BEAULATON Raymond [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche

Né le 12 octobre 1922 à Argences (Calvados), décédé le 24 octobre 1994 à Saint-Avertin (Indre-et-Loire) ; cheminot ; anarcho-syndicaliste puis conspirationniste.

Fils et petit-fils de cheminots, issu d’une famille militante (son père Albert et son frère aîné Maurice furent militants socialistes), Raymond Beaulaton fut inscrit aux Faucons rouges de 1932 à 1934. Il resta ensuite proche des Jeunesses socialistes et des pacifistes intégraux de la Patrie humaine. De 1937 à 1940, il fut apprenti ajusteur.

Dès les premiers temps de l’occupation allemande, le 20 juillet 1940, il forma au Mans, avec quelques amis, un groupe de résistance. Spécialisé dans les évasions de prisonniers, le groupe édita également quelques tracts antifascistes. En 1941 le groupe prit contact avec le réseau Libération Nord puis, en 1942, avec le réseau CND Castille, au sein duquel il agit avec son frère Maurice.

C’est dans la résistance qu’il rencontra des Espagnols qui lui firent connaître l’anarchisme. Il y rencontra également Yves-Michel Biget*, actif dans Libération Nord en Bretagne.

À la Libération, il adhéra quelque temps à la SFIO où il connut Christian Pineau, futur ministre des Transports. En février 1945 il devint cheminot et se rallia à la tendance anarcho-syndicaliste de la CGT, groupée au sein de la Fédération syndicaliste française (FSF). Il fut bientôt exclu de la CGT pour « indiscipline ». Peu après il cofonda avec Jean Boyer* et Henri Bagatokoff le groupe anarchiste de Château-du-Loir, affilié à la FA. C’est sans doute de cette époque que date sa rencontre avec Fernand Robert*, avec lequel il allait former un binôme militant pendant plusieurs décennies. Il écrivait alors dans le Libertaire sous le pseudonyme de Raymond Souriant ou sous son propre nom.

En juillet 1947 il fut muté par la SNCF à Paris, où il habita 4, rue de la Providence à Paris 13e. Militant à la CNT, il anima alors, avec Fernand Robert, la Fédération des travailleurs du rail (FTR), et fut secrétaire de l’Internationale des travailleurs du rail (ITR, affiliée à l’AIT). En 1948-1949, la FTR fut membre du Cartel d’unité d’action syndicaliste (voir Fernand Robert) et, pour cette raison, Robert et Beaulaton furent exclus de la CNT lors du comité confédéral national du 29 janvier 1950.

Le 30 mars 1950, Beaulaton épousa Madeleine Georgelin à Paris 13e. Puis il fut muté par la SNCF au triage au Mans, où il anima dès lors le groupe FA.

En octobre 1950, Raymond Beaulaton fut écarté de la rédaction du Libertaire par le comité national (CN) de la FA, suite à des révélations publiées dans Le Combat syndicaliste du 8 septembre 1950, qui affirmaient que pendant la grève de 1947, le bureau de la FTR avait pris contact avec le ministère des Transports, dirigé par le socialiste Christian Pineau, pour demander que 5 militants de la CNT — dont Robert et Beaulaton — ne soient pas considérés comme grévistes. Le Combat syndicaliste détenait la preuve de cette compromission : une réponse ironique du ministre à la FTR, en date du 8 décembre 1947. Après avoir fourni des documents prouvant leur bonne foi, Fernand Robert et Raymond Beaulaton furent blanchis au congrès FA de Lille, en mai 1951. Contrairement à Robert, Beaulaton reprit sa collaboration au Libertaire, qu’il poursuivit jusqu’en février 1952.

Cependant, Robert et Beaulaton entamèrent dès lors une guerre d’usure contre le CN de la FA. En juillet 1951, ils se joignirent à la Commission d’études anarchistes (CEA), une fraction « dedans-dehors » créée pour déstabiliser le CN de la FA. Dans cette CEA on trouvait — outre Beaulaton — des militants de sensibilités différentes et parfois contradictoires, appartenant ou non à la FA, mais ayant en commun de rejeter son orientation majoritaire : Henri Bouyé, Jo Lanen*, Louis Louvet*, E. Armand, Aristide Lapeyre*, Paul Lapeyre*, André Arru, Georges Vincey*, Maurice Joyeux, André Prudhommeaux, Robert François* et Fernand Robert.

La coalition qu’incarnait la CEA fut battue au congrès FA de Bordeaux, en juin 1952. Robert et Beaulaton quittèrent alors la FA et participèrent à la publication du bulletin de la CEA, L’Entente anarchiste, qui sortit cinq numéros du 30 octobre 1952 au 8 février 1953, et dont Beaulaton fut le secrétaire. Il habitait alors 51, rue de Ruaudin, au Mans.

Raymond Beaulaton n’avait à l’époque pas encore rejoint la CGT-FO, et il continuait à se réclamer du CUSC. C’est à ce titre qu’il édita quelques feuilles de boîte comme La Lanterne des cheminots du Mans, en 1951, et Le Lampiste, en 1952-1953.

En 1953 il fut de nouveau muté en Région parisienne et habita 33, rue du Canal à Saint-Denis. Le duo Robert-Beaulaton continua de créer de petites structures éphémères autour de leurs personnes : tentative d’une Alliance syndicale des cheminots anarchistes (ASCA) en avril 1953 puis d’une Union syndicale du travail anarchiste (USTA) en janvier 1954, brève participation à la nouvelle FA rapidement jugée maçonnique et pro-socialiste, fondation enfin, en novembre 1956, de l’Alliance ouvrière anarchiste (AOA) dont le périodique fut L’Anarchie. Beaulaton fut secrétaire de L’Anarchie, dont l’adresse changea au fur et à mesure des déménagements de son secrétaire.

L’AOA était en réalité un réseau informel d’une poignée de militants, sans structure ni cotisations, ni guère d’influence dans le mouvement libertaire. Parmi ceux qui, à un moment ou à autre se réclamèrent de cette AOA, on peut citer René Alexandre, Guy Badot, Yves-Michel Biget, Michel Brard, Ennio Matias, Ludovic Pradier*, Jean Perrin, André Senez*, René Deware et Paul Rassinier*.

Dès l’époque de la guerre d’Algérie, l’AOA évolua vers l’extrême droite, publiant des textes à teneur anti-algérienne. Dans les années 1970, tout en continuant à se réclamer de l’anarchisme, Raymond Beaulaton donna également des articles à une revue conspirationniste se disant « acrate » : L’Homme libre, de Marcel Renoulet*.

Après sa retraite (sans doute en 1982) Beaulaton retourna vivre dans la Sarthe, d’abord à Château-du-Loir, puis à la Ferté-Bernard.

Après sa retraite (sans doute en 1982) Beaulaton retourna vivre dans la Sarthe, d’abord à Château-du-Loir, puis à la Ferté-Bernard.

Hospitalisé au Centre hospitalier universitaire et régional de Tours (Indre-et-Loire), situé sur la commune de Saint-Avertin, il y décéda. Raymond Beaulaton s’était marié en 1950 à Paris (XIIIe arr.) Son épouse Madeleine Georgelin, devait décéder le 23 mars 2002, à l’âge de 79 ans.

La feuille L’Anarchie disparut avec Raymond Beaulaton.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154398, notice BEAULATON Raymond [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 7 mars 2014, dernière modification le 4 octobre 2017.

Par Guillaume Davranche

ŒUVRE : Contribution à l’histoire de la CNT (1945-1950), s.d., 11p. ― Histoire du Premier Mai, éditions AOA, 1964 (avec Robert, Perrin, Matias).

SOURCES : Le Libertaire de 1947 à 1951 ― Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste tome II, Gallimard, 1975 ― René Bianco, « Cent ans de presse... », op. cit. ― Julien Loncle, « Histoire d’un courant anarcho-syndicaliste français : la CNT de 1945 à 1995 », mémoire de maîtrise d’histoire, université de Bourgogne, 2002 ― Sylvain Boulouque, Les Anarchistes français face aux guerres coloniales (1945-1962), ACL, 2003 ― Guillaume Trousset, « Libertaires et syndicalistes révolutionnaires dans la CGT-FO (1946-1957) », mémoire de Master en Histoire, Paris-I, 2007 ― Georges Fontenis, Changer le monde, Alternative libertaire, 2008 — Guillaume Davranche, « 1948 : Les anarchistes rejoignent à regret la CGT-FO », Alternative libertaire d’avril 2008.

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