FABERT GUILLOT Berthe, Suzanne [souvent orthographiée Faber]

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell

Née le 29 septembre 1898 à Meaux (Seine et Marne), morte en 1983. Militante de l’UAC et de SIA.

Berthe Fabert était la fille de Georges, peintre en voitures, et d’Alexandrine Alexandre. Elle fut dans les années 1920 la compagne du militant Séverin Férandel avec qui elle géra la Librairie Internationale Anarchiste jusqu’en 1928, date à laquelle elle fut remplacée par Nicolas Faucier*. En 1927 elle était gérante du périodique en langue espagnole Acción, dont le siège était 72, rue des Prairies (Paris XXe arr.), adresse de la Librairie internationale.

Après le départ de Férandel pour le Mexique, elle se lia au compagnon espagnol Francisco Ascaso et s’installa avec lui à Lyon. Après l’expulsion d’Ascaso elle partit avec lui pour l’Allemagne puis à Bruxelles où ils allaient rester jusqu’en 1931 où tous deux rentraient en Espagne après la proclamation de la République.

Après la mort d’Ascaso dans les combats de juillet 1936, elle rencontra à Barcelone l’objecteur de conscience français Eugène Guillot* dit Jacques Salies, dont elle devint la compagne.

Dans une lettre adressée à Emilienne Durruti (Morin*) et publiée par le journal SIA (29 décembre 1938), elle décrivit la Barcelone de ces derniers jours de guerre en ces termes : "Mon travail absorbe la plus grande partie de mon temps, sans compter les heures interminables de queue devant les boutiques presque toujours vides. Et puis je suis obligée de marcher beaucoup, les tramways et autobus étant très rares, faute de courant électrique et de combustible. En arrivant très tard à la maison, je dois vaquer à mes occupations, sans lumière, sans gaz pour préparer nos maigres repas. Je dois aussi m’occuper des pauvres gosses de ma voisine ; leur père est mort au début de la guerre et leur mère, épuisée par le chagrin, le travail et les privations, est minée par la tuberculose ; ses jours sont comptés. Ce sont trois beaux enfants, deux petites filles et un garçonnet, très intelligents, et gais malgré la maigre pitance quotidienne, malgré l’atmosphère de terreur qui règne à Barcelone… S’ils ne meurent pas tout à fait de faim, c’est grâce aux colis que je reçois de Paris. Il faudrait des milliers de colis semblables pour secourir tous les gosses affamés de Barcelone. Tâchez donc, vous tous camarades de Paris, de recueillir le plus de vivres possibles pour nos enfants."

Berthe et Eugène quittèrent l’Espagne lors de la retirada en février 1939. Le 15 mars 1939, lors d’une perquisition au siège de SIA, elle fut contrôlée par la police : elle résidait alors chez sa sœur, Madame Barrié, 170 rue de Paris à Vincennes. La police la qualifiait d’ancienne "secrétaire de liaison internationale à Barcelone".

Pendant la guerre, le couple vécut sous une fausse identité à cause de l’insoumission d’Eugène et parce qu’ils étaient l’objet de recherches par la police. A la Libération ils militèrent à Paris et animèrent le groupe des Amis de Sébastien Faure. Berthe travaillait alors comme concierge.

Arrivés à l’âge de la retraite, les autorités cessèrent enfin de les persécuter. Ils s’intallèrent à Esbly près de Meaux. Jacques reprit son identité de Guillot, Berthe prit le patronyme de Fabert-Guillot et tous deux régularisèrent leur situation matrimoniale en 1962. A la mort de son compagnon en 1978, elle se retira dans une maison de retraite jusqu’à sa mort en 1983.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154430, notice FABERT GUILLOT Berthe, Suzanne [souvent orthographiée Faber] par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell, version mise en ligne le 11 avril 2014, dernière modification le 11 novembre 2017.

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell

SOURCES : Nécrologie de N. Faucier in Libertaire, Le Havre, n°43, janvier 1984 — notes de Faucier — nécrologie in Cenit, 13 décembre 1983 — SIA, 29 décembre 1939 — APpo BA 1899 – Etat civil.

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