SOUDEY Édouard, Jean, Gustave [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche

Né le 13 février 1863 à Paris, suicidé à Paris le 28 août 1893 ; ouvrier pâtissier ; anarchiste, boulangiste et secrétaire général de la Ligue pour la suppression des bureaux de placement.

Fils d’un pâtissier parisien tué sous la Commune, Édouard Soudey passa deux ans au petit séminaire, puis apprit le métier de pâtissier. Il l’exerça en Alsace-Lorraine allemande, puis en fut expulsé comme « patriote ». Il s’installa alors à Paris où il travailla comme cuistot.

En août 1886, une quinzaine de chambres syndicales de l’alimentation fondèrent la Ligue pour la suppression des bureaux de placement. Diverses tendances socialistes y participaient. Trébois en fut élu président et Édouard Soudey, alors proche des possibilistes, en fut nommé secrétaire général. La Ligue aurait compté jusqu’à 50 000 membres. Au bout de plusieurs mois de campagne auprès des pouvoirs publics, il s’avéra que l’action légale ne donnait rien. En avril 1887, la Ligue se scinda en deux groupes. La tendance Trébois resta fidèle à l’action légale, alors que la tendance Soudey se tournait vers l’anarchisme et l’action violente.

À cette époque – au printemps 1887 – Soudey aurait passé quatre mois en prison préventive avant de bénéficier d’un non-lieu aux assises à la mi-juillet 1887. Il ne tarda pas à refaire parler de lui. Le 30 juillet 1887, alors « ex-secrétaire » de la Ligue selon Le Figaro, il conduisit une trentaine d’anarchistes à une conférence de l’ancien ministre du Commerce Lockroy au Cirque d’hiver, pour l’interpeller sur la question des bureaux de placement. Il ne put y prendre la parole, fut passé à tabac et emmené, assommé, hors de la salle.

Le journaliste Paul Belon le décrivit alors comme « un garçon de taille moyenne, maigre…, les cheveux blonds filasse, la figure rasée sauf des “pattes de lapin” sur les joues ».

Édouard Soudey devint alors un des « meneurs » anarchistes les plus connus de Paris. Il paraissait souvent, dans les meetings, revêtu de sa veste blanche et de son bonnet de calicot. Il fréquentait également Le Cri du peuple de Séverine*. Durant les manifestations de rue du 1er au 3 décembre 1887, au moment de la démission du président Jules Grévy, il fut arrêté alors qu’il était à la tête d’un groupe anarchiste.

En 1888-1889, Soudey fut un des rares anarchistes, avec Lucien Pemjean*, à rallier le boulangisme. Suite aux violences qui entourèrent l’enterrement du leader blanquiste-boulangiste Eudes, il fut arrêté vers le 10 août 1888 mais bénéficia d’un non-lieu le 24 août. Il faillit comparaître au procès Boulanger-Rochefort-Dillon du 8 au 14 août 1889, mais bénéficia d’un non-lieu (arrêt de la chambre d’accusation du 6 juillet 1889). Il poursuivit la campagne boulangiste et, le 4 octobre 1889, fut arrêté suite à une bagarre à la sortie d’un meeting boulangiste à Toulouse.

À la fin du boulangisme, son étoile pâlit. À cause de son action passée à la tête de la Ligue, il ne trouvait plus de patron pour l’embaucher. D’autre part, son action dans « la boulange » l’avait isolé dans le mouvement anarchiste et la clémence de la justice à son égard le faisait soupçonner d’être un mouchard. En février 1890, il s’afficha au tout premier meeting de la Ligue antisémitique, aux côtés de Drumont, de Charles-Ange Laisant* et du marquis de Morès. Le 15 avril, il accompagna le marquis de Morès dans un meeting anarchiste où parlaient entres autres Louise Michel*, Malato*, Tortelier*, Tennevin* et Sébastien Faure*, et se fit conspuer par l’assistance.

Durant la période des bombes, il se vanta de pouvoir faire sauter la Bourse. Repéré au sein du palais Brongniart, il en fut aussitôt expulsé. Il fut inculpé à plusieurs reprises pour attentat ou tentative d’attentat, mais il bénéficia à chaque fois d’un non-lieu.

Il habitait alors au 56, rue Grégoire-de-Tours, à Paris 6e, chez sa compagne, Marie Saillard, qui l’aidait financièrement. Il semble qu’il supportait mal sa situation car il parlait à l’époque souvent de se suicider.

Le 27 août 1893 dans la nuit, suite à une dispute avec sa maîtresse et plusieurs autres anarchistes chez un marchand de vin, Édouard Soudey se jeta dans la Seine depuis le pont Marie. On repêcha son corps quelques heures plus tard.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154220, notice SOUDEY Édouard, Jean, Gustave [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 19 avril 2014, dernière modification le 19 avril 2014.

Par Guillaume Davranche

SOURCES : Le Cri du peuple du 31 mars 1887 — Le Figaro du 31 juillet 1887 et de décembre 1887 — La Liberté (Fribourg) du 6 octobre 1889 — Paul Belon et Georges Price, Paris qui passe, A. Savine, 1888 — Albert Bataille, Causes criminelles et mondaines, Dentu, 1889 — Le Petit Journal et Le Figaro du 29 août 1893 — Albert Verly, Le Général Boulanger et la conspiration monarchique, Ollendorf, 1893 — Raphaël Viau, Vingt ans d’antisémitisme, E. Fasquelle, 1910 — Sylvain Leteux, Libéralisme et corporatisme chez les bouchers parisiens (1776-1944), thèse d’histoire, université Lille-III, 2005.

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