CANDORE Marco [dit Marco Sazzetti] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Théo Roumier

Né le 16 novembre 1959 en Algérie ; instituteur puis comédien ; communiste libertaire et syndicaliste.

Marco Sazzetti (1982)
Marco Sazzetti (1982)
Archives d’AL

L’engagement de Marco Candore fut des plus précoces. Âgé de treize ans en mars-avril 1973, il anima le mouvement contre la loi Debré dans son collège et se définissait déjà comme « anar ». Jugeant la FA « poussiéreuse » et « aux antipodes de ce qui le faisait palpiter » alors, il gravitait plutôt autour de la revue Poing noir publiée par les Groupes d’actions et d’études libertaires (GAEL).

Ce fut à la fête du PSU en juin 1976 que Marco Candore prit contact avec la Coordination anarchiste (CA). La CA, réunie en AG nationale du 17 au 19 avril 1976 à Orléans, venait de s’engager dans la construction d’une organisation spécifique qui allait devenir l’Organisation combat anarchiste (OCA) en novembre de la même année. Ce fut donc à l’OCA que milita bien vite Marco Candore. Très rapidement, il y fut nommé responsable du suivi lycéen puis intégra le collectif national de l’organisation.

Ces « années OCA » correspondirent aux années de lycée de Marco Candore, très actif dans des luttes de jeunesse assez virulentes dans cette deuxième moitié des années 1970. Il anima le comité de lutte de son lycée, ainsi qu’un groupe libertaire lycéen regroupant une quarantaine de membres, et participa à la création, avec des jeunes militants de l’ORA, de la Coordination libertaire lycéenne et étudiante.

À l’OCA, il fut parmi les pro-organisationnels, ne se reconnaissant pas dans les réticences vis à vis du pacte organisationnel qu’entretenaient certains anciens de la CA, parfois de la FA, prompts à y voir un « embrigadement » insupportable. Au dernier trimestre de l’année 1977, toute l’extrême gauche se mobilisa contre l’extradition de Klaus Croissant, l’avocat réfugié en France de la Rote Armee Fraktion (RAF). Pour les militants de l’OCA se fut l’occasion de s’interroger sur l’émergence du phénomène « autonome », qu’ils considérèrent au bout du compte comme un signe de la « décomposition du gauchisme ».

En 1978, Marco Candore, se destinant au métier d’instituteur, rejoignit une école normale et se syndiqua au Sgen-CFDT. Avec d’autres jeunes salariés de l’OCA, il posa la question de l’intervention militante en entreprise, préoccupation qui rejoignait celle des récents exclus de l’ORA qui entreprenaient alors de poser les fondations de l’UTCL.

Au printemps 1978, le Collectif pour une UTCL, l’OCA et Combat communiste, une scission de LO, s’engagèrent dans une campagne, « Pour une alternative révolutionnaire », à l’occasion des législatives. Au cours de cette campagne, ce fut Marco Candore qui intervint pour l’OCA à la tribune du meeting commun. Dans cette même période, les militants historiques, continuateurs de la CA, commencèrent à vouloir passer la main. Marco Candore fut alors, au sein de l’OCA et avec Alain Crosnier notamment, de ceux qui souhaitaient aller vers un rapprochement avec l’UTCL et qui se firent les promoteurs du processus de fusion. Les débats entre les deux organisations durèrent de mars à novembre 1979, date à laquelle la fusion OCA-UTCL fut effective.

Les militants en situation de responsabilité au sein de l’OCA furent mis à contribution dans la nouvelle UTCL. Ainsi Marco Candore fut-il membre de la commission de réalisation de Tout le pouvoir aux travailleurs (TLPAT) et de la nouvelle revue de réflexion, Lutter !, titre hérité de l’OCA. Il intégra par la suite assez rapidement le secrétariat national de l’UTCL.

En 1979, cela faisait déjà un an que Marco Candore était membre du conseil syndical de la branche premier degré du Sgen-CFDT 93. Instituteur cédétiste, il occupa ce poste jusqu’en 1984. Dans son syndicat, il mena une véritable bataille de fraction, en compagnie d’autres libertaires, d’anciens militants de Révolution ! ou de la LCR, et de ceux de l’École émancipée, pour arracher la direction du syndicat à ses responsables, anciens maoïstes du PCR(ml) alors en plein rapprochement avec le PS. La bataille échoua de peu en 1984 et fit prendre à Marco Candore ses distances d’avec l’action syndicale « d’appareil ».

Sur le terrain, il participa activement au mouvement de grève de 1987 contre la réforme des « maîtres-directeurs ». En 1994, il quitta le SGEN-CFDT pour rejoindre le SNUipp-FSU récemment constitué.

Réservé sur la « pédagogie libertaire », il ne se retrouva pas dans le projet de Zéro de Conduite, pourtant initié par des instituteurs et institutrices de l’UTCL comme Clotilde Maillard. Tout en partageant avec ses camarades Henri Célié, Thierry Renard ou Patrice Spadoni, la « ligne syndicaliste » de l’UTCL, il se vivait alors plutôt comme un « politique », se dépensant sans compter dans l’animation de l’organisation dont il fut un des responsables de la formation. Il participa activement à l’effort de conception du Projet communiste libertaire, en rédigeant certains chapitres, effort qui devait se concrétiser au congrès de Nantes de 1986 par l’adoption d’un texte définitif, rédigé collectivement, de plus de 200 pages.

Attaché à la qualité de la presse de l’UTCL, Marco Candore rédigea de nombreux articles dans Lutter ! qui remplaçait TLPAT depuis 1982. Il signait du pseudonyme de « Marco Sazzetti » (contraction des noms de Sacco et Vanzetti) des articles de fond ou de politique générale, se réservant celui de « Lola Cosmétic » pour ses billets d’humeur. Il inventa également le pseudonyme « Edith Soboul » qui allait devenir la signature collective du secrétariat national de l’UTCL, puis plus tard du secrétariat fédéral d’AL.

En 1991, après avoir été signataire de l’Appel pour une alternative libertaire, il fut parmi les fondateurs d’AL au congrès d’Orléans. Il rédigea le texte d’orientation du Ier congrès de la nouvelle organisation, tenu dans la foulée à Toulouse. Ce fut sa « dernière grande participation à l’œuvre collective ». S’il fut membre du comité de rédaction de la revue Débattre, membre du secrétariat national d’AL et responsable des relations internationales, il s’interrogea néanmoins de plus en plus profondément sur l’adéquation de son engagement organisationnel et de ses convictions personnelles. Il participa encore, mais en retrait, aux congrès suivants. Sans être en dissidence, Marco Candore occupa une place originale au sein de l’organisation, en s’attachant particulièrement au projet porté par l’UTCL puis par l’AL de synthèse des acquis des courants révolutionnaires, revendiquant pour lui-même le qualificatif de « marxiste libertaire ».

Au sein de la nouvelle organisation, il souhaitait continuer plus avant ce processus, quitte à dépasser pour de bon l’ancrage idéologique libertaire. Ce n’était pas le projet d’AL et Marco Candore se désinvestit progressivement pour finir par rompre avec AL en 1998. Si la rupture fut « douloureuse », Marco Candore n’abandonna pas pour autant tout engagement - bien que cultivant volontairement une distance d’avec tout militantisme. Ayant par ailleurs « rencontré le théâtre », il devint acteur professionnel à partir de 2000 et participa au mouvement des intermittents du spectacle de 2003-2004, syndiqué de base à la CGT-Spectacle.

Il se lança, en juillet 2008, dans l’animation d’un blog, Le silence qui parle, témoin de ses traversées buissonnières des pensées émancipatrices. Il co-dirigea également plusieurs numéros de Chimères, revue des schizoanalyses fondée par Gilles Deleuze et Félix Guattari.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154416, notice CANDORE Marco [dit Marco Sazzetti] [Dictionnaire des anarchistes] par Théo Roumier, version mise en ligne le 13 décembre 2018, dernière modification le 13 décembre 2018.

Par Théo Roumier

Marco Sazzetti (1982)
Marco Sazzetti (1982)
Archives d’AL

ŒUVRE : Marco Sazzetti, À droite toute !, Le tournant des années 1980, Alternative libertaire, 2014 ; Marco Candore, Real Star, KMA éditions, 2014 ; Lipodrame, court-métrage (réalisation), 2013

SOURCES : Archives UTCL — Archives AL — brochure OCA-UTCL, fusion pour un pôle communiste libertaire, supplément à TLPAT n°27 — René Bianco, « Un siècle de presse... », op. cit. blog Le silence qui parle — Théo Rival, Syndicalistes et libertaires. Une histoire de l’UTCL (1974-1991), Alternative libertaire, 2013.

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