Né le 14 juin 1855 à Saint-Quentin (Aisne), dessinateur en broderie à Levallois-Perret, propagandiste par le fait.


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Victor Vinchon habitait 22 rue des Martyrs et travaillait chez lui comme dessinateur.
En juillet 1885, il fut condamné à 5 ans de réclusion par le conseil de guerre de Lille, pour vol au préjudice d’un militaire. Il fut mis en liberté conditionnelle en septembre 1889.
Vinchon fut condamné le 28 décembre 1889 à 4 mois de prison pour vol. Il sortit de prison le 28 mars 1890, Cabot vint le chercher à la Chambre syndicale et il travailla à l’imprimerie des Trois Bornes, où il demeurait également.
Vinchon fut arrêté à la gare de Lyon à Paris le 30 avril 1890 dans le cadre de la vague de répression qui précéda le premier 1er mai . Il fut poursuivi à la suite de l’arrestation de deux militants italiens, Merlino et Petraroja, le 26 avril 1890, alors qu’ils distribuaient des manifestes anarchistes antimilitaristes Aux soldats.
Vinchon avait participé à l’impression des placard intitulés « 1er mai » et « Soldats ! », le dernier tiré à 2.000 ou 3.000 exemplaires. Il fut remis en liberté le 3 mai 1890.
Interrogé par le juge d’instruction Atthalin, pour savoir qui payait le loyer de l’imprimerie, il répondit : « Ce n’est toujours pas moi » mais il collabora avec le juge, indiquant que les placards avaient bien été tirés à l’imprimerie et donnant le nom de Merlino comme auteur de « Soldats ! ». Il expliqua la participation de Paul Reclus au fonctionnement de l’imprimerie, où il recevait des lettres au nom de « Monsieur Paul Reclus, imprimeur, 33 rue des Trois Bornes ». Il confia au juge Atthalin la raison de la mention « Imprimerie anarchiste de Londres » : c’était « en vue du cas où les distributeurs se feraient prendre » lui avait déclaré Cabot.
Le 5 juillet 1890, il fut condamné par la 10e chambre correctionnelle à 2 mois de prison pour vagabondage et filouterie.
L’affaire des affiches fut jugée devant les assises de la Seine le 19 juillet 1890. Vinchon et Cabot étaient présents au début de l’audience, mais leurs avocats présentèrent des conclusions tendant à la nullité de la procédure ; comme la cour repoussait leur demande, ils firent défaut, Vinchon se retirant, escorté d’un garde car il était détenu sous l’inculpation de filouterie d’aliments. Il fut condamné par défaut à 2 ans de prison et 3.000 francs d’amende.
Le 31 août 1890, la cour d’assises de la Seine, sur leur opposition, réexamina les faits. Les inculpés expliquèrent qu’ils ne connaissaient pas l’existence du placard. Vinchon fut acquitté mais il fut démontré que les manifestes avaient été imprimés chez Cabot.
Peu après l’attentat de la rue des Bons-Enfants (voir Emile Henry), un indicateur de police signala à la préfecture de police l’existence d’un dépôt d’engins explosifs chez un compagnon de Levallois-Perret, situé rue Deguingant.
Le 16 mai 1893, la police débarqua en force à cette adresse et arrêta Vinchon et Gustave Bondon qui louait un appartement dans cet immeuble. Bien renseignés, les commissaires de police perquisitionnèrent directement dans une cabane de jardin jouxtant l’immeuble où ils trouvèrent un panier enterré, contenant des boîtes de conserves de petits pois renfermant des tubes en verre remplis d’un acide, des morceaux de fer et de la poudre chloratée. La cabane servait aussi de lieu de réunion à un groupe anarchiste composé des compagnons Louis Léveillé, Marcel Marchand, Emile Spannagel, Victor Vinchon et Gustave Bondon.
Tous les inculpés furent libérés au cours de l’instruction et bénéficièrent d’un non lieu, hormis Vinchon qui avait été vu en possession du panier, plusieurs témoins ayant affirmé qu’il avait essayé de leur acheter de la glycérine et de l’acide.
Le 24 juin 1893, Vinchon comparut devant la 10e chambre correctionnelle et fut condamné à 5 ans de prison et 2.000 francs d’amende, maximum de la peine prévue par la nouvelle loi sur les explosifs, votée dans le cadre des « lois scélérates » contre les anarchistes. « Vive l’anarchie ! » s’écria-t-il en quittant la salle d’audience.
Il purgea sa peine à la maison centrale de Poissy. Le jour de sa libération, le 17 mai 1898, il alla toucher son pécule à Saint-Germain et revint ensuite à la prison de Poissy, menaçant le directeur et le gardien chef, déclarant qu’il aurait leur peau, dût-il pour cela faire sauter la prison toute entière. Prétendant forcer l’entrée des appartements du directeur pour mettre ses menaces à exécution, Vinchon fut arrêté.

SOURCES :
Le Temps, Le Figaro, Le Journal des débats, le Petit Parisien, Le Matin, Le XIXe Siècle, Le Rappel, Le Gaulois, Le Gil Blas, La Lanterne, Gallica. — Arch. de Paris D.2U8 262

Dominique Petit

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