BUISSONNIÈRE Jules [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, notice complétée par Monique Sassier

Né le 23 septembre 1877 à Montcombroux-les-Mines (Allier) ; mort le 21 avril 1956 à Lapalisse (Allier) ; employé de chemin de fer ; anarcho-syndicaliste ; coopérateur.

Cheminot, J. Buissonnière s’intéressa aux activités sociales et politiques dès l’âge de dix-sept ans. De 1903 à 1910, il fut forgeron aux ateliers des chemins de fer de l’État à Sotteville-lès-Rouen ; il y assuma la charge de secrétaire du syndicat des cheminots. Révoqué en 1910 pour fait de grève, il fut réintégré l’année suivante à Orléans. Délégué du personnel, il avait été élu conseiller prud’homme le 1er juillet 1910. En 1917, il fonda la coopérative « Maison du Peuple » d’Orléans et la présida durant cinq ans.

En 1917-1918, il participa à l’organisation des mouvements qui agitaient les « usines de guerre », animant des réunions visant à la création d’un syndicat des Métaux à Orléans et représentant les ouvriers des usines d’armement lors d’entrevues avec le représentant du Ministère. De 1917 à 1920, il fit l’objet de plusieurs rapports d’où il ressort qu’il était considéré comme d’autant plus dangereux que c’était un ouvrier « très habile », sobre et calme ; il aurait, en outre, entraîné l’adhésion au syndicat de la plupart de ses camarades d’atelier. Henri Legay* lui succéda au secrétariat du Syndicat des cheminots en 1919.

Un rapport de police du 12 avril 1920 le qualifiait ainsi : « Aussi révolutionnaire peut-être que Berthelot, il est cependant moins violent dans ses paroles ; plus maître de soi, d’élocution facile, il aurait une influence plus grande sur les syndiqués dont il paraît avoir l’estime » s’il venait à remplacer Berthelot qui parle de se retirer du secrétariat de l’Union du Loiret.

Après une seconde révocation à l’issue de la grève de 1920, il fut réintégré en octobre 1924. Durant cette période, il s’adonna à la ferronnerie d’art et semble en avoir vécu ; ses œuvres étaient en vente dans une galerie parisienne et furent exposées lors de diverses manifestations.

A sa réintégration, il opta pour la CGTU contre le réformisme de la CGT, mais s’opposa sans tarder au centralisme et à la « dérive politique » de la centrale unitaire. Déplorant la dispersion des forces militantes, il était déjà engagé, en février 1927, dans le combat pour l’unité à la base, affirmant lors d’un meeting au Mans : « l’émancipation de la classe ouvrière se fera par la classe ouvrière elle-même ». Il soutint financièrement le Cri du Peuple et y écrivit quelques articles d’humeur sur la « démocratie syndicale » et le rôle, jugé néfaste, des permanents. Pour ces raisons, il fut régulièrement attaqué dans l’Humanité ou dans le Travailleur. Il était accusé en février 1930 par le Travailleur de faire partie « des cheffaillons anarcho-réformistes qui dirigent le syndicat Orléans-État. »

Membre du Comité des 22 pour l’indépendance syndicale et l’unité, J. Buissonnière intervint le 11 janvier 1931 à la Conférence organisée par les 22 à la Bourse du Travail de Paris. En avril 1931, le Travailleur faisait état d’un Comité de propagande pour l’unité syndicale créé au début de l’année à Orléans par ce militant. Et si la CE de l’UR unitaire reconnaissait que ce comité « contient de bons ouvriers, soit unitaires, soit professionnels, soit autonomes, soit confédérés, qui croient œuvrer pour la réalisation d’une unité basée sur la lutte contre la bourgeoisie », elle mettait néanmoins en garde contre Buissonnière qui « depuis quinze mois, a fui tout travail commun avec les organismes réguliers de l’UR et de l’UL d’Orléans, a refusé de se soumettre aux décisions du congrès, a saboté les élections au Conseil supérieur des chemins de fer ».

En décembre, le Travailleur dénonçait « les chefs minoritaires du réseau État qui, dans une proclamation commune avec les dirigeants confédérés, invitent les cheminots à rentrer dans l’Union cégétiste ».

En janvier 1932 cependant, l’unité était pratiquement réalisée chez les cheminots de l’État. Et après une assemblée générale de fusion et la démission des anciens bureaux confédéré et unitaire, un nouveau bureau fut désigné avec Buissonnière secrétaire, Maurice Clément secrétaire adjoint, Bétier* trésorier, Maury trésorier adjoint, Marielle archiviste.

Maxime Bétier avait mené avec Jules Buissonnière la bataille pour l’unité et lui succéda au poste de secrétaire. La solide amitié que nouèrent ces deux anarcho-syndicalistes rapprocha durablement leurs familles.

Ils prirent une part très active au Comité Legay. En avril 1932, Henri Legay, qui avait crié « Mort à la guerre » lors d’une retraite militaire, était mort des suites de coups reçus au cours d’une arrestation violente. Jules Buissonnière prit la parole lors de son inhumation.

Buissonnière prit sa retraite à Lapalisse (Allier) et y présida la section des retraités des cheminots. Il y fonda aussi la coopérative « La Fraternelle » qu’il présida de 1945 à 1952.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154413, notice BUISSONNIÈRE Jules [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, Claude Pennetier, notice complétée par Monique Sassier, version mise en ligne le 1er mai 2014, dernière modification le 1er mai 2014.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, notice complétée par Monique Sassier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13000, rapport du 12 avril 1920, F7/13361, F7/13606, F7/13619 et F7/13677. — Arch. Dép. Loiret 109 W 20774 et 4 M 17. — Arch. Mun. Orléans 7F 232. — Arch. SNCF dossier de carrière. — Le Travailleur, 4 avril et 5 décembre 1931. — L’Avenir syndical du Centre, 1er mars 1931. — L’Aurore du Centre, janvier 1932. — Le Cri du Peuple, 1930-1931.

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