VERNET Madeleine [CAVELIER Madeleine, Eugénie, Clémentine, Victorine] [épouse Tribier, dite] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Claude-Paul Couture, notice complétée par Marianne Enckell

Née le 3 septembre 1878 au Houlme (Seine-Inférieure) ; morte le 5 octobre 1949 ; militante pacifiste ; éducatrice ; fondatrice de l’orphelinat L’Avenir social.

Madeleine Vernet
Madeleine Vernet
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En 1888, les parents de Madeleine Vernet s’installèrent à Barentin (Seine-Inférieure) où ils tinrent un petit commerce.

Vers 1900, sa mère, devenue veuve, s’installa à Pissy-Pôville (Seine-Inférieure) et prit en charge quatre fillettes de l’Assistance publique. Cet événement révéla à la jeune fille sa vocation d’éducatrice populaire. Elle écrivit une série d’articles sur les « Bureautins » dans la revue Pages libres de Charles Guieysse, pour dénoncer la grande misère des enfants assistés et les abus tolérés par l’Administration d’alors ; en représailles, les pupilles confiées à sa mère lui furent retirées. Madeleine Vernet tenta alors de créer un orphelinat ouvrier géré par les coopératives de la région rouennaise, mais elle échoua et, fin 1904, elle gagna Paris pour tenter de réaliser ses projets. Pour subsister, elle s’employa comme aide comptable ; en même temps, elle entreprit une série de démarches auprès des syndicats et des coopératives, auprès de journalistes et de députés. C’est alors qu’elle fit la connaissance d’Albert Thomas, de Marcel Sembat, de Georges Yvetot.

Le 1er mai 1906, grâce en partie aux économies de sa mère, et avec l’aide de sa sœur et de son compagnon Louis Tribier qu’elle épousera le 12 octobre 1909, elle put fonder l’orphelinat L’Avenir social dans un petit pavillon de Neuilly-Plaisance (Seine-et-Oise). En août, Madeleine Vernet loua un second pavillon, car L’Avenir social comptait alors vingt-quatre pensionnaires. En 1907, il y en avait trente : dix-sept garçons et treize filles. L’orphelinat put survivre grâce aux dons d’amis, à l’aide apportée par la coopérative La Bellevilloise, aux souscriptions de l’Humanité et de la Guerre sociale.

Madeleine Vernet s’était liée également, dès 1904, avec les milieux libertaires. Elle avait publié une brochure, l’Amour libre, aux éditions de l’anarchie, et un roman, La Torine. Elle collabora au Libertaire et aux Temps Nouveaux et, dans ces journaux, s’éleva en particulier contre la doctrine néomalthusienne poussée à l’extrême et qui aboutissait non plus à la limitation des naissances, mais à leur suppression (cf. « Être Mère ! », Le Libertaire, 8-15 septembre 1907). Dans les Temps Nouveaux, elle opposa « au Droit à l’Avortement, le Droit à la Maternité » (1er avril 1911).

Le 14 avril 1908, l’Avenir social se transporta à Épône (Seine-et-Oise). Là, Madeleine Vernet poursuivit son œuvre en dépit de l’hostilité de la population cléricale et des tracasseries de l’administration et de l’inspecteur primaire de Mantes. La guerre l’obligea à quitter Épône pour « la colonie des enfants de mobilisés » à Etretat (Seine-Inférieure) mais, dès que le front fut stabilisé, elle obtint de revenir à Épône.

Durant toute la guerre, Madeleine Vernet se livra à une active propagande pacifiste. Elle publia des poèmes, recueillit à Épône le fils aîné de Marie et François Mayoux emprisonnés pour propagande antimilitariste, organisa un comité de défense d’Hélène Brion, institutrice, secrétaire du conseil d’administration d’Épône, qui avait été inculpée. Madeleine Vernet diffusa une brochure clandestine, elle publia deux numéros d’une feuille Les Voix qu’on étrangle, destinée à lutter pour la paix. En avril 1918, elle publia encore L’École laïque menacée, et entreprit une tournée de conférences à Lyon, Saint-Étienne, Firminy, Saint-Chamond. À son retour à Épône, elle fut inculpée de propagande défaitiste, mais l’armistice mit fin aux poursuites. En 1916-1917, elle avait collaboré à la revue de Sébastien Faure CQFD et, en août 1917, avait paru le premier numéro de la Mère éducatrice.

Après la guerre, Madeleine Vernet continua son action pacifiste et participa à la création de la Ligue des femmes contre la guerre. Elle donna aussi des articles à l’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure* : Mère, Orphelinat, Paix.

En 1922, les communistes se trouvèrent en majorité au conseil d’administration de l’orphelinat d’Épône ; aussi, en janvier 1923, Madeleine Vernet, qui ne s’était pas ralliée au communisme, dut-elle abandonner ses fonctions de directrice. Le 13 juin 1923, les pupilles d’Épône partirent pour Mitry-Mory (Seine-et-Marne), nouvelle résidence de l’œuvre. Deux ans plus tard, L’Avenir social était pris en charge par l’union départementale unitaire de la Seine. Transféré à La Villette-aux-Aulnes (Seine-et-Oise), il devint L’Orphelinat ouvrier, qui cessa de fonctionner en 1938.

Madeleine Vernet poursuivit son action dans La Mère éducatrice, qui avait son siège à la librairie Au Panthéon de la Pensée, 39 rue Chaptal à Levallois-Perret, domicile de sa rédactrice. Elle organisa aussi un foyer au centre Quaker de Paris.
En 1928, elle était secrétaire générale du Comité international d’action et propagande pour la paix et le désarmement, dont l’organe était La Volonté de Paix, qui parut de juin 1927 à janvier 1936 et qui défendait la politique du désarmement. Le journal fut interdit après le procès du gérant Louis Tribier, accusé de provocation de militaires à la désobéissance.

En avril 1935, Madeleine Vernet fut élue au comité directeur de la Ligue internationale des combattants de la Paix. Elle mourut en 1949 et fut inhumée au cimetière de Barentin (Seine-Inférieure).

Elle vivait avec Louis Tribier, co-directeur de L’Avenir social.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154231, notice VERNET Madeleine [CAVELIER Madeleine, Eugénie, Clémentine, Victorine] [épouse Tribier, dite] [Dictionnaire des anarchistes] par Claude-Paul Couture, notice complétée par Marianne Enckell, version mise en ligne le 7 mars 2014, dernière modification le 10 janvier 2017.

Par Claude-Paul Couture, notice complétée par Marianne Enckell

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ŒUVRE : Collaborations (autres que celles déjà citées) : La Revue socialiste, août 1911, La Voix libertaire, 1931, 1936, 1937. — Brochures : L’Avenir social : cinq années d’expérience éducative [1906-1911], 1911, in-8°, 56 p. — Une belle conscience et une sombre affaire, brochure clandestine publiée en 1917 et consacrée à Hélène Brion. — L’Amour libre, 1920, 57 p. — Pages contre la guerre, 1921.

SOURCES : Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste... op. cit. et archives personnelles — Le Monde libertaire, janvier 1967 (article de René Bianco). — Le Monde, 26 février 1976. — Geneviève Fraisse, « Et si les mères désertaient la guerre... Madeleine Vernet (1879-1949) : pacifisme et féminisme », Les Cahiers du Grif, n°14-15, décembre 1976 = DBMOF — CAC Fontainebleau, dossier 5858 — R. Bianco, Un siècle de presse, op. cit. — Oakleigh Welply, Madeleine Vernet : féminisme et pacifisme du début du siècle à la Seconde guerre mondiale, IEP, 1997 [au CHS ; pas consulté]