LAURENT Louis, Eugène [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy

Né le 2 octobre 1883 à Paris (Ve arr.) ; marié le 24 avril 1909 à Paris (VIe arr.), mort le 10 avril 1972 ; employé ; militant anarchiste.

Grand, doué d’une voix de stentor, portant chapeau, cape et pardessus à col de velours marine, Louis Laurent ne passait pas inaperçu. Employé à la salle des agents de change, rue Saint-Marc à Paris (IIIe arr.), il habitait à Aulnay-sous-Bois (Seine-et-Oise).

Tout comme la Fédération anarchiste du Languedoc, il fut exclu (groupe de Livry-Gargan, Seine et Oise) de l’Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR) lors du congrès de Toulouse des 17 et 18 octobre 1931 pour avoir, à son congrès de Lézignan du 15 août précédent, voté une résolution où il était question d’une nécessaire « période d’adaptation » au lendemain de la révolution. Une expression que l’UACR assimila à « période transitoire » et qu’elle considéra comme marquant un pas en direction du marxisme. Ils furent réintégrés au congrès d’Orléans, tenu les 14-16 juillet 1933.

Militant en vue de la Fédération anarchiste de langue française (FAF), constituée en opposition à l’Union anarchiste considérée comme trop centraliste, lors du congrès de Toulouse les 15 et 16 août 1936, Louis Laurent en fut le secrétaire puis le trésorier. Le journal Terre libre en devint l’organe à partir de février 1937 ; il avait succédé, en juillet 1934, à L’Éveil Social (mensuel d’éducation anarchiste-communiste), dont Laurent fut l’un des animateurs lors de sa création en 1932. Terre libre comportait des éditions régionales et même une édition allemande. Laurent fut responsable de l’édition pour la région parisienne, André Prudhommeaux* de l’édition du Midi et Hoche Meurant* de celle du Nord-Nord-Est. En décembre 1935, Laurent remplaça Julien Toublet* comme trésorier du Comité Pro Presos. En 1936, il fut également secrétaire du comité local de la Ligue des objecteurs de conscience fondée par Gérard Leretour*.

Louis Laurent fut secrétaire du syndicat unique des employés de Seine, Seine-et-Oise et Seine-et-Marne déclaré à la préfecture de la Seine le 13 février 1937. Ce syndicat adhéra à la Confédération Générale du Travail-syndicaliste révolutionnaire (CGT-SR), troisième centrale ouvrière constituée, sous l’action de Pierre Besnard*, au congrès de Lyon des 15 et 16 novembre 1926. En 1937, son siège social était situé à Paris, 21 rue de Loos (Xe arr.), au domicile de Julien Toublet, alors son secrétaire. Le bureau était constitué ainsi : Louis Laurent , secrétaire ; Mme Cagliotti, secrétaire adjointe ; G. Desbois, trésorier. Laurent fut également administrateur du Combat syndicaliste, organe de la CGT-SR, en alternance avec René Doussot*.

Pendant l’Occupation, il s’efforça, avec Henri Bouyé* et quelques autres, de maintenir des contacts militants en région parisienne. Il organisa notamment une réunion clandestine, le 14 janvier 1944, au siège du syndicat des agents de change, à laquelle participèrent H. Bouyé, Émile Babouot et Georges Vincey*. Selon Paul Jamot et René Leclainche, il fournit des papiers à plusieurs juifs et à des individus ayant des problèmes avec l’occupant (lettres des 2 décembre 1984 et du 27 février 1985).

Il fut le responsable de la première série du Lien (Paris, n°1, octobre 1944, bulletin intérieur de la FA). En 1945, il occupa la fonction de trésorier de l’Entraide et, de mai à octobre 1946, celle d’administrateur du Libertaire en remplacement de Louis Haas. Par la suite il se rapprocha de l’Alliance ouvrière anarchiste (AOA) et participa à la rencontre de la Motte-Beuvron (octobre 1967). À cette époque, il collabora aussi à La Lettre Syndicaliste de l’Ouest (La Chapelle Gaugain, 1967, 3 ou 4 numéros) publié par André Senez*. Louis Laurent fut directeur de publication du Libertaire, organe de l’Union fédérale anarchiste, de janvier 1968 (n° 1) à février-mars 1972.

Louis Laurent, qui était également membre de la Solidarité Internationale Antifasciste (SIA), est mort le 10 avril 1972.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154321, notice LAURENT Louis, Eugène [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 21 avril 2014, dernière modification le 21 avril 2014.

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy

SOURCES : État civil Paris (Ve arr.) — Arch. PPo 303, décembre 1937 et BA 1899, rapport du 20 mars 1941 — J. Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, op. cit.Le Combat syndicaliste, 18 mai 1972. — Le Mouvement social, n°83 avril-juin 1973 — Bulletin du CIRA-Marseille, "Témoignages", n° 23-25, mai 1985 — René Bianco, "Un siècle de presse anarchiste d’expression française", Thèse, Aix-en-Provence, 1988 — Notes de R. Bianco — Correspondance de L. Laurent avec Odette Ester, mai 1949-juin 1950 — M. Joyeux, Sous les plis du drapeau noir, op. cit.

ICONOGRAPHIE : Libertaire, 15 octobre 1945 (croquis le représentant au congrès de Paris des 6-7 octobre 1945).

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