LE FLAOUTER Pierre, Marie [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Anne Steiner

Né le 17 ou le 18 mars 1884 à Lorient (Morbihan), mort le 1er juin 1981 à Vertou (Loire-Atlantique) ; facteur, ouvrier, libraire, forain ; syndicaliste et anarchiste ; mouchard.

Personnage sulfureux, Pierre Le Flaouter a été l’un des protagonistes de l’affaire Philippe Daudet* qui, en 1923-1925, défraya la chronique.

Durant son service militaire, en 1906-1907, Le Flaouter participa à la création de la Jeunesse syndicaliste et se fit remarquer à plusieurs reprises en tenue d’artilleur à la bourse du travail de Lorient. Après sa libération du service militaire, il devint facteur rural à Plourin (Finistère) où on le considérait comme « républicain avancé ».

Vers la fin de 1909, il entra comme ouvrier auxiliaire à l’Arsenal de Brest. Il devint alors secrétaire du syndicat du Bâtiment. Un rapport de police de 1911 disait de lui : « a fomenté presque toutes les grèves du bâtiment qui ont eu lieu à Brest ces dernières années ». Inscrit au Carnet B le le 24 mai 1910, il avait épousé Louise Rannou sept jours plus tôt.

En février 1913, il habitait au Mans, où il était dépositaire du quotidien L’Ouest-Eclair.

Après la Grande Guerre, il collabora au Libertaire sous le pseudonyme de Flotter.

En mars 1923, Pierre Le Flaouter devint secrétaire du Comité de défense sociale puis du Comité général pour l’amnistie jusqu’en décembre 1923. A cette époque, il tenait au 46 boulevard Beaumarchais, à Paris 11e, une librairie dont le fonds appartenait à sa femme, et était devenu indicateur de police. Son correspondant à la Sûreté était le contrôleur général Lannes, beau-frère de Raymond Poincaré.
C’est alors qu’éclata l’affaire Philippe Daudet.

Le 24 novembre 1923, Le Flaouter reçut dans sa librairie un adolescent se disant anarchiste. Ayant fugué de chez ses parents, il lui dit qu’il venait de la part de Georges Vidal, du Libertaire, et qu’il voulait acheter une arme pour commettre un acte de « propagande par le fait ».

Le Flaouter fournit un revolver à l’adolescent et prévint la police qu’il s’apprêtait à commettre un attentat contre une personnalité – vraisemblablement Poincaré.
Quelques heures plus tard, l’adolescent était retrouvé tué par balle dans un taxi. Le fait divers se transforma en scandale retentissant quand la presse révéla que le mort était Philippe Daudet, fils de Léon Daudet, un des chefs de l’Action française.
L’autopsie conclut au suicide, version contestée aussi bien par L’Action française que par Le Libertaire, qui retinrent une autre hypothèse : Philippe Daudet aurait été la victime d’une bavure policière, après la dénonciation de Le Flaouter, et sa mort aurait été maquillée en suicide. André Colomer accusa Le Flaouter d’être un mouchard. En décembre 1923, Léon Daudet porta plainte contre X pour homicide volontaire puis, en janvier 1925, nommément contre quatre fonctionnaires de police et contre Le Flaouter. Malgré cela, l’instruction retint la thèse du suicide et aboutit le 30 juillet 1925, à une ordonnance de non-lieu.

Entre-temps, Le Flaouter avait été condamné, le 21 janvier 1925, pour outrage aux bonne mœurs : le sous-sol de sa librairie parisienne abritait une collection d’ouvrages et de gravures considérées comme pornographiques, consultable sur place.

Dans les mois qui suivirent Le Flaouter quitta Paris pour Nantes et publia chez un libraire-éditeur de Treboul (Finistère), où il s’était installé, un ouvrage au titre retentissant, Comment j’ai tué Philippe Daudet, qui en fait n’apportait pas d’élément nouveau.

Le Flaouter, qui fut un temps pâtissier à Douarnenez vers 1927, figurait en 1935 sur une liste d’anarchistes de la Loire-Inférieure où il était noté comme marchand forain demeurant 34, rue du Gué-Robert, à Nantes.

Dans les années 1960 et jusqu’à son décès en 1981, il vécut en Loire-Atlantique et fut en rapport avec l’Alliance ouvrière anarchiste (voir Raymond Beaulaton). Quel avait été son rôle exact dans la mort de Philippe Daudet ? Dans Le Réfractaire de mai 1982, May Picqueray écrivit : « Il a emporté son secret. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154324, notice LE FLAOUTER Pierre, Marie [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Anne Steiner, version mise en ligne le 21 avril 2014, dernière modification le 8 janvier 2019.

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Anne Steiner

SOURCES : État civil de Lorient — Arch. Nat. F7/ 13 637 : réponse à l’enquête de 1911 sur les agissements des syndicats dans les arsenaux — Arch. Dép. Finistère, série M non classée (Carnet B) — CAC Fontainebleau 20010216-171, dossier 5878 I — Le Réfractaire de mai 1982 — Pierre-Alexandre Bourson, Le Grand Secret de Germaine Berton, la Charlotte Corday des anarchistes, Publibook, 2008 — Notes de René Bianco et Dominique Petit.

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