GUENNEC Marcel [GUÈNEC Marcel, Pierre] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron. Notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

Né le 15 mai 1906 à Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise, Val-de-Marne), mort le 23 février 1986 à Nice (Alpes-Maritimes) ; typographe ; anarchiste et syndicaliste.

Fils d’un ouvrier terrassier d’origine bretonne, Marcel Guennec travaillait en 1938 comme typographe à l’imprimerie du Croissant, à Paris. Il était membre du Cercle syndicaliste Lutte de classe et secrétaire du groupe anarchiste de Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise), où il habitait au 7 bis, rue de Crosne.

En 1938-1939, Marcel Guennec se chargea, avec Georges Gourdin* et Ringeas*, de l’animation du « Libertaire syndicaliste », la page syndicale du Libertaire qui servait à coordonner l’action ouvrière des militantes et des militants de l’UA.
En vue du congrès confédéral de novembre 1938, le « Libertaire syndicaliste » rappela qu’il était opposé à toute scission dans la CGT. Guennec prôna l’union des minorités révolutionnaires (Cercle syndicaliste lutte de classes, réseau de la Révolution prolétarienne, École émancipée, Voix syndicaliste dans la Loire) puis, dans un deuxième temps, une alliance avec la tendance réformiste Syndicats pour contrer la colonisation stalinienne, perçue comme l’ennemi principal. Cette tactique échoua, et les minorités révolutionnaires étalèrent à Nantes leur division.

Au moment de la crise des Sudètes, alors que toute l’UA se mobilisait contre la guerre, Marcel Guennec dénonça les politiciens qui s’efforçaient de mettre le mouvement ouvrier à la remorque de la diplomatie française. « La classe ouvrière ne mettra fin à la guerre qu’en sortant de la nation », écrit-il dans Le Libertaire du 18 septembre 1938.

Au lendemain du Pacte germano-soviétique, les anarchistes, régulièrement accusés par les communistes d’être des « agents de la Gestapo », prirent leur revanche. Marcel Guennec approuva l’exclusion des communistes du bureau confédéral de la CGT : « Le moment est venu de redresser le mouvement syndical par l’éviction totale des bolchevistes », titra-t-il dans Le Libertaire du 31 août 1939, ultime numéro considérablement blanchi par la censure.

En novembre 1939, Marcel Guennec fit paraître, avec Tidone, Galli, Guérin*, Gilbert Rollet*, Georges Gourdin* et François Rose*, un bulletin imprimé intitulé Notre syndicalisme, domicilié dans les locaux à présent désertés de l’UA, au 9, rue de Bondy. Le bulletin, dont Rollet était le gérant, fut censuré en plusieurs endroits. Portant en manchette « Ce n’est pas parce que L’Humanité a eu tort que Syndicats a raison », il exprimait un point de vue syndicaliste révolutionnaire.

Durant l’Occupation, Marcel Guennec rejoignit le réseau anarchiste de la Région parisienne, animé par Henri Bouyé*. C’est lui qui, en juillet 1944, réalisa l’affiche « Retour à la liberté ! » (65x50 cm) dont les militantes et les militants couvrirent les murs de la capitale.

À la Libération, Marcel Guennec fit partie de la commission administrative provisoire (CAP) qui mit sur pied la Fédération anarchiste puis fut élu à son Ier congrès, en octobre 1945, à la commission administrative. Il collabora l’année suivante à la revue Plus Loin, liée à la FA.

Militant de la CGT, il prit une part très active aux grèves de la presse parisienne de 1947 et du labeur en 1948. Il fut délégué au congrès de juin 1949 de la Fédération du livre à Bordeaux. Il fut ensuite pendant sept ans secrétaire adjoint du syndicat et à partir de février 1959 membre de la Chambre syndicale typographique parisienne.

Au sein de la fédération du Livre, Marcel Guennec s’opposa au PCF. Dans la revue mensuelle de Louis Louvet*, Contre Courant, il écrivit en juillet 1952 : « Tout comme nos anciens qui jusqu’à 1906 durent mener une lutte impitoyable pour purger les syndicats de l’influence dissolvante et corruptrice des politiciens socialistes, lesquels prétendaient parler au nom d’une classe ouvrière qui jamais ne leur conféra ce mandat, de même […] nous avons à conduire une bataille plus dure encore pour soustraire notre mouvement syndical à la mainmise d’un parti déterminé – d’ailleurs héritier de l’autre – le Parti communiste. »

Selon La Révolution prolétarienne, Marcel Guennec mourut à la fin de l’hiver 1986.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154161, notice GUENNEC Marcel [GUÈNEC Marcel, Pierre] [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron. Notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy, version mise en ligne le 17 avril 2014, dernière modification le 18 avril 2014.

Par Jean Maitron. Notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

SOURCES : Arch. Dép. Seine-et-Oise, 4 M 30 et 31 — IISG Amsterdam, Fonds André Arru. — Le Libertaire, 1938-1939. — Contre Courant, juillet 1952. — Yvan Craipeau, Les Révolutionnaires pendant la Deuxième Guerre mondiale, Savelli, 1977. — La Révolution prolétarienne, 2e trimestre 1986, n° 673. — Henri Bouyé, La Liberté et ses aléas (inédit). — Notes de Rolf Dupuy et Marianne Enckell.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément