LECADIEU Hélène [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy ; Guillaume Davranche.

Née le 20 octobre 1853 à Paris, morte le 23 juillet 1916 à Épône (Seine-et-Oise) ; anarchiste ; gérante du Libertaire de mai 1905 à septembre 1910.

Hyacinthe Adolphine Lecadieu dite Hélène était la fille d’Henri Lecadieu et de Marie Anatolie Cornu. Devenue, peut-être après le décès de ses parents, pupille de l’Assistance publique, elle fut élevée dans un couvent jusqu’à sa majorité. Elle fut gagnée jeune aux idées anarchistes. En mai 1905, elle prit la succession de Matha, comme gérante du Libertaire.

Le 9 décembre 1910, elle fut poursuivie devant la Cour d’assises pour la parution dans Le Libertaire du 5 juin précédent, d’un article sur Biribi intitulé « L’enfer » et signé d’Eugène Péronnet. Tous deux furent finalement acquittés.

En septembre 1910, elle fut remplacée à la gérance par Émile Dulac, mais continua à aider à la réalisation du journal. Le 20 septembre 1910, elle participa à une réunion avec des anciens de L’Anarchie, dont Anna Mahé, qui souhaitaient collaborer au Libertaire. Hélène Lecadieu était favorable à cette arrivée de militants en rupture avec le mouvement individualiste, alors en pleine crise.

« La vieillesse vint, et quelque temps avant la guerre, Hélène quitta le journal pour se rendre chez des amis », devait écrire Claude Content dans sa nécrologie dans CQFD. Fin 1913 ou début 1914, elle s’installa en effet chez Robert et Eliska Louzon, établis comme petits colons à 10 kilomètres de Tunis. Selon la Sûreté de Tunis, qui rédigea un rapport à son propos en juin 1914, elle était discrète, sortait peu, n’avait aucune relation, et recevait régulièrement de la correspondance de Paris.

En 1915 elle suivait les activités pacifistes des Amis du Libertaire. Mais elle souffrait d’une maladie de cœur, et décida de se retirer à L’Avenir social d’Épône (voir Madeleine Vernet) où elle mourut le 23 juillet 1916. Lors de son enterrement, André Schneider prononça un discours au nom de Pierre Martin qui, étant très malade – il devait décéder le 6 août suivant – n’avait pu se déplacer.

Hélène Lecadieu avait signé en 1900 le bail emphytéotique au nom du Libertaire pour la location d’un terrain, 15, rue d’Orsel, afin d’y installer la rédaction de l’hebdomadaire. Comme elle était une ancienne pupille de l’Assistance publique, sans enfants, l’État hérita du local quand elle mourut, et fit main basse sur les meubles, les livres, les brochures et les archives. Les militants, désorganisés par la guerre et la répression, ne purent s’y opposer.

Dans des souvenirs publiés par la revue Défense de l’homme (novembre 1948), Pierre Mualdès écrivait : « Pierre Martin administrait, avant l’avant-dernière guerre Le Libertaire et partageait avec Hélène Lecadieu – qui devait le précéder de quelques jours dans la tombe – les locaux du 15 de la rue d’Orsel… Un souvenir en passant, à cette pauvre et brave Hélène et aux biftecks de cheval à 20 centimes dont elle gratifiait, dans ses moments de fringale (et ils étaient nombreux), le secrétaire de rédaction à 15 francs par semaine que j’étais »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154325, notice LECADIEU Hélène [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy ; Guillaume Davranche., version mise en ligne le 8 avril 2014, dernière modification le 28 février 2019.

Par Rolf Dupuy ; Guillaume Davranche.

SOURCES : L’Humanité du 10 décembre 1910. — Ce qu’il faut dire n°18 du 29 juillet 1916. — René Bianco, Cent ans de presse… , op. cit. — Louis Lecoin, Le Cours d’une vie, auto-édition, 1962. — Défense de l’homme, novembre 1948. — Archives Ppo, BA 1498, menées anarchistes. — CADN archives des Renseignements-généraux, Tunisie, 1TU/701/114 (volume thématique), dossier "Robert Louzon", copie d’un rapport de police, juin 1914. — État civil d’Épône. — Notes de Marianne Enckell, de Anne Steiner et de Élise Abassade.

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