MONTOLIU DEL CAMPO Juan [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy

Né à Villareal (Castellon) le 16 juillet 1911, mort à Perpignan le 6 août 1975. Éboueur puis maçon. Militant anarchiste espagnol responsable pendant l’occupation du maquis CNT du Pic Violent (Cantal).

C’est encore très jeune que Juan Montoliu del Campo avait émigré à Hospitalet de Llobregat (Barcelone) où il devint éboueur et adhéra au mouvement libertaire. Lors des journées de juillet 1936 il participa à l’assaut de la caserne de l’Hospitalet, puis, une fois les militaires vaincus, il organisa la collectivisation des services de nettoyage de la ville avant de partir comme milicien pour le front d’Aragon. En 1938 il était commandant d’un bataillon confédéral et participa aux combats de Belchite.

Exilé en France lors de la retirada de février 1939, il fut interné dans divers camps avant d’être envoyé dans une Compagnie de travailleurs étrangers pour aller travailler à la construction du barrage de l’Aigle dans le Cantal. C’est sur ce chantier où travaillaient près de 600 Espagnols que, pendant la guerre, allait se réorganiser clandestinement le mouvement libertaire espagnol et qu’allait être nommé le premier comité national. Après l’occupation de la zone libre en 1942, et en liaison avec la résistance française, Juan Montoliu allait être l’organisateur du maquis CNT du Pic Violent qui comprenait quatre groupes d’une quinzaine d’hommes chacun. Ce maquis, qui appartenait à la 13e région militaire des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI), effectua de nombreuses actions de sabotage.

Nommé lieutenant FFI, Juan Montoliu participa aux combats de la Libération jusqu’au 31 octobre 1944, date à laquelle l’ensemble des maquisards FFI devaient s’intégrer à l’armée régulière et où les compagnons espagnols décidèrent de cesser leur action par un grand meeting puis un défilé dans les rues de Decazeville "en chantant Hijos del pueblo et avec le drapeau rouge et noir" (Témoignage de J. Montoliu).

Juan Montoliu partit alors à Rouen où il travailla comme maçon et participa à la réorganisation de la Fédération locale de la CNT en exil. Après un accident du travail, il prit une retraite anticipée et s’installa en région parisienne. Militant de la Fédération Anarchiste Ibérique (FAI), il fut membre de la Commission de relations de la zone nord (Paris-Normandie) et l’un des permanents des locaux confédéraux de la rue Sainte-Marthe puis de la rue des Vignoles. Assez corpulent, prompt à s’emporter – il était célèbre pour ses coups de gueule –, il était d’une rectitude militante, d’une générosité et d’une solidarité sans faille qui lui avaient gagné l’estime de nombreux jeunes militants français de l’Organisation Révolutionnaire Anarchiste (ORA) qui partageaient à cette époque les mêmes locaux.

Juan Montoliu, qui était très attaché à la langue catalane, tenait chaque année avec Roque Llop le stand de librairie lors du meeting commémoratif de la révolution espagnole à la grande salle de la Mutualité. Secrétaire de la FL-CNT de Paris au début des années 1970, il fut également administrateur du Combat Syndicaliste avant de partir s’installer à la fin 1972 à Perpignan où il fut rapidement nommé secrétaire de la régionale CNT des Pyrénées Orientales-Aude. Délégué au congrès tenu à Marseille début août 1975 par la CNT en exil, il fut victime au cours du congrès d’une crise cardiaque. Revenu à Perpignan, il y mourut à l’hôpital le 6 août 1975.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154345, notice MONTOLIU DEL CAMPO Juan [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 1er mai 2014, dernière modification le 11 novembre 2017.

Par Rolf Dupuy

SOURCES : M. Iñiguez, Esbozo…, op. cit. — Le Combat Syndicaliste, 30 octobre 1975 — F. Montseny, Passion y muerte…, op. cit. — Entretiens avec J. Montoliu en 1970-1971 — Bulletin du CIRA, Marseille, n°29-30 "Les anarchistes espagnols dans la tourmente", 1989.

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