1877, il vivait à la Chaux-de-Fonds. Le 18 mars, il participa à la fameuse manifestation du drapeau rouge à Berne. En juillet, il dut effectuer un bref séjour à Paris. Les 19 et 20 août se tint, en effet, à la Chaux-de-Fonds, le congrès d’une fédération française de l’AIT constituée en avril et dont Alerini*, Brousse*, Dumartheray, Montels*, Pindy* formaient la commission administrative initiale. Après le congrès, Jeallot et Hippolyte Ferré* remplacèrent Brousse et Montels. Jeallot exerça les fonctions de caissier fédéral. A cette époque, selon les mémoires de Kropotkine, il était encore blanquiste.

Jeallot rentra ensuite en France où il intégra les groupes socialistes renaissants. Il allait bientôt faire partie du « demi-quarteron » initiateur du mouvement anarchiste en France.

Le 15 septembre 1878, il fut arrêté avec les membres de l’Internationale qui, autour de L’Égalité de Jules Guesde, avaient décidé de maintenir le congrès international prévu à Paris malgré l’interdiction gouvernementale. Au tribunal, le 23 octobre, il affirma qu’il devait participer au congrès comme délégué d’un « cercle d’études sociales » fort de 40 à 50 membres, et déclara qu’il n’attendait nulle autorisation pour se réunir puisque, étant anarchiste, il ne se soumettait pas aux lois (Le Petit Parisien du 25 octobre 1878). Il écopa de six mois de prison.

A sa sortie, Jeallot continua de fréquenter les réunions socialistes parisiennes qui s’organisaient désormais autour du journal Le Prolétaire, de Paul Brousse. C’est dans ces réunions qu’il rencontra Jean Grave. Avec lui et Minville*, Jeallot confonda en 1879 le Groupe d’études sociales des 5e et 13e arrondissements de Paris, dont Grave fut secrétaire. Le groupe travailla avec Guesde à remettre sur pieds L’Égalité, qui reparut le 21 janvier 1880. Jeallot habitait alors au 140, rue Mouffetard, à Paris 5e.

Les réunions du Groupe d’études sociales des 5e et 13e arrondissements se tenaient chez un marchand de vin, au coin des rues Pascal et de Valence et étaient surtout fréquentées par des ouvriers tanneurs, corroyeurs et mégissiers, les industries de ce quartier où coulait alors la Bièvre. Mais elles reçurent également la visite d’éminents militants anarchistes comme Cafiero, Malatesta et Tcherkessof.

Le 23 mai 1880, il participa à la première manifestation commémorative au mur des fédérés, qui fut suivie par 5 000 personnes, malgré de nombreuses altercations avec la police. Jeallot fut arrêté et retenu plusieurs heures à la prison de la Petite-Roquette.

Du 18 au 25 juillet 1880, Jeallot fut délégué par l’Alliance des groupes socialistes révolutionnaires au congrès ouvrier du Centre, qui devait préparer le congrès national du Havre. Il fut, avec Émile Gautier, Lemâle et Jean Grave, un des représentants de la tendance anarchiste du congrès.

En mars 1881, au sortir d’une réunion, la police arrêta Tcherkessof. Jeallot voulut s’interposer et fut arrêté également. En mai, il écopa de six mois de prison à la Roquette.

Passée cette période initiale du mouvement anarchiste, il reste à éclaircir ce que fut l’activité de Pierre Jeallot. Il finit en tout cas sa vie à l’hospice de Limeil-Brévannes, où il continua d’exercer son métier de peintre. Il rédigea ses souvenirs qu’il communiqua à Lucien Descaves*. L’écrivain en fit une des sources de son Philémon, vieux de la vieille.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154457, notice JEALLOT Pierre [dit le Tapin] [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, Michel Cordillot, Guillaume Davranche, Marianne Enckell, version mise en ligne le 26 mars 2014, dernière modification le 23 mai 2014.

Par Jean Maitron, Michel Cordillot, Guillaume Davranche, Marianne Enckell

ŒUVRE : La Question électorale, Alliance des groupes socialistes révolutionnaires, Paris, 1880, 14 p.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/857, n° 2848 — Archives Eudes (IFHS) — Arch. Gén. Roy. Belgique, dossier de Sûreté, renseignements datés 16 mars 1872 — Le Petit Parisien, 25 octobre 1878 — Kropotkine, Autour d’une vie, Stock, 1898 — James Guillaume, L’Internationale. Documents et Souvenirs, Société Nouvelle de Librairie et d’Edition, passim et, notamment, t. II, 1907, pp. 172, 223, t. IV, pp. 146, 220 — Lucien Descaves, Philémon, vieux de la vieille, 1913, pp. 277, 321, 325 — Jean Maitron, « En dépouillant les archives du général Eudes », L’Actualité de l’Histoire, n° 6, janvier 1954, p. 11 — Maurice Dommanget, "Blanqui et l’opposition révolutionnaire à la fin du Second Empire", Cahier des Annales n°14, Armand Colin, 1960, pp.234 (le nom est orthographié Jallot) — Jean Grave, Quarante ans de propagande anarchiste, Flammarion, 1973 — Jean-Paul Martineaud, La Commune de Paris, l’Assistance publique et les hôpitaux en 1871, L’Harmattan, 2004. – Lettre de Jacques Gross, 22 mars 1925, Max Nettlau Papers, IISG Amsterdam.

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