FAYOLLE Maurice, César, François, Joseph [Dictionnaire des anarchistes]

Par Sylvain Boulouque, Guillaume Davranche, Rolf Dupuy

Né le 8 mars 1909 à Paris 14e, mort 30 septembre 1970 à Paris 13e ; électricien ; communiste libertaire.

« Homme discret, modeste, droit, scrupuleux et probe, peu doué pour la parole mais possédant une excellente plume », ainsi Maurice Laisant* décrivait-il Maurice Fayolle, dont l’histoire retient principalement qu’il fut l’inspirateur, de 1967 à 1970, de l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA).

Maurice Fayolle commença à militer dans l’entre-deux-guerres à l’Union anarchiste, à Amiens. Il était également lecteur du journal Le Semeur de Normandie, publié par Alphonse Barbé*.

Après la Seconde Guerre mondiale, il s’installa à Versailles et participa à la renaissance du mouvement libertaire. Au sein de la Fédération anarchiste (FA), il occupa plusieurs mandats entre 1945 et 1952, comme le secrétariat aux relations intérieures puis aux relations extérieures.

Dans les luttes de tendances qui déchirèrent la FA en 1951-1952, il n’accepta pas les méthodes de Georges Fontenis*, et le groupe de Versailles fut exclu de la FA au début de 1953 « pour avoir protesté contre la position de l’organisation sur les questions coloniales et idéologiques et, enfin, pour avoir refusé de souscrire à “l’engagement de fidélité” » (lettre de Fayolle à Arru du 30 mars 1953). Maurice Fayolle habitait alors au 9, rue de la Paroisse, à Versailles.

Il fut ensuite, avec Maurice Laisant et Maurice Joyeux*, un des bâtisseurs de la nouvelle FA. Du 25 au 27 décembre 1953, il participa au congrès dit « de reconstruction » tenu à la Maison verte, 127-129 rue Marcadet, à Paris 18e. Il fit partie de la commission chargée de mettre sur pied un nouveau journal, Le Monde libertaire, et l’Association pour l’étude et la diffusion des philosophies rationalistes (AEDPR), qui serait propriétaire de l’ensemble du patrimoine de la FA.

Pendant la guerre d’Algérie, il écrivit de nombreux articles dans Le Monde libertaire où, tout en affirmant sa sympathie pour l’insurrection algérienne, il se démarquait de la revendication indépendantiste. Dans le numéro de décembre 1954, il écrivait : « Les prolétaires n’ont pas de patries : pourquoi lutteraient-ils pour en créer ? »

Cependant, le consensus sur lequel s’était établi la nouvelle FA ne satisfaisait pas Fayolle qui, dès le congrès de Vichy en mai 1956, demanda une modification de ses structures pour « créer une organisation anarchiste sur des bases sérieuses et solides, ne rassemblant que des hommes résolus à s’évader des parlottes stériles, adoptant librement et lucidement les risques et les sacrifices qu’implique toute organisation ». C’était le début d’une longue campagne d’argumentation qu’il mena pendant onze ans, sans succès, dans le Bulletin intérieur et à chaque congrès de la FA.

Défendant une conception révolutionnaire de l’anarchisme, il soutint une controverse à ce sujet en 1960 avec Paul Rassinier* dans le BI de la FA ainsi qu’avec Gaston Leval* dans les Cahiers du socialisme libertaire.

En 1965, ses textes furent réunis en brochure sous le titre Réflexions sur l’anarchisme.

En mai 1967, le congrès FA de Bordeaux fut le théâtre d’une crise violente opposant un courant influencée par le situationnisme (voir Jean-Pierre Duteuil), un courant traditionaliste (Maurice Joyeux, Maurice Laisant), un courant réclamant la dissolution de l’AEDPR et un courant communiste libertaire (Maurice Fayolle). Au terme du congrès, qui maintint le statu quo, une douzaine de groupes quittèrent la FA.

Plusieurs jeunes militants vinrent alors trouver Fayolle et lui proposèrent de s’atteler à la création d’une nouvelle organisation. Fayolle accepta. La première réunion de tendance eut lieu en septembre 1967 dans le sous-sol d’un café de la place Saint-Michel à Paris, et rassembla des militants de quatre groupes parisiens, parmi lesquels Guy Malouvier*, Michel Cavallier*, Richard Pérez*, Antonio Ariste, Ramon Finster*, Pol Chenard*, Daniel Florac et Jacques Serra. Dans un premier temps, il fut décidé de rester au sein de la FA, sous le nom de « région sud de Paris », mais il était entendu que le but final était de faire émerger une « organisation révolutionnaire anarchiste » (ORA) indépendante. Fayolle donna lecture d’un « projet de structures organisationnelles » qui, dans sa version définitive, deviendrait ultérieurement le contrat d’adhésion à l’ORA.

Maurice Fayolle rendit le projet public dans le BI de la FA de septembre 1967, déclarant qu’il ne croyait plus à une transformation de la FA et qu’il lutterait désormais en son sein « dans un but très clair […] de laisser le champ libre à une future organisation anarchiste et à un journal de propagande d’expression révolutionnaire ».

La tendance pour une ORA se structura autour d’un bulletin, L’Organisation libertaire, dont le premier numéro, en janvier 1968, se référait à la Plate-forme (voir Piotr Archinov). Maurice Fayolle en rédigea l’éditorial. « Autour de ce Bulletin, écrivit-il, une équipe s’est constituée, qui s’est donnée pour objectif la création en ce pays d’une organisation anarchiste révolutionnaire. » Mai 68 allait lui donner l’occasion de passer à l’acte.

Durant les événements parisiens, les militants de l’ORA agirent sous leur propre sigle, et non sous celui de la FA. C’est ainsi que, dans la foulée de Mai, bon nombre de jeunes rejoignirent l’ORA sans adhérer à la FA.

La rupture se fit ensuite par étapes. Dès septembre 1968, au congrès international de Carrare, l’ORA eut sa propre délégation. En novembre 1968, au congrès FA de Marseille, ses militants, dont Maurice Fayolle, furent accusés de fractionnisme et quittèrent la salle en chantant L’Internationale. Ils furent alors démis de leurs fonctions au sein de la FA.

La rupture des derniers liens avec la FA fut décidée lors de la Ire Rencontre nationale de l’ORA, qui se tint dans les locaux de la CNT espagnole, rue Sainte-Marthe, à Paris 10e, les 29 et 30 mars 1970. Maurice Fayolle, qui y représentait le groupe de Versailles, fut élu au comité national provisoire de l’organisation (voir Guy Malouvier). Dans le Bulletin intérieur de l’ORA n°2, il écrivit : « Je suis maintenant convaincu que l’ORA sera, demain, l’organisation de ce pays – comme l’avaient été l’UA avant la guerre et la première FA d’après la Libération – et, pour avoir été l’un de ceux qui ont contribué à la création de la deuxième FA, on peut me croire lorsque je dis combien je regrette que cette dernière n’ait pas pu, ou pas voulu, faire l’effort pour se sortir des ornières où elle s’était enlisée dès le départ. »

Maurice Fayolle ne devait pas voir la suite de l’aventure. En mai, il fut hospitalité à la Pitié-Salpêtrière pour un cancer du poumon. Il mourut quatre mois plus tard.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154146, notice FAYOLLE Maurice, César, François, Joseph [Dictionnaire des anarchistes] par Sylvain Boulouque, Guillaume Davranche, Rolf Dupuy, version mise en ligne le 16 mars 2014, dernière modification le 13 avril 2014.

Par Sylvain Boulouque, Guillaume Davranche, Rolf Dupuy

SOURCES : Arch. PPo. BA/2330 à 2333, rapports sur le mouvement anarchiste 1945-1969 — Archives Roland Biard à l’IISG (cartons 109 à 113 et 118 à 120) — Archives René Saulière à l’IISG — L’Organisation libertaire, janvier 1968-juin 1970 — Roland Biard, Histoire du mouvement anarchiste en France 1945-1975, Galilée, 1975 — témoignage de Rolf Dupuy et Guy Malouvier dans Alternative libertaire de mai 2008.