Né le 13 mai 1895 à Toulouse (Haute-Garonne), mort le 21 septembre 1944 au camp de Mauthausen ; maître-imprimeur ; anarchiste, résistant.

Fils de Jean-Louis Lion, typographe et d’Anne Durand, casquettière, Antonin Lion, couramment appelé Henri, avait avec son frère Raoul repris l’imprimerie fondée par son père à Toulouse. Marié à Toulouse avec Justine Gasseau, le 8 février 1919, il se remaria avec Amélie Manzac le 29 décembre 1924. Avec son frère, ils imprimèrent entre les deux guerres de nombreuses affiches, tracts et journaux du mouvement libertaire et anarcho-syndicaliste.
Dès la fin de la guerre d’Espagne, ils furent en contact avec le réseau monté par le militant libertaire espagnol Francisco Ponzan Vidal : c’est eux qui en mai 1940 imprimèrent en espagnol le manifeste de l’Alliance démocratique espagnole (ADE) appelant à la neutralité de l’Espagne dans le conflit mondial. Ce manifeste, introduit clandestinement en Espagne par le réseau Ponzan, vaudra à plusieurs de ses militants, dont Agustin Remiro Manero, d’être exécutés par les franquistes.
Pendant l’occupation, les frères Henri et Raoul Lion mirent très vite leur imprimerie au service de la résistance – en particulier le réseau Combat – et imprimèrent de nombreux tracts, affiches et faux papiers pour les personnes recherchées par la police et la Gestapo. Ils permirent également au militant libertaire espagnol José Ester Borras d’obtenir les papiers nécessaires au bon fonctionnement de son groupe de résistance Liberté. En liaison avec Jean-René Saulière dit André Arru, qui animait depuis Marseille un réseau anarchiste dans le Midi de la France, ils imprimèrent en 1943 la brochure Les Coupables (40 p., tirée à 1000 exemplaires) et le journal La Raison (1 seul numéro, juin 1943, 12 p., tiré à 2000 exemplaires) estampillé "organe de la Fédération Internationale Syndicaliste Révolutionnaire" (ces deux documents sont consultables au CIRA-Marseille). Ils imprimèrent également, sans doute en 1942, la première édition clandestine du livre de l’anarcho-syndicaliste Pierre Besnard Pour assurer la paix : comment organiser le monde.
Les frères Lion possédaient alors deux imprimeries à Toulouse : celle fondée par leur père au 2, rue Romiguières, et celle du 5, rue Saint-Etienne (aujourd’hui rue Croix-Baragnon).
Perquisitionnés à deux reprises par la police qui ne trouva rien, les frères Lion tombèrent finalement suite à un piège tendu par la Gestapo avec la complicité d’une jeune collaborateur français. Le 5 février 1944, Raoul et Henri Lion, Amélie, l’épouse de ce dernier, et l’ensemble du personnel (dont un jeune apprenti de 17 ans, Georges Séguy, le futur secrétaire général de la CGT en 1967) furent arrêtés dans les locaux de la rue Saint-Etienne. En quelques jours une quarantaine de personnes environ tombèrent dans la souricière, dont l’instituteur Maurice Fonvieille, responsable régional des maquis du mouvement Libérer et fédérer, et Raymond Naves, principal responsable du Comité d’action socialiste (CAS) clandestin.
Incarcérés à la prison Saint-Michel, les prévenus furent interrogés au siège de la Gestapo, rue Maignac (aujourd’hui rue des Martyrs-de-la-Libération), où Henri fut sévèrement frappé. Le 24 février il fut transféré avec son frère et ses employés à Paris, puis au camp de Compiègne, d’où, le 22 mars 1944 il fut déporté au camp de concentration de Mauthausen. Envoyé à Gusen, il fut gazé au château de Hartheim le 21 septembre 1944, neuf jours après son frère Raoul.
Georges Séguy dans son livre Lutter, évoque assez longuement dans ses réponses à un interlocuteur son travail à l’imprimerie Lion (rue Saint-Étienne), l’arrestation du 4 février 1944, l’attitude courageuse de son patron Henri Lion qui affreusement torturé n’a rien dit à son sujet, les conditions effroyables du transfert au camp de Matuhausen et leurs retrouvailles terribles : "J’ai retrouvé mon patron au camp (il n’était pas dans le même wagon que moi) ; il était devenu fou. Il est mort peu après sans que personne ne puisse rien pour le sauver" (p.46-57)
À la Libération, la place Dupuy, à Toulouse, fut rebaptisée place des Frères-Lion.

Il s’agit du nom de jeune fille de l’épouse d’Henri Lion : Elle s’appelle MANZAC (et non pas MAUZAC). Aussi, comme il est de coutume, en marge de son Acte de Naissance, on cite la date de leur mariage : 29-Decembre-1924 , (et non le 29 Octobre 1924).

SOURCES : Bulletin du CIRA, Marseille, n°21/22, 1984 — Sylvie Knoerr-Saulière, Francis Kaigre, Jean-René Saulière dit André Arru : un individualiste solidaire, 1911-1999, Amis d’André Arru-Libre pensée autonome des Bouches-du-Rhône, 2004 — A. Tellez, La Red de evasion del grupo Ponzan…, op. cit. — René Bianco, "Un siècle de presse…", op. cit — AD de Haute-Garonne — Anne Thouzet, Gilles Bernard, La Haute-Garonne à travers ses archives, La Seconde Guerre mondiale, 1997. Fondation pour la mémoire de la déportation, Livre-Mémorial des déportés de France. — Georges Séguy, Lutter, Éditions Stock, 1975, 359 p. — Elérika Leroy, Toulouse, mémoires de rues, Mairie de Toulouse, 2006 (évoque (p. 15-16) "Les Frères lion imprimeurs de la Résistance" et comporte des repères biographiques cartographiques).

Guillaume Davranche, Rolf Dupuy

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