BACCONNIER Ludovic [BACCONNIER Marius, Ludovic]. Pseudonyme : AIZAC

Par Roger Pierre

Né le 5 septembre 1879 à Privas (Ardèche), mort le 23 mars 1956 à Privas ; instituteur, puis professeur d’histoire et de géographie au collège de Privas ; militant socialiste, puis communiste ; ; résistant ; conseiller général SFIO du canton de Privas, maire communiste de Privas.

La famille de Ludovic Bacconnier était originaire d’Antraigues (Ardèche) ; son père, Henri, facteur des postes, libre penseur, s’imposa de lourds sacrifices pour élever cinq enfants dont trois furent tués au cours de la guerre de 1914-1918.
Ludovic Bacconnier fut admis en 1895 à l’École normale d’instituteurs de Privas où il obtint en 1898 son Brevet supérieur et réussit à l’examen spécial de gymnastique. Il enseigna dans divers postes de l’Ardèche (Lalevade, 1898 - Rochemaure, 1899 - Chomérac, 1901 - Privas, 1903 - Lavilledieu, 1905) et fut nommé en 1906 instituteur délégué à l’école primaire supérieure de Bourg-Saint-Andéol pour enseigner les lettres, l’histoire, l‘anglais. Il obtint une bourse pour séjourner deux mois en Angleterre en1909. Pour pouvoir suivre des cours en Faculté, il prépara le baccalauréat et fut reçu à la première partie (latin-langues), puis à la deuxième partie (philosophie) en 1913. L’inspecteur disait de lui en mars 1913 qu’il était "un fervent géographe, disciple de Raoul Blanchard". Il obtint une licence de lettres en 1915 et un diplôme d’études supérieures en 1924 pour un remarquable travail sur la région du Coiron, couronné par le prix Villard.

Il se maria en août 1905 à Privas avec la fille d’un facteur des postes et d’une institutrice. Le couple eut trois enfants.

Mobilisé en août 1914, il passa dans un régiment du Train en août 1918 et fut affecté auprès de la mission française près de l’armée américaine. Il reçut la croix de guerre et plusieurs citations faisant état d’un courage exemplaire, mais sa vie fut à jamais marquée par la mort de ses frères et par les souffrances subies. Démobilisé en novembre 1919, il fut nommé professeur au collège de Privas où il enseigna l’histoire et la géographie dans un esprit non conformiste qui lui valut quelques ennuis. Bien que retraité en octobre 1939, il fut maintenu en activité jusqu’en septembre 1941.
. En outre il enseignait deux heures par semaine à l’école d’agriculture d’hiver à partir de 1922.
Il n’y avait en 1920 ni groupe, ni membres du Parti socialiste au chef-lieu du département de l’Ardèche (Élie Reynier, Le Réveil ardéchois, 5 juin 1920) ; Ludovic Bacconnier adhéra d’abord au syndicat de l’enseignement, de tendance révolutionnaire, et il y demeura lorsque celui-ci adhéra à la CGTU, mais il rejoignit la SFIO lorsqu’une section fut reconstituée à Privas, et il y milita avec son collègue Pierre Prétou.
Élu en 1924 au conseil d’arrondissement dans le canton de Privas, il fut présenté au conseil général par son parti en 1925 ; les électeurs le placèrent au premier tour devant le radical-socialiste ; il devint le « candidat de la discipline républicaine » et conquit le siège par 1 622 voix contre 1 463 à son concurrent de droite ; il fut réélu en 1931. À l’assemblée départementale, il déploya beaucoup d’activité, se fit le défenseur du personnel et notamment des cantonniers, mena campagne pour l’aménagement du Rhône, pour l’équipement téléphonique d’un département déshérité. Lorsque la crise développa le chômage dans l’Ardèche, il s’associa aux démarches et manifestations des syndicats unitaires, intervint vigoureusement à la mairie et à la préfecture pour l’octroi de secours aux sans-travail.
À la suite des décrets-loi de mai 1934, qui enlevaient à Privas, pour les rattacher à Valence, les directions des contributions et de l’enregistrement, il protesta énergiquement contre cette atteinte au rôle du petit chef-lieu de l’Ardèche ; les autorités restant sourdes, il donna sa démission du conseil général et appela les électeurs à se prononcer. Cette erreur de tactique fut mise à profit par tous ceux qui à la préfecture, à la mairie de Privas et ailleurs, aspiraient à se débarrasser d’un socialiste révolutionnaire qui était l’adversaire le plus combatif, le censeur le plus intransigeant ; tout fut mis en œuvre pour le mettre en échec. Le 24 février 1935, Ludovic Bacconnier ne retrouva que 1 300 voix sur les 1 615 qu’il avait obtenues en 1931. Battu par l’industriel Fougeirol, maire des Ollières, il ne put reconquérir son siège en 1937.
Aux élections législatives de 1928, Bacconnier avait été le candidat de la SFIO dans la première circonscription de Privas où il avait obtenu 1 336 voix sur 13 310 suffrages exprimés ; son désistement en faveur du républicain-socialiste, Louis Antériou, député sortant, permit l’élection de ce dernier qui renia aussitôt ses engagements et accepta un portefeuille dans le ministère Poincaré, se donnant un alibi en prenant comme chef de cabinet le socialiste François Thomas. Ludovic Bacconnier, dont la loyauté et la conscience droite répugnaient à l’arrivisme et aux « combines » s’insurgea avec fougue et indignation contre cette « trahison ». Antériou mourut en 1931, ce qui posa le problème de sa succession. Le congrès socialiste de Privas désigna comme candidat, par acclamation, son ancien porte-drapeau dans la circonscription, le conseiller général du chef-lieu, mais Bacconnier refusa, en alléguant « des raisons personnelles », peut-être motivées par des manœuvres qui, dans les coulisses préparaient la candidature, plus « efficace », de l’opportuniste Léonce Salles.
Dans la vie de la Fédération SFIO de l’Ardèche, Ludovic Bacconnier joua un rôle de premier plan par ses interventions et motions dans les congrès, sa participation au conseil fédéral, par l’exemple de son action personnelle et surtout par l’orientation qu’il donna à l’hebdomadaire L’Ardèche socialiste dont il assuma la direction de 1929 au 25 novembre 1934, date de la disparition du journal. Il apparut dès 1928 comme le chef de file d’un « courant de gauche » se réclamant du marxisme et de la lutte de classes, hostile à la participation, au cartellisme, à la politique opportuniste des élus, mais favorable au front unique dans la lutte contre le chômage, le fascisme et la guerre.
Dès l’annonce du congrès d’Amsterdam, à l’encontre des directives de la SFIO, il n’hésita pas à prendre parti personnellement ; le 24 juillet 1932 il encartait dans L’Ardèche socialiste une « Note de la Rédaction » aussi nette que catégorique : « Envoyez votre adhésion ou individuelle ou collective à Challaye ou à Barbusse. Il y va de l’honneur du Parti. » Homme d’action, courageux et combatif, il n’hésitait pas davantage à payer de sa personne. En 1932, encore, il se trouvait avec quelques camarades socialistes aux côtés d’Henri Lefebvre et des militants communistes lors de la contre-manifestation organisée à l’occasion du banquet offert à Tardieu par la municipalité de Privas, et il fut par la suite au premier rang dans les manifestations contre le fascisme et la guerre.
Militant infatigable, Ludovic Bacconnier, sans négliger pour autant son métier qui le passionnait, déployait aussi son activité dans diverses organisations auxquelles il appartenait : syndicat de l’enseignement, Fédération laïque de l’Ardèche, Libre Pensée, etc. Prenant dans son journal la défense de l’Union soviétique, il contribua à la création à Privas, à la fin de 1931, d’une section des Amis de l’URSS et il encouragea ses camarades socialistes à y participer - voir aussi Marcel Champanhet.
Dès 1942, avec son ami communiste Adolphe Demontès, Bacconnier prit contact avec la Résistance ; membre du réseau « Brik-Oudinot », des services secrets de l’AS, du 2e bureau belge, il contribua à la création du comité local de libération de Privas, qui le désigna comme président en novembre 1943. Il adhéra peu après au Parti communiste et participa à la diffusion de l’Humanité clandestine. Le 12 août 1944, les Allemands fuyant Privas, probablement guidés par des miliciens, tirèrent une rafale de mitraillette à travers sa porte qu’ils trouvèrent fermée, et lancèrent dans sa maison une grenade incendiaire. Ludovic Bacconnier fut assez gravement blessé à l’épaule.
Bien qu’incomplètement rétabli, il fit partie du Comité départemental de Libération au titre de Front national et du Parti communiste et présida le comité de Libération de Privas. Il fut élu maire, en mai 1945, avec une très forte majorité. Grâce à sa ténacité, l’adduction d’eau que les Privadois attendaient depuis longtemps fut enfin réalisée, mais la municipalité qu’il dirigeait fut remplacée en bloc le 19 décembre 1947 par une coalition à laquelle participaient les socialistes.
« Homme franc et loyal », « modeste et dévoué », « adversaire loyal et convaincu, un honnête homme » : tous les témoignages s’accordent pour reconnaître que cet intellectuel de valeur qui fut militant ferme dans ses convictions et courageux homme d’action eut jusqu’à la fin « une vie exemplaire ». Il fut accompagné à sa dernière demeure par plus de 3 000 personnes et une rue du chef-lieu de l’Ardèche porte aujourd’hui son nom.


Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article15419, notice BACCONNIER Ludovic [BACCONNIER Marius, Ludovic]. Pseudonyme : AIZAC par Roger Pierre, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 4 avril 2018.

Par Roger Pierre

ŒUVRE : Le Coiron, diplôme d’études supérieures, Revue de géographie alpine, t. XII, 1924 et tiré à part, Grenoble, 1924, 247 p. — Collaboration à L’Ardèche socialiste, de 1928 à 1934.

SOURCES : Arch. Nat. F17/24709. — Arch. Dép. Ardèche, 2 M 428, 429, 430, 2 M 363. — Souvenirs de Marcel Bacconnier, Adolphe Demontès, etc. — A. Demontès, L’Ardèche martyre, op. cit., p. 12-15-97. — Élie Reynier, Histoire de Privas, t. III, p. 227, 327, 340, 407, 411.—. Notes de Jacques Girault

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