JAHANE Léon, Jean, Marie [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, Guillaume Davranche, Anthony Lorry

Né le 21 janvier 1887 à Mouzeil (Loire-Inférieure) ; ouvrier cimentier puis chauffeur ; anarchiste et syndicaliste.

Fils d’un charron, ouvrier cimentier, Léon Jahane était, en 1912, membre du conseil d’administration du syndicat général du Bâtiment de la Seine.

Membre du groupe des Originaires de l’Anjou de la Fédération communiste anarchiste (FCA), il était un ami intime de Jules Lepetit.

Le 18 décembre 1912, il remplaça Henry Combes, en fuite, au secrétariat de la FCA.

Le 1er février 1913 il fut arrêté au volant d’une voiture tandis qu’il sillonnait Paris avec un autre militant de la FCA. La voiture était couverte de grandes affiches appelant au meeting de la FCA en faveur du droit d’asile dans l’affaire Bonnot*. Les autres militants de la FCA arrêtés à cette occasion (une autre voiture sillonnait Paris dans les mêmes conditions) étaient Albert Dureau, Jules Barday* et Lucien Belin*.

Le 12 avril 1913, à l’issue de la réunion plénière de la FCA, il fut nommé secrétaire de la commission d’organisation du congrès national anarchiste prévu pour le mois d’août. La commission comprenait également François Cuisse*, Robert Guérard*, Ernest Labrousse*, Henri Lemonnier* et André Schneider*.

Le lendemain 13 avril, lors d’une réunion en petit comité au bar Chatel, boulevard Magenta, Jahane et Belin, respectivement secrétaire et trésorier de la FCA, refusèrent d’endosser la responsabilité de l’édition de la brochure de la FCA contre la loi des trois ans. Charles Gandrey* accepta d’assurer nominalement la responsabilité, mais Jahane et Belin conservèrent la maîtrise réelle du secrétariat. Les poursuites furent effectivement engagées contre la brochure une semaine plus tard. Jahane fut ensuite remplacé par Albert Goldschild* au secrétariat de la commission d’organisation du congrès anarchiste.

Le 19 décembre 1913, avec un certain Henry, il fut élu secrétaire par intérim de l’union régionale parisienne de la Fédération communiste anarchiste révolutionnaire (FCAR). Il devait y être remplacé au bout de quelque temps par Victor Delagarde*.

En janvier 1914 il fonda avec plusieurs amis une coopérative de bâtiment, L’Avenir de la construction, et la police le tenait pour un des membres les plus influents de la FCAR. Il habitait alors 172, bd de la Liberté, aux Lilas.

Lors des élections législatives du printemps 1914, il fut secrétaire du Comité de défense pour la liberté d’opinion, qui coordonna des candidatures antiparlementaires de détenus politiques.

Arrêté le 30 septembre 1914 pour insoumission, Jahane fut réformé n° 2 à Angers en octobre. La police le soupçonnait d’avoir, pour ce faire, rouvert une vieille blessure. Il fut néanmoins maintenu réformé lors de la révision du 15 janvier 1915.

Durant la guerre, il fut, avec d’autres anarchistes, affecté aux travaux du camp retranché de Longjumeau. Il y resta jusqu’en octobre 1914. Selon un rapport de police du 6 mars 1915, lui et ses camarades y maintinrent une activité révolutionnaire clandestine dans le cadre des Amis du Libertaire, dont Jahane était le trésorier, collectant de l’argent en vue d’une reparution de l’hebdomadaire. Ils gardaient alors un contact étroit d’une part avec le groupe animé à Paris par Pierre Martin, et d’autre part avec Louis Lecoin et Pierre Ruff, incarcérés à Caen.

Après Zimmerwald, Jahane participa aux activités du Comité pour la reprise des relations internationales (CRRI), puis au Comité de défense syndicaliste (CDS).

Léon Jahane obtint le permis de conduire en février 1916 et, à la fin de l’année, acquit une automobile pour travailler à son compte comme taxi. Il rejoignit bientôt le Groupe d’action syndicaliste révolutionnaire des cochers-chauffeurs du département de la Seine (voir Jules Barday). Il habitait alors au 74-76, rue Compans, à Paris 20e, chez un certain Joseph Halbert, dont l’appartement servait apparemment de lieu de rendez-vous pacifiste.

Le 13 septembre 1916, Lecoin écrivit à Jahane depuis Caen, pour lui demander de faire connaître le manifeste « Aux lecteurs du Libertaire », que Claude Content s’apprêtait à éditer. Le 13 avril 1917, lors d’une réunion des Amis du Libertaire à la Grange-aux-Belles, il proposa de céder les publications à Sébastien Faure pour la somme de 500 francs.

Le 1er juin 1917, des papillons « Assez d’hommes tués, la paix » apposés sur sa voiture provoquèrent l’arrestation de Jahane. Traduit le 19 juin devant la 10e chambre du tribunal correctionnel, son avocat, Me Mauranges plaida qu’il s’agissait d’une formule reprise du président américain Wilson et que même le président du conseil Alexandre Ribot avait faite sienne. Mais un lot de tracts pacifistes avait également été saisi, et Jahane fut condamné pour « propos alarmistes », au retrait de son permis de conduire et à six mois de prison. À la barre, il se plaignit d’avoir été passé à tabac par la police et d’être, depuis, en traitement à l’infirmerie de la prison de la Santé.

Les 31 octobre et 12 décembre 1917, le député socialiste Jean Longuet intervint en vain pour obtenir la restitution des permis de conduire de Jahane et d’un autre chauffeur pacifiste, Lucien Grossin*. Le 15 février 1918, le député socialiste Pierre Laval tenta à son tour d’intercéder auprès du ministre de l’Intérieur.

Un rapport de police du 8 avril 1918 fait état de dénonciations reçues par la police, concernant les activités pacifistes de Jahane, de sa compagne Juliette Leglohaec (née le 17 juillet 1888 à Angers, Maine-et-Loire) et d’Alphonse Barbé*.

Le 9 décembre 1921, la 14e chambre du tribunal correctionnel le condamna à 100 francs d’amende pour « outrages ».

Il aurait cessé de militer en janvier 1922. En décembre 1926, il déménagea à Nice pour y exploiter le garage Garibaldi, 9, rue Lascaris, puis une bijouterie. En 1930, il revint à Paris tenir un garage. Il fut rayé du carnet B en juin 1931. Il tenait alors un garage au 40, rue des Postes, à Aubervilliers.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154170, notice JAHANE Léon, Jean, Marie [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, Claude Pennetier, Guillaume Davranche, Anthony Lorry, version mise en ligne le 10 mars 2014, dernière modification le 1er avril 2014.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, Guillaume Davranche, Anthony Lorry

SOURCES : État civil de Mouzeil — Arch. Nat. F7/13053, F7/13061 et F7/13574, F7/13830, F7/13832 ― Arch. PPo BA/1514, 1513 et GA J7 ― Le Libertaire, 3 janvier 1913.

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