DUVERGÉ Gérard [dit Fred Durtain, Chevalier] [Dictionnaires des anarchistes]

Par Jean-Pierre Besse, Jacques Girault, notice complétée par Rolf Dupuy

Né à Monségur (Gironde) le 15 juin 1896, mort sous la torture en janvier 1944 à Agen (Lot-et-Garonne) ; Instituteur, militant de la FAF ; Résistant dans les FTP et co-fondateur des Mouvements Unis de Résistance (MUR) du Lot-et-Garonne.

Gérard Duvergé
Gérard Duvergé

Gérard Duvergé fut du nombre de ces enseignants libertaires qui se consacrèrent entièrement à leur tâche : « il aimait ses élèves comme il aimait tout ce qui était jeune, nouveau, avec le secret espoir de voir monter des générations toujours meilleures, toujours plus librement heureuses, car il n’eut jamais au cœur de culte plus sacré que celui de la liberté » (témoignage de M. Larrieu).

Fils d’un gendarme, Gérard Duvergé, titulaire du brevet élémentaire, devint instituteur en 1913, en Loire-inférieure. Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale (1915-1919), gazé (ypérite), il revint malade. Instituteur dans l’Aisne puis dans le Lot-et-Garonne à partir de 1929, d’abord à Bruch puis à Agen à partir de 1935 (écoles Jules Perry et Jasmin), il se maria en septembre 1919 à Luscan (Haute-Garonne).

Admirablement secondé par sa compagne Henriette, il s’occupa aussi d’œuvres post- et péri-scolaires. Il organisa notamment des camps d’adolescents pour inciter les jeunes à aimer la nature et développer le camping. C’est ainsi qu’il organisa des camps en Corse (1937), Maroc (1938), Tunisie (1939), Martigues (1941), Izaourt (1942) et Montbazillac (1943).

Sous le pseudonyme de Fred Durtain, il collabora dans les années 1930 à plusieurs titres de la presse libertaire, dont Le Libertaire, L’Espagne Antifasciste (Bordeaux, 1937) d’Aristide Lapeyre*, La Révolte (Bordeaux, 21 numéros du 10 février 1935 au 5 juin 1936) et Terre Libre (Nîmes-Paris, 1937-1939), organe de la Fédération anarchiste de langue française (FAF).

Pendant la guerre d’Espagne Duvergé fut très actif dans le soutien aux antifascistes espagnols. A la veille de la Deuxième Guerre, sous son impulsion et avec l’appui d’A. Lapeyre, devait s’ouvrir à Feugarolles, près d’Agen, L’Envol, une école libertaire du type de La Ruche de S. Faure*, dont il devait être le conseiller administratif. Le directeur, selon le témoignage d’André Arru*, devait en être Vergel, un réfugié espagnol ancien professeur d’une école Ferrer. La maison était louée, les dortoirs équipés, un terrain avoisinant devait permettre grâce à un potager et un petit élevage, d’assurer une partie du ravitaillement, les premiers pensionniares attendaient la rentrée d’octobre 1939 ; mais ce fut la guerre, et Duvergé fut mobilisé en Alsace.

Franc-maçon, révoqué de l’enseignement fin 1940 par Vichy, il fut réintégré dans l’enseignement en 1942. Il participa à une première tentative de création du Front national puis rejoignit la CGT clandestine et le mouvement Libération en formation. Il quitta Agen pour s’installer à Feugarolles. Vers le mois de juillet 1942, il adhéra au Parti communiste et devint, sous le pseudonyme de Chevalier, responsable départemental de Libération après l’arrestation de Gérard Duprat au début de l’année 1943. Cofondateur des MUR, il fut choisi comme chef départemental des maquis, avec en particulier la responsabilité du maquis de la Torgue. Dénoncé, arrêté par la police allemande le 28 janvier 1944 alors qu’il souffrait d’un cancer du poumon, il fut torturé. Les Allemands le présentèrent ensuite à l’hôpital qui refusa de le recevoir. Il mourut dans une cellule de la caserne Lacuée quelques heures plus tard. Le jour de ses obsèques à Feugarolles, la police allemande tira sur les personnes présentes, plusieurs furent blessées, d’autres arrêtées et déportées.

A la Libération, le Groupe d’études sociales d’Agen, auquel participaient entre autres Lucienne Gemeau, D . Raffy et Mado Trille, publia un numéro spécial de son bulletin Le Monde Libre (Agen, 12 p. ronéotées) à la mémoire de G. Duvergé et dans lequel témoignait M. Larrieu, un de ses anciens collègues.

En 1948, le ministère de l’Éducation nationale le proposa pour une citation à l’Ordre de la Nation (3 juin 1949) alors qu’il avait été promu chevalier de la Légion d’Honneur l’année précédente. Une plaque fut apposée sur le mur du collège Jasmin à Agen ; son nom fut donné à des rues de Feugarolles et d’Agen.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154142, notice DUVERGÉ Gérard [dit Fred Durtain, Chevalier] [Dictionnaires des anarchistes] par Jean-Pierre Besse, Jacques Girault, notice complétée par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 3 mars 2015, dernière modification le 24 janvier 2018.

Par Jean-Pierre Besse, Jacques Girault, notice complétée par Rolf Dupuy

Gérard Duvergé
Gérard Duvergé

SOURCES : Arch. Nat. F 17/16084.— Amis si tu tombes, les communistes du Lot-et-Garonne dans la Résistance, 1986.— Bernard Lareynie, Gérard Duvergé, le libertaire, Tonneins, Editions La mémoire du fleuve, 1999.— La Dépêche du Midi, 12 février 1999. — Bulletin du CIRA, Marseille, 23/25 (norice de R. Bianco) — Le Monde Libre, Agen, 1945 — S. Knoerr-Saulière & F. Kaigre, Jean-René Saulière, dit André Arru.

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