Né le 14 mai 1887 à Bourges (Cher) ; ébéniste ; anarchiste.

Surveillé comme anarchiste à Auxerre, Eugène Martin quitta précipitamment la ville en décembre 1906 avec deux camarades, Augustine Vigneron* — par ailleurs son amante — et Jester Perovic*. Ce départ suspect fut signalé par la préfecture de l’Yonne et la « brigade des anarchistes », à Paris, les rechercha activement. Dès son arrivée à Paris en 1907, Eugène Martin fréquenta les milieux libertaires.
En 1910, il fit la campagne antiparlementaire au moment des élections législatives d’avril-mai. Candidat abstentionniste dans la 2e circonscription du XVIIIe arrondissement, il était « secondé » par Miguel Almereyda.
Par la suite, il fut administrateur délégué de l’imprimerie communiste L’Espérance, qui fut inaugurée le 15 juin 1910 au 3, rue de Steinkerque, à Paris 18e. Le conseil d’administration était alors formé d’Almereyda, de René Dolié*, de Georges Durupt, de François Marie, de Armand Matha et d’Émile Tissier*.
Peu après, il fut un des cofondateurs du Foyer populaire de Belleville, au 5, rue Henri-Chevreau, à Paris 20e, et en fut élu secrétaire. Il habitait alors au 11, rue de Romainville, à Paris 19e.
Le 30 mai 1911, Eugène Martin fut désigné secrétaire de la Fédération révolutionnaire communiste (FRC) dont Lucien Belin* était le trésorier, en remplacement d’Auguste Dauthuille*, trop peu disponible. Martin organisa le congrès régional de la FRC, qui eut lieu le 4 juin 1911 et rassembla 70 délégués représentant 18 groupes de Région parisienne.
En janvier 1912, Eugène Martin fondait, avec Eugène Jacquemin, Jean Fleur* et Léon Michel*, le groupe des Bakounistes, adhérent à la FRC. Selon la police, les Bakounistes étaient en fait un « groupe d’action directe » spécialisé dans les opérations violentes contre les manifestations nationalistes. Jacquemin, Martin, Fleur et Michel dirigeaient chacun une équipe d’une douzaine de militants, qui assurèrent par exemple le service d’ordre de la FRC aux obsèques d’Aernoult le 11 février 1912.
Comme la majorité des anarchistes communistes, il désapprouva l’épopée de la « bande à Bonnot ». Mais il regretta publiquement, dans le Bulletin de la FRC (20 mai 1912) l’acharnement des Temps nouveaux. « Ce fut de la révolte, de la révolte égarée ! » concluait-il.
Le 2 juillet 1912 Eugène Martin fut démis de ses fonctions de secrétaire de la FRC lors d’une réunion des Amis du Libertaire, en raison des liens qu’il conservait dans la mouvance hervéiste. Officiellement, il fut donné démissionnaire pour des raisons de santé. Louis Lecoin et Édouard Boudot le remplacèrent aussitôt au secrétariat de l’organisation. En août 1912, sa compagne Eugénie Faisan, dite Nénette, le quitta pour Jean Bonafous*. Il renoua alors avec son ancienne compagne, Augustine Vigneron.
Eugène Martin réduisit alors son activité. Il continua néanmoins à assister aux réunions de la FCAR puis, durant la Grande Guerre, des Amis du Libertaire, jusqu’en août 1915. En 1914, il avait été réformé n°2. Son métier l’appela ensuite à beaucoup voyer en province.
En 1923, il vivait toujours rue de Romainville avec Augustine Vigneron et travaillait pour la maison Darcissac, 40, rue de la Réunion et 53, rue des Haies, à Paris 20e. Leur domicile figurait toujours sur la liste des anarchistes dont le domicile était soumis à vérification bimensuelle. Il avait cependant été rayé du carnet B le 12 juin 1922.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13053 — Archives PPo BA/1499, 1513 et 1514 et GA/M6 — Archives de Paris — La Guerre sociale (13 avril 1910) — Les Temps nouveaux du 25 juin 1910 — Le Libertaire du 19 février 1911 — Bulletin de la FRC, 1911-1912. — Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir. Ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914), L’Insomniaque/Libertalia, 2014 — Note de David Doillon.

Guillaume Davranche

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