Né à Béthune (Pas-de-Calais) le 30 juillet 1874, mort à Paris le 5 mai 1911 ; artiste peintre et dessinateur ; anarchiste.

Aristide Delannoy (1911)
Autoportrait.
Fils d’un horloger-bijoutier, Aristide Delannoy fut élève de l’École des Beaux-Arts de Paris, et exposa au salon des Artistes indépendants de 1902 à 1907.
Artiste révolutionnaire, inscrit au Carnet B, il collabora à L’Assiette au beurre (de 1901 à 1910), à l’Almanach de la Révolution (de 1902 à 1907), aux Temps nouveaux (de 1905 à 1910), aux Hommes du jour (de 1908 à 1911), à La Guerre sociale (en 1906-1907), à La Voix du Peuple et au Pioupiou de l’Yonne, en octobre 1910. Il illustra également des brochures : celle des frères Bonneff intitulée Les Travailleurs du restaurant (1910) ;celle de Jules Uhry et Ernest Lafont intitulée L’Aventurier contre la Loi, L’étranglement de la grève des cheminots (1911). Certaines de ses caricatures lui valurent d’être perquisitionné.
On lui doit la célèbre caricature de Clémenceau à l’apparence d’une tête de mort pour le premier numéro des Hommes du Jour en 1908, au lendemain de la sanglante répression du mouvement des carriers des sablières de Draveil. Victor Méric a raconté dans le numéro des Hommes du jour consacré à Delannoy l’accueil qui fut fait à ce dessin devenu fameux : « Nous étions assez inquiets. Il nous fallait, pour le premier numéro destiné au "Grand Flic" Clémenceau, un dessin vigoureux, acerbe, mordant. J’avais fait le possible pour le texte. Quand Delannoy, quelques jours après, revint avec son carton et exhiba la fameuse tête de mort, nous trépignâmes de joie. Avec un dessin semblable, c’était le succès assuré. Ce fut le triomphe. La Gueule de Clémenceau tirée à 25 000 s’enleva comme du petit pain ».
Le 26 septembre 1908, Victor Méric* et Delannoy furent condamnés à un an de prison et à 3 000 francs d’amende pour avoir, dans Les Hommes du Jour, représenté le général d’Amade, qui s’était « illustré » au Maroc, en boucher au tablier taché de sang. Les deux hommes furent incarcérés à la Santé. Delannoy, atteint de tuberculose, fut libéré le 21 juin 1909 avant l’expiration de sa peine.
En février 1910, il fut cosignataire du manifeste du Comité antiparlementaire révolutionnaire (voir Jules Grandjouan).
Sa tuberculose s’aggravant, il fut admis au sanatorium de Saint-Raphaël (Var) au début de 1911. Le 9 avril, on le ramena chez lui, à Paris, 88, avenue du Maine, à Paris 14e. Il mourut le mois suivant. Une souscription fut lancée par des amis peintres pour venir en aide à sa veuve et à sa fillette.

SOURCES : État civil de Béthune — Arch. PPo BA/1028 — Les Hommes du Jour du 13 mai 1911 — La Vie ouvrière du 5 août 1911 — Aline Dardel, L’étude des dessins dans les journaux anarchistes de 1895 à 1914 ,mémoire de maîtrise, université Paris-I, 1970 — Ulrich Thieme et Felix Becker, Allgemeines Lexikon der Bildenden Künstler von der Antike bis zur Gegenwart, volume 8, Seemann, Leipzig, 1907-1962 — note de Marianne Enckell—note de Anne Steiner

Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche

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