WILLAUME Georges [Dictionnaire des anarchistes]

Par Henri Manceau, notice complétée par Marianne Enckell

Né le 11 novembre 1876 à Paris 10e ; artiste peintre ; anarchiste et syndicaliste.

Étudiant à Paris en 1897, membre du groupe des Étudiants socialistes révolutionnaires internationalistes, Willaume (parfois orthographié Wuillaume) collaborait aux Temps Nouveaux où il se fit remarquer comme peintre « néo-impressionniste », c’est-à-dire réaliste, à côté de Luce*, Pissarro*, Signac*, Van Rysselberghe*, Constantin Meunier, Steinlen*, Francis Jourdain*, Vallotton*, Agar, Couturier, Hermann-Paul*, Roubille, d’autres encore. Peinture violente critiquant la société bourgeoise, ses manifestations d’autorité, l’armée, la justice, l’église, la banque, l’école, même dirigée par l’État. Peinture qui appelle la Révolution et conçoit l’avenir révolutionnaire dans la paix des campagnes. On a de lui le frontispice d’un volume du Supplément littéraire des Temps Nouveaux ; la couverture d’une brochure non signée, de 1897, intitulée : Comment l’État enseigne la morale ; des contributions à l’Almanach de la Révolution de Paul Delesalle ; un dessin de 1897 reproduit en couverture de la brochure d’Errico Malatesta, Entre paysans, 1904 : trois paysans dont l’un arrache les pommes de terre sont en grave conversation sociale sur un fond de paysage qui représente le village de Daigny (Ardennes), croqué d’après nature. De lui, l’on signale aussi des lithographies, dont l’Aurore (avant 1904), des dessins pour les séries Guerre-Militarisme et Patriotisme, colonisation reproduits notamment en cartes postales. Enfin, de 1897 à 1912, il donna une dizaine de dessins à l’hebdomadaire de Jean Grave, Les Temps Nouveaux.

En 1901, il organisa plusieurs soirées musicales à L’Education sociale de Montmartre, rue Jules-Jouy.

En 1907, son dessin ironiquement dédié à Gustave Hervé (un paysan considère son fumier sur lequel ont été jetés fusil, crucifix et autres objets religieux et militaires) valut des poursuites aux rédacteurs de La Cravache (voir Charles Dhooghe).

Nous ignorons si Willaume était ardennais. Toujours est-il que, dès 1897, il passait ses vacances à Daigny, près de Sedan. Est-ce là qu’il a été encouragé dans son art par J. Depaquit, natif de Sedan, puis peintre montmartrois ? Depaquit disait : « J’ai vu les peintures de Wuillaume ; ce n’est pas d’un..., c’est d’un artiste ! »

Depuis 1901, Willaume habita Daigny. Il animait le Cercle d’études sociales dès qu’il s’agissait d’art et de littérature. Chaque semaine, un grand nombre de personnes du village, même les enfants, assistaient aux réunions du Cercle, sous le préau de l’école des filles, surtout pendant les soirées d’hiver. Willaume présentait des tableaux et des études, parlait sculpture. Il donnait même aux jeunes militants ouvriers des leçons de peinture quand il ne leur apprenait pas à jouer de la mandoline ou du piano. Plus tard, il les lança dans le théâtre.

En 1911, il était secrétaire de la bourse du travail de Sedan. Au nom de la CGT, il parla à Revin en 1912, contre la guerre, à Sedan devant 150 personnes, puis à un grand meeting de Charleville en 1913. Il s’occupa en 1912 de la grève des tissages Henrion, à Sedan, où les salaires demeuraient, ou peu s’en faut, ceux de 1891. Les cent vingt tisseurs, pour protester contre une diminution de salaires, cessèrent le travail, mais pas un n’était syndiqué. C’est Willaume qui prit contact avec le syndicat industriel du Textile ardennais et formula des demandes très détaillées, car il était précis, avec un sens politique et syndical évident. On voulut le corrompre. Un représentant parisien de la maison Henrion se présenta à la Bourse. Le syndicat industriel arbitra, assez content de voir en difficulté le concurrent déloyal. Willaume a été probablement d’accord ensuite avec Camille Dubois, secrétaire des Tissus, pour encourager à la collaboration avec les patrons. « Aujourd’hui, les industriels sedanais, revenus d’injustes préventions, demandent à la Bourse le personnel ouvrier qui leur est nécessaire, et la Bourse est heureuse de se mettre à leur disposition. » (Socialiste ardennais, 26 juin 1913). Henrion, personnellement, ne désarmait pas, refusant le nouveau tarif. Puis il se trama entre les patrons un projet de lock-out. Willaume était en mesure de prouver, documents en mains, qu’une puissante association patronale se chargeait de payer aux lock-outeurs leurs frais généraux pendant la durée du conflit. En août 1913, Henrion traduisit en correctionnelle les membres administratifs de la Bourse pour pose d’affiches contre lui.

Avec Philippe, Willaume organisa les ouvriers et ouvrières des Tissages Courtehoux à Gaulier. C’était dans un café en face de l’usine, à l’heure du casse-croûte de midi. Œuvre difficile : le prolétariat sedanais du Textile était de plus en plus réfractaire à l’organisation syndicale.

Georges Willaume ne revint à Daigny après 1918 que pour y vendre sa maison. Il habita Nancy, puis Paris, et mourut peu après.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154237, notice WILLAUME Georges [Dictionnaire des anarchistes] par Henri Manceau, notice complétée par Marianne Enckell, version mise en ligne le 20 avril 2014, dernière modification le 20 avril 2014.

Par Henri Manceau, notice complétée par Marianne Enckell

SOURCES : Arch. Nat. F7/13 567 et F7/13 599. — Le Socialiste ardennais. — Arch. de la fédération socialiste ardennaise. — Souvenirs de Firmin Drouart, à La Moncelle — CAC 19940484/97 — Les Temps Nouveaux, passim — note de Dominique Petit.

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