Né le 26 avril 1864 au Champ-Saint-Père (Vendée), mort le 26 juin 1936 ; employé ; anarchiste et bagnard.

Employé de commerce, Régis Meunier entra ensuite dans les ordres comme capucin à Fontenay-le-Comte (Vendée), puis il fut trappiste à Bellefontaine (Manche). Le dossier de police de la Roche-sur-Yon qui le concerne est rempli de lettres pieuses écrites par lui à ses anciens supérieurs dans lesquelles il expose ses hésitations et leur demande de l’argent.
Clerc d’huissier à Luçon (Vendée) en 1889, il fut condamné, le 29 octobre de cette même année, à dix-huit mois de prison pour abus de confiance.
Deux ans plus tard, il fut à nouveau condamné, le 2 juillet 1891, à un an de prison et 100 francs d’amende pour excitation au meurtre et au pillage. Au prononcé du jugement il cria « Vive l’anarchie », ce qui lui valut un mois de prison supplémentaire et, à nouveau, 100 francs d’amende.
Au début de février 1893, il arriva à Angers où il s’employa comme ouvrier cordonnier.
En avril 1893, il fut un des organisateurs de la grève des ouvriers filassiers, et poussa par ses discours les grévistes aux émeutes des 18 et 21 avril.
Après s’être absenté d’Angers quelque temps, il y revint en juillet 1893 et s’installa à Trélazé comme raccommodeur de chaussures.
Durant l’année 1893, il se rendit à Brest à diverses reprises pour y faire des conférences et s’installa finalement à Lambézellec au mois d’octobre 1893.
Ancien religieux, Régis Meunier excellait dans le registre antithéologien, et Brest fut durant cette période le théâtre d’une controverse passionnée. Le 14 novembre 1893, les cercles catholiques de Brest organisèrent à leur tour une réunion publique avec l’abbé Naudet, directeur du journal La Justice sociale de Bordeaux. Régis Meunier s’y rendit et prit la parole après l’abbé qui pendant une heure avait exposé ses idées sur la question sociale. Selon La Dépêche de Brest, « avec une imperturbable faconde, l’orateur anarchiste fit à l’abbé une sorte de cours d’histoire et d’écriture saintes qui mit une bonne moitié de la salle en gaieté ».
Lors de l’enquête de novembre 1893, la police inscrivit Meunier sur la liste des anarchistes notables du Finistère voyageant hors du département. Il habitait alors Keranfurust Izella à Lambézellec (voir Adolphe Sèvre).
Son logement fut perquisitionné le 3 janvier 1894 dans le cadre de la répression de l’anarchisme. On saisit chez lui deux petites bouteilles contenant de la glycérine ainsi que des journaux et chansons anarchistes.
Poursuivi pour les incidents survenus durant la grève des filassiers de Trélazé, mais aussi pour ses conférences données à Limoges et à Brest, Régis Meunier fut condamné par la cour d’assises d’Angers, le 30 mai 1894, à sept ans de travaux forcés et à dix ans d’interdiction de séjour. Il fut envoyé au bagne en Guyane.
Sa peine achevée, Régis Meunier vécut à Saint-Laurent-du-Maroni, où il était en relégation, mais on lui refusa de s’installer à Cayenne. Il travaillait à la briqueterie de la commune pénitentiaire de Saint-Laurent pour un salaire de misère : 2,75 francs par jour, le pain coûtant 0,40 francs les 500 grammes.
Il écrivit à l’anarchiste angevin Ludovic Ménard* une lettre datée du 7 mars (1901 ?) : « Revoir ma mère, la France, vous tous, frères ! Cette pensée, cet espoir [...] j’en ai les larmes aux yeux, oui, je pleure, pardonnez-moi cette faiblesse, j’ai tant souffert, et aujourd’hui encore [...] Notre cher Duval habite avec moi, un petit taudis que je loue 8 francs par mois, en attendant que la case de sa concession soit faite. Si je revenais parmi vous, mes amis, avec seulement la moitié des qualités du compagnon Duval, je vous serais un sujet d’édification. Jugez donc de ce qu’est cet apôtre de la vérité. »
Meunier contribua à l’évasion de Clément Duval, condamné pur sa part aux travaux forcés à perpétuité.
Bénéficiant de l’agitation anarchiste au moment de l’affaire Dreyfus, Régis Meunier fut gracié par décret en date du 18 juin 1901, à la suite d’une démarche faite par la Ligue des Droits de l’Homme, et revint en France en 1902. Il s’installa de nouveau à Brest où il continua la propagande anarchiste. Dès le 5 juillet 1902, il tenait une conférence sur les religieuses.

SOURCES : Arch. Dép. Finistère, 22 M — ANOM, matricule 26760 / 8293 / 4472 — Archives Jean Grave (correspondance), IFHS — Le Père Peinard des 9 janvier et 6 mars 1898 — Les Temps nouveaux du 29 juin 1901 — La Voix libertaire, 4 juillet 1936 — Patrick Gouedic, « L’apparition de l’anarchisme à Brest (1889-1903) », mémoire de maîtrise, université de Bretagne-Occidentale, 1980 — Vivien Bouhey, op. cit., annexe 36.

Jean Maitron, notice révisée par Guillaume Davranche

Version imprimable de cet article Version imprimable