MITEV Thodor [dit Tocho ou Théo] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche

Né le 21 mars 1926 à Sofia (Bulgarie), décédé le 17 août 2002 en région parisienne ; médecin ; communiste libertaire.

Tocho Mitev (vers 1960)
Tocho Mitev (vers 1960)
Claude Mitev/Archives d’AL

Les parents de Tocho Mitev étaient enseignants. Son père, communiste et résistant au régime fasciste bulgare, devint hostile à l’URSS lorsque l’Armée rouge occupa la Bulgarie. Tocho, étudiant en médecine, se rapprocha de la Fédération anarchiste communiste bulgare (FACB) vers 1944.

Le 5 décembre 1948, 600 militantes et militants connus de la FACB furent arrêtés. Peu actif, Tocho ne fut pas inquiété mais, en se rendant à la fac, et trouvant une rue barrée par la milice, il apprit que quelqu’un avait réussi à accrocher au dernier étage d’un hôtel une banderole « À bas la dictature ». Cet événement le décida à s’engager plus résolument. Il colla des tracts sur les portes de la faculté de Médecine. Il fut arrêté quelque temps plus tard, à plusieurs reprises, pour obtenir qu’il collabore avec le régime. La pression étant de plus en plus forte, il décida de s’exiler. En mars 1950, il quitta le pays avec un camarade, Mirtcho, en se cachant sous un train.

Réfugié en Yougoslavie, il passa plusieurs mois dans ce pays avant d’être expulsé vers l’Italie. Arrêté à Trieste, il fut retenu dans un camp de l’armée américaine où les réfugiés étaient abrités et triés avant d’être expédiés dans les pays en demande de main d’œuvre. Grâce à la complicité d’anarchistes italiens, il parvint à s’enfuir en France. Aidé par les camarades français, il gagna Paris où il se déclara à la préfecture le 3 novembre 1952, et obtint le statut de réfugié.

Il fit alors divers petits boulots, dans plusieurs usines de la région parisienne. Par deux fois la CGT lui fit perdre son emploi, en raison de son statut de réfugié d’un pays socialiste. En octobre 1953 il obtint finalement une bourse pour reprendre ses études de médecine.

Il fréquentait alors le milieu anarchiste bulgare en exil, et participa à l’édition de sa revue mensuelle, Notre Route, qui était ronéotée dans la cave d’un camarade de la Fédération anarchiste (FA) française, Jean-Max Claris, au Vésinet. Il se méfiait néanmoins du milieu de l’exil, qu’il pensait infiltré par les services secrets de Sofia. Il s’opposa par ailleurs à la collaboration avec les Américains, qui cherchaient à s’inféoder les opposants bulgares. Tocho lui-même reçut une proposition d’emploi de l’Université internationale, située près de Strasbourg, mais il en partit rapidement quand on lui proposa en fait de travailler pour les émissions américaines de radio Free Europe. Lui et trois autres camarades trop critiques de « l’Exil » furent finalement écartés de Notre Route.

Tocho Mitev sympathisait plus volontiers avec la FA française. Il participait en outre à une chorale internationale dirigée par son camarade Mirtcho et composée de réfugiés libertaires espagnols, bulgares, yougoslaves, et de quelques Français. Cette chorale répétait rue Sainte-Marthe, dans les locaux de la CNT en exil. C’est par ce biais qu’il rencontra Claude Leconte, également étudiante en médecine, qu’il devait épouser en novembre 1955 (voir Claude Mitev).

En 1955, Tocho Mitev rejoignit le groupe Kronstadt, exclu de la Fédération communiste libertaire (FCL), et allait à la fin de l’année cofonder les Groupes anarchistes d’action révolutionnaire (GAAR), avec d’autres groupes sortis de la FCL. Il collabora alors activement à la revue des GAAR, Noir et Rouge pour laquelle il écrivit notamment des articles sur l’autogestion en Yougoslavie et de critique du marxisme.

Cette année-là, il épousa Claude Leconte, dont il devait avoir trois enfants.

De 1957 à 1960, Claude et lui exercèrent la médecine au Maroc. À leur retour en France, ils réimpulsèrent Noir et Rouge, qui battait de l’aile. Les réunions de rédaction de Noir et Rouge se tinrent désormais dans la cave de la maison des Mitev, à Vauhallan (Essonne). En mai 1961, Tocho refusa de suivre la majorité des GAAR qui entraient à la FA pour y constituer la tendance Union des groupes anarchistes communistes (UGAC). Il fit partie de ceux qui maintinrent Noir et Rouge en tant que revue indépendante. Lorsque, après Mai 68, l’affluence militante déborda la revue, les réunions de rédaction furent déplacées à Paris.

Tocho et Claude se désinvestirent alors quelque peu de Noir et Rouge, pour s’engager davantage dans le Syndicat de la médecine générale (SMG), dont les orientations correspondaient tout à fait à leur vision d’une médecine plus humaine, moins tournée vers le profit, dégagée des laboratoires pharmaceutiques et des hiérarchies, cherchant le travail de groupe. Soutenus par le SMG, ils participèrent à une action collective de refus d’acquitter la cotisation obligatoire à l’ordre des médecins, donnant lieu à un procès un peu médiatisé.

Après l’arrêt de Noir et Rouge en 1970, Tocho Mitev resta en lien avec les anciens camarades des GAAR.

En 1975, il cofonda la revue Iztok avec quelques autres exilés bulgares comme Nikola Tengerkov.

En 1978, Tocho participa à un colloque de trois jours sur la dissidence à la Maison de l’architecture à Paris, puis à une rencontre plus importante avec les dissidents russes à Marseille. Il essaya ensuite, sans succès, de renouer avec les libertaires bulgares en exil.

En 1979, la revue Iztok se doubla d’une édition en français (voir Nicolas Trifon) qui eut un grand succès dans le mouvement libertaire français, de par l’éclairage qu’elle apporta sur la déliquescence du bloc de l’Est dans les années 1980.

Vers 1980, Tocho et Claude Mitev traduisirent du bulgare et firent paraître aux éditions Acratie les nouvelles de Georgui Markov sous le titre L’Odyssée d’un passeport. En 1989 après la chute du mur, de nouveaux contacts avec les Bulgares émigrés ne furent pas très concluants. Tocho organisa alors avec Iztok une aide financière en Bulgarie au journal La Pensée libre. Il se rendit en Bulgarie en 1992, mais il ne restait pas grand-chose de ce qu’il avait connu autrefois.

Ayant pris sa retraite en 1991, il édita en bulgare, en 1993, Xristo Botev i negovoto vreme (« Khristo Botev et son époque »).

Il mourut, quelques années plus tard, d’un cancer du cerveau.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154200, notice MITEV Thodor [dit Tocho ou Théo] [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 13 mars 2014, dernière modification le 26 mai 2016.

Par Guillaume Davranche

Tocho Mitev (vers 1960)
Tocho Mitev (vers 1960)
Claude Mitev/Archives d’AL

SOURCES : Témoignages de Claude Mitev et Jean-Max Claris recueillis en 2006 — Témoignage de Nicolas Trifon pour La-presse-anarchiste.net en 2007 — Roland Biard, Histoire du mouvement anarchiste 1945-1975, Galilée, 1976 — LeMonde libertaire du 12 septembre 2002 — Bulletin de CIRA, automne 2002.