BEYLIE Henri [Félix, Camille Beaulieu, dit] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche, Dominique Petit

Né le 30 novembre 1870 à Paris (Ve arr.) ; comptable ; anarchiste « naturien » puis communiste anarchiste.

Fils de Charles Beaulieu, employé, et de Jeanne Beylie, couturière, Félix Beaulieu fut surtout connu sous son pseudonyme Henri Beylie. D’abord militant de tendance naturienne et « milieux libres », il devint anarchiste communiste dans les années 1910.

Ancien sous-officier des bataillons d’Afrique, dégradé pour révolte et protestation collective, Félix Beaulieu fréquenta le milieu libertaire de Montmartre dès son retour en métropole. Il écrivit alors ses premiers articles dans La Revue libertaire qui parut de décembre 1893 à mars 1894.

Au mois de janvier 1894, lors d’une rafle contre les anarchistes, il fut arrêté en compagnie de Guérin* et Gauche* et mis à la disposition du parquet. Ils bénéficièrent d’un non lieu. Ils partirent bientôt pour la Belgique où ils fréquentèrent Cyprien Jagolgowski*, l’un des auteurs des attentats de Liège.
Peu après les explosion de Liège, Beaulieu et Gauche rentrèrent à Paris où ils furent arrêtés le 22 mai 1894. Mis tous deux au secret à la prison de Mazas, ils furent entendus par un juge d’instruction et finalement disculpés.

Militant de tendance naturienne et « milieux libres »

A partir d’avril 1895, devenu employé de banque, il participa au groupe des Naturiens libertaires qui regroupait « tous ceux qu’intéresse le retour à l’état de nature », et qui se réunit jusqu’en juin 1897 (voir Henri Zisly). De 1895 à 1898, il fit paraître, avec Henri Zisly* et Gravelle*, une revue mensuelle, La Nouvelle Humanité qui développait les théories selon lesquelles une nourriture saine et un air pur libéreraient les hommes de la servitude. À l’époque, il commença à écrire sous le pseudonyme d’Henri Beylie, qu’il ne devait plus quitter par la suite. De mars à juin 1898, il collabora au bulletin LeNaturien.

Rédacteur prolixe, il collabora abondamment à l’époque à de petits titres de la presse libertaire : le belge La Débâcle sociale (janvier-mai 1896) ; La Vérité, éphémère « organe hebdomadaire du communisme libertaire » (fin 1896-début 1897) ; Le Cravacheur de Roubaix (février-avril 1898) ; Le Cri de révolte (septembre 1898-mars 1899).

Il épousa le 10 septembre 1898 à Paris 18e Clémentine Bontoux, née le 22 mars 1877 à Paris 18e. Il était alors comptable et habitait 11, rue de Ravignan.

En 1898, le groupe naturien fut dissous et Beylie s’engagea dans l’Affaire Dreyfus. A l’été 1899, il fut cependant de ceux qui prirent leurs distances avec la façon dont Sébastien Faure menait le combat. Il collabora alors à L’Homme libre (juin-décembre 1899) puis au Flambeau (septembre 1901-mars 1902), au Réveil de l’esclave (juillet 1902-juin 1903) et à L’Ennemi du peuple (août 1903-octobre 1904, voir Émile Janvion).

En 1901 le groupe naturien se reforma, avec l’arrivée de Renou, ancien reporter à L’Aurore, et édita Le Bulletin de l’harmonie de juin à octobre 1901. Le groupe se désagrégea en février 1902 à cause de divergences entre naturiens antiscientifiques (Beylie et Zisly) et naturiens scientifiques. Pour Beylie et Zisly, la quête de « l’état naturel » s’apparentait à une rupture radicale avec les valeurs sociales dominantes et à un désir de retrait du monde, alors que les « scientifiques » ne voulaient que modérer les excès de la civilisation urbaine, sans renoncer aux bienfaits du progrès.

Beylie participa, en décembre 1902 à la fondation de la Ligue antimilitariste (voir Yvetot).

En 1902, il cofonda avec Georges Butaud une société « pour la création et le développement d’un milieu libre en France » dont le programme, était le suivant : « Tenter une expérience de communisme libre ». C’est ainsi que naquit, au début de 1903, le Milieu libre de Vaux, situé dans le canton d’Essommes-sur-Marne (Aisne). Georges Butaud* en était l’animateur, et Henri Beylie en fit partie.

Des difficultés apparurent bientôt et, dès novembre 1903, une attaque en règle fut menée contre la colonie par certains milieux anarchistes. Le Libertaire du 5 décembre 1903 publia un bilan négatif sur l’expérience. Beylie et Butaud y répondirent dans le Bulletin mensuel de décembre 1903 en donnant un « rapport sur dix mois de communisme » qui mettait en valeur les résultats obtenus. L’expérience fut liquidée en février 1907.

Anarchiste communiste

À partir de 1905, Henri Beylie sembla renoncer à la théorie des milieux libres et s’activa de plus en plus dans la mouvance anarchiste communiste, en collaborant à la presse de Limoges : L’Ordre (1905-1907, c’est Beylie qui aurait proposé le titre), puis Le Combat social (1907-1909) et enfin L’Insurgé (1910-1911).

En avril 1906, en pleine campagne pour le 1er mai, il fut arrêté alors qu’il posait des affiches abstentionnistes et antimilitaristes. Inculpé pour propagande anarchiste, il bénéficia d’une amnistie.

Du 24 au 31 août 1907, il assista au congrès anarchiste international d’Amsterdam avec Pierre Monatte, Benoît Broutchoux, René de Marmande et d’autres.

En 1908, il fut membre de la Fédération anarchiste de Seine et Seine-et-Oise (voir Marceau Rimbault). En mars 1909, il habitait au 10, impasse Girardon, à Paris 18e.

Membre du Comité de défense sociale (CDS), la police le soupçonnait fin 1910 d’héberger des déserteurs. Il fut inscrit au Carnet B en 1911.

En février 1912, il fut, au titre du CDS, membre de la commission de préparation des obsèques d’Aernoult, où siégeaient également des représentants du PS et de la CGT.

De mars à mai 1912, il fut membre du Comité antiparlementaire révolutionnaire — impulsé par la FRC — qui mena une campagne abstentionniste à l’occasion des élections municipales de mai (voir Henry Combes). En juin 1912, il fut membre du comité de l’Entr’aide, qui comprenait une quarantaine de « personnalités » communistes libertaires et syndicalistes révolutionnaires (voir Édouard Lacourte).

En décembre 1912, il fut membre du conseil d’administration élargi du Libertaire (voir Charles Keller). En 1913, il était actionnaire de La Bataille syndicaliste.

En 1914, il fut mobilisé au 14e régiment d’infanterie territoriale puis affecté dans les bureaux. Il participa au journal pacifiste La Plèbe en avril-mai 1918. Après la guerre, il milita de nouveau au CDS.

Il fut délégué au Ier congrès de l’Union anarchiste qui se tint à Paris les 14 et 15 novembre 1920. Au IVe congrès, qui se tint à Paris les 12 et 13 août 1923, il fut élu au conseil d’administration du quotidien Le Libertaire auquel il collaborait.

En mars 1932, Beylie devint secrétaire du CDS, dont le trésorier était Gaston Rolland*. Le CDS, qui continuait à s’occuper du sort des condamnés et proscrits politiques, avait son siège au 15, rue de Meaux, à Paris 19e et le Bulletin du CDS n°6 (dont le gérant était Larapidie*) signalait qu’au 31 mai 1932 l’avoir était de 2 895,35 francs. Des sections locales du CDS existaient à ce moment à Roubaix, Limoges, Brest, Lyon et Marseille — ce dernier défendant particulièrement les Bulgares.

En janvier 1937, Beylie était toujours secrétaire du CDS, travaillait comme comptable et habitait 12, avenue Junot, à Paris 18e. La police disait de lui qu’il gagnait bien sa vie et était très connu à la CGT où il avait des amitiés et où il passait pour intelligent et capable.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154262, notice BEYLIE Henri [Félix, Camille Beaulieu, dit] [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, Dominique Petit, version mise en ligne le 7 mars 2014, dernière modification le 18 octobre 2017.

Par Guillaume Davranche, Dominique Petit

ŒUVRE : La Conception libertaire naturienne (en collaboration avec Zisly), 1901 — Rapport sur le mouvement naturien (en collaboration avec Zisly), 1901 — Le Militarisme. Ses causes, ses conséquences, les moyens de le combattre, brochure éditée par le groupe Germinal de Lyon, 1903.

SOURCES : État civil de Paris — Arch. Nat. F7/13053 — Arch. PPo. 49, 50, 882, 1508, 1513 et 1514 — CAC Fontainebleau 20010216 art 171, dossier 5878M et 20010216 art 170, dossier 5858 — Archives Zisly (IISG Amsterdam) — Pierre Monatte, « La fondation de La Vie ouvrière », La Révolution prolétarienne, octobre-novembre-décembre 1959, janvier 1960 — Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste en France tome I, Gallimard, 1975— Arnaud Baubérot, Histoire du naturisme, PUR, 2004. — Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir. Ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914), L’Insomniaque/Libertalia, 2014. — Note de Dominique Petit.

ICONOGRAPHIE : Metropolitan museum of art. Alphonse Bertillon. Albumens silver prints. Photographs.

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