FEDELI Ugo (Hugo Treue, Hugo Treni, G. Renti) [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy, Marianne Enckell

Né à Milan le 8 mai 1898, mort le 10 mars 1964. Ouvrier spécialisé ; publiciste ; bibliothécaire. Anarchiste individualiste puis anarcho-communiste.

Ugo Fedeli avait commencé à travailler très jeune et ne compléta sa formation professionnelle qu’en suivant des cours du soir d’une école technique. Membre des groupes de jeunes libertaires de Milan qui animaient à l’époque de la guerre de Libye une campagne antimilitariste, formé dans le milieu individualiste, majoritaire à Milan à cette époque, Fedeli se mêla pourtant aux luttes sociales et sa participation en 1913 à une grève organisée par l’Union syndicale italienne USI lui valut sa première arrestation et le fichage par la police comme « anarchiste dangereux ». A la veille de la Première Guerre mondiale, il était l’un des animateurs du journal Il Ribelle (Milan, 9 numéros du 24 octobre 1914 au 20 mars 1915) qui appuyait les anarchistes non-interventionnistes, et où il publia son premier article, « Abbasso la guerra ».

En 1917, appelé sous les drapeaux, il déserta très vite au nom de « principes tolstoiens ». Passé en Suisse, il y fut impliqué dans le complot dit « des bombes de Zurich » avec Bertoni et de nombreux autres, mais il fut relâché au bout de quelques semaines de prison et expulsé en juin 1919.

Revenu en Italie, il était amnistié en 1920. En juillet 1920 il épousa Clelia Premoli qu’il avait rencontrée avant guerre et qui le seconda toute sa vie. Il fut ensuite l’un des fondateurs et correspondants du journal Umanità Nova.

En avril 1921, pour échapper aux fascistes, il s’exila et gagna Berlin avec Pietro Bruzzi, un de ses anciens collaborateurs. Il y retrouva Francesco Ghezzi avec qui, et sous le nom d’Alfred Fidler, il gagna Moscou où avec Ghezzi et Bruzzi il représenta l’USI au congrès de l’Internationale Syndicale Rouge (ISR). Logé à l’hôtel Lux, il rencontra Alexandre Berkman, Emma Goldman et les quelques militants russes encore en liberté. Il regagna bientôt Berlin où il participa comme délégué des anarchistes russes au congrès de fondation de l’AIT, ce qui lui valut d’être arrêté. Il avait traduit son nom en Hugo Treue (« fidèle ») ; ce nom mal lu devint Trene puis Treni, un des pseudonymes qu’il utilisa. Après avoir travaillé comme charbonnier puis dans une imprimerie, il partit en octobre 1923 pour Paris où le retrouva sa compagne ; ils furent d’abord hébergés chez Lucien Haussard, rue de Belleville, avant de louer un petit appartement près du cimetière du Père-Lachaise, qui devint vite un lieu de rendez-vous pour les émigrés italiens. Fedeli allait aussi fréquenter de nombreux compagnons russes exilés, dont Nestor Makhno et Voline. Il participa alors aux débats sur la Plateforme d’organisation de l’union générale des anarchistes (voir Makhno).

Il fut avec S. Faure, Férandel et Durruti l’un des fondateurs de la Librairie Internationale, des Editions anarchistes et de La Revue Internationale Anarchiste (trilingue, Paris, 8 numéros du 15 novembre 1924 au 15 juin 1925) où il était responsable de la partie italienne. Il participa aux campagnes en faveur des militants – dont F. Ghezzi – emprisonnés en URSS ainsi qu’à celles en faveur de Castagna, Ernesto Bonomini, Sacco et Vanzetti. Il collabora également à l’élaboration de L’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure.

Après l’attentat commis en juin 1924 par les fascistes contre Giacomo Matteoti, fut constitué à Paris un Comitato d’azione antifascista réunissant socialistes, républicains et anarchistes ; ces derniers y étaient représentés par U. Fedeli, Erasmo Abate (Hugo Rolland), Alberto Meschi et Armando Borghi.

Expulsé de France au début de 1929 avec toute la rédaction de la Lotta Umana, il passa en Belgique où il publia encore deux numéros du journal. En août 1929 Fedeli gagna l’Uruguay où il continua de militer à Montevideo avec Luigi Fabbri. En décembre 1933, il était extradé et remis aux autorités italiennes qui en 1935 le condamnèrent à cinq ans de relégation. Il passa de camps en prisons ; c’est sur l’île de Ventotene que son fils, qui l’avait suivi avec sa mère, décéda à l’âge de huit ans.

Dans l’immédiate après-guerre il était le secrétaire de la Fédération anarchiste communiste libertaire de Haute Italie, puis de la Fédération Anarchiste Italienne, et membre de la Commission de relations internationales anarchistes (CRIA), avec notamment André Prudhommeaux et Ildefonso Gonzalez. Depuis 1951 il travailla comme bibliothécaire et responsable des activités culturelles de l’entreprise Olivetti à Ivrea et put ainsi rédiger un grand nombre d’ouvrages historiques sur l’anarchisme.

Ugo Fedeli mourut à Ivrea le 10 mars 1964 ; il avait constitué un important fonds d’archives qui fut versé peu après à l’Institut international d’histoire sociale d’Amsterdam, avec sa très importante correspondance.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154432, notice FEDELI Ugo (Hugo Treue, Hugo Treni, G. Renti) [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy, Marianne Enckell, version mise en ligne le 7 mars 2014, dernière modification le 9 décembre 2018.

Par Rolf Dupuy, Marianne Enckell

ŒUVRE : voir sa bibliographie dans le Dizionario biografico degli anarchici italiani

SOURCES : Dizionario biografico degli anarchici italiani, op. cit (notice de M. Granata) — R. Bianco, Un siècle de presse…, op. cit. — L. Bettini, Bibliografia…, op. cit.Le Monde Libertaire, n°102, juin 1964 (nécrologie) — Bulletin du CIRA 11, 12 (article d’Ildefonso Gonzalez), Lausanne 1964-1965 — Ugo Fedeli Papers, IISG Amsterdam — Antonio Senta, "Clelia Premoli nell’anarchismo internazionale (1916-1974)", Bollettino Archivio Pinelli 37, 2011 — Antonio Senta, A testa alta ! : Ugo Fedeli e l’anarchismo internazionale (1911-1933), Milan 2012.

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