BÖSIGER André, René [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy, Marianne Enckell

Né le 22 juillet 1913 à Perrefitte (Jura bernois, Suisse), mort le 13 avril 2005 ; militant de la Ligue d’Action du Bâtiment à Genève, collaborateur du Réveil anarchiste et du CIRA.

André Bösiger
André Bösiger
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Ayant quitté le Jura bernois après un conflit avec son employeur, André Bösiger adhéra en 1929 à Genève, à l’âge de 16 ans, à la Ligue d’Action du Bâtiment (LAB), tendance anarcho-syndicaliste de la Fédération des ouvriers du bois et du bâtiment (FOBB), qui sur les chantiers pratiquait l’action directe, empêchant les heures supplémentaires ou le travail du samedi. La LAB luttait aussi contre les expulsions et les saisies dont étaient victimes les chômeurs ne pouvant plus acquitter leurs loyers.

Bösiger rejoignit également le groupe anarchiste genevois qui, selon son témoignage, réunissait chaque semaine entre 20 et 50 personnes, dont beaucoup d’ouvriers italiens ayant fui le fascisme, et se lia d’amitié avec en particulier Luigi Bertoni* et Lucien Tronchet*. Le 9 novembre 1932, il participa à la manifestation antifasciste au cours de laquelle l’armée, protégeant une réunion fasciste, ouvrit le feu et tua 13 manifestants dont un ami d’André mort à côté de lui d’une balle en pleine tête.

Appelé peu après sous les drapeaux, André se déclara insoumis et fut condamné à plusieurs peines de prison successives. C’est au cours de sa détention à la prison de Saint-Antoine (Genève) qu’il apprit vraiment à lire et à écrire et qu’il fit la lecture de A- Z du Petit Larousse ; il ajoutait malicieusement « Est-ce que ça fait long deux ans de prison ? En fait j’aurais eu besoin de deux années de plus pour finir tout ce que j’avais à lire. » A sa sortie du pénitencier en 1937, il fut dissuadé de partir comme volontaire en Espagne par L. Bertoni qui considérait qu’il était plus utile en Suisse. André Bösiger se consacra alors à faire transiter des armes – dissimulées dans des camions de ravitaillement et de vêtements – de Suisse en France pour les compagnons espagnols ; elles étaient prises en charge à Annemasse par un négociant en primeurs, Déturche, qui les convoyait en Espagne. Il s’occupa également de la prise en charge d’enfants espagnols orphelins de guerre. En 1937, il fut expulsé de France pour ces activités.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, réduit au chômage pour ses activités syndicales, il survécut en pratiquant le braconnage et assura également de nombreux passages de frontière (hommes et armes) pour le compte de la résistance française. A la Libération il fut extrêmement déçu par l’attitude de son ami Lucien Tronchet, qui entraîna avec lui de nombreux autres militants syndicalistes et anarchistes au Parti socialiste.

Pendant la guerre d’Algérie, Bösiger continua ses activités de passeur au profit d’exilés espagnols, d’insoumis et de déserteurs français, ainsi que de militants algériens du FLN qu’il hébergea souvent et pour lesquels il trouvait papiers et travail. Il déclarait souvent : « J’ai lutté pour la libération de la France de l’occupation nazie, il était normal que j’aide les Algériens à se libérer de l’occupation française ». Il fut pendant quelques années très lié à l’UGAC et à Guy Bourgeois*, notamment au travers de réunions régionales entre Rhône-Alpes et Suisse, mais aussi temporairement à des proches de l’AOA de Raymond Beaulaton*, souhaitant toujours reconstituer une Internationale libertaire et révolutionnaire. Ses relations avec les militants antifranquistes espagnols étaient du même ordre : il soutint activement la frange de la FIJL qui organisait des actions directes, enlèvements et attentats (voir Octavo Alberola), mais aussi l’Alianza sindical obrera dans les années soixante, qui espérait reconstituer un mouvement libertaire au prix d’alliances parfois délicates avec des institutions en place en Espagne.

En 1957, André Bösiger participa à la création du Centre International de Recherches sur l’Anarchisme (CIRA) à Genève et à l’aménagement du local puis à ses déménagements successifs. Il fut à la même époque le gérant d’une nouvelle série du journal bilingue Le Réveil anarchiste (Genève, janvier 1957-décembre 1960). Dans les année 1980, il assura l’aménagement de l’hôtel-café libertaire du Soleil à Saignelégier (Jura) et participa aux activités anarchistes à Genève ainsi qu’à la Ligue des droits de l’homme.

En 1990 il perdit sa compagne Ruth dite Coucou. Il fut ensuite le gérant de L’Affranchi, organe de la section suisse de l’AIT.

André Bösiger, qui était également un militant actif de la Libre Pensée, est mort le 13 avril 2005 à Genève.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154396, notice BÖSIGER André, René [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy, Marianne Enckell, version mise en ligne le 12 avril 2014, dernière modification le 13 mai 2015.

Par Rolf Dupuy, Marianne Enckell

André Bösiger
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ŒUVRE : Souvenirs d’un rebelle (Ed. Canevas, 1992, rééd. CIRA) — "L’LAB" (avec Eugène Prono), revue MA !, Genève 1987.

SOURCES : Archives Bösiger, CIRA Lausanne — L’Affranchi, 27 avril 2005 — R. Bianco, "Un siècle de presse…" — Films de Bernard Baissat et Alexandre Skirda (1993) et de Daniel Kuenzi (2008) — Alexandre Elsig, "La Ligue d’action du bâtiment, 1929-vers 1935 : L’éphémère emprise de l’anarcho-syndicalisme sur les chantiers genevois", mémoire de licence, Université de Fribourg, 2009.