DELZANT Charles [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche

Né à Fresnes-sur-Escaut (Nord) le 1er janvier 1874 ; mort le 28 juin 1943 ; ouvrier verrier ; anarchiste et syndicaliste ; secrétaire de la fédération nationale et internationale des Verriers.

Charles Delzant (1921)
Charles Delzant (1921)
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Vers 1900, Charles Delzant était un des fondateurs du groupe anarchiste L’Action directe à Fresnes-sur-Escaut, que fréquenta le jeune Pierre Monatte*.

Mais c’est surtout en tant que syndicaliste révolutionnaire que Charles Delzant se fit connaître. Il devint président du syndicat des verriers à vitres de Fresnes et d’Escautpont (Nord) créé en 1896, et joua, en 1900, un rôle important dans la grève des verriers à vitres d’Aniche et d’Escautpont. La même année, il représentait le syndicat des verriers à vitres de Fresnes-sur-Escaut au congrès CGT de Paris.

À la fondation, en 1902, de la Fédération des verriers, il en devint le secrétaire, et fut également le directeur de La Voix des Verriers. Il toucha à ce titre 200 francs par mois à partir de 1906, 250 francs à partir de 1912. Il participa aux congrès confédéraux de Bourges (1904), Amiens (1906), Marseille (1908), Toulouse (1910), ainsi qu’aux conférences des fédérations et bourses de la CGT de juin 1909, de juin 1911 et de juillet 1913. Au congrès confédéral d’Amiens, il cosigna l’ordre du jour présenté par Victor Griffuelhes et qui restera dans l’histoire sous le nom de « Charte d’Amiens ».

Le 20 mars 1909, Charles Delzant fut inscrit au Carnet B.

À l’automne 1911, Delzant intervint dans le mouvement des ménagères contre la vie chère, ce qui lui valut d’être poursuivi par la police au titre des « lois scélérates » de 1893-1894. Il se réfugia en Belgique et, le 24 janvier 1912, le tribunal correctionnel de Valenciennes le condamna à un an de prison et 100 francs d’amende par défaut pour « provocation au pillage ». Par solidarité, la Fédération des verriers tint son congrès de mars 1912 dans une bourgade belge près de la frontière française, pour permettre à son secrétaire d’y assister. Durant son exil belge, Delzant rédigea une brochure, Le Travail de l’enfance dans les verreries, où il dénonçait entre autres la surexploitation d’enfants espagnols dans les verreries françaises. La brochure fut publiée par les Temps nouveaux. À l’occasion d’une visite en France à un ami, il fut interpellé le 19 septembre 1912 par la police et incarcéré au droit commun. Après de vives protestations syndicales, il fut admis au régime politique puis, le 2 octobre, devant l’absence de preuves, le tribunal correctionnel de Valenciennes se déclara incompétent et Delzant fut acquitté.

Le 15 novembre 1912, il était un des orateurs d’un grand meeting organisé salle de la Légion d’honneur à Saint-Denis, par le Comité de défense des enfants, contre les conditions de travail à l’usine Legras de la Plaine-Saint-Denis. À ce meeting intervinrent également le maire de Saint-Denis, Philippe, Émile Rousset, l’avocat Pierre Laval et Jean Capmarty, secrétaire du Comité de défense des enfants.

En janvier 1913, il quitta le Nord pour s’installer à au 261, avenue Pasteur à Bagnolet.

Charles Delzant fut mobilisé en 1914. Évacué de Maubeuge avant la reddition de la ville, il appartint au 4e régiment d’artillerie lourde stationné à Lorient. Pendant la durée de la guerre, il envoya à Georges Dumoulin* des lettres considérant les événements comme une fatalité. Écrivant à Monatte, Dumoulin jugeait sévèrement « le gros verrier » qui faisait mine de parler comme « un inconscient ou un naïf » et persistait « à ne pas avoir d’opinion. C’est la voix du canon qui domine, disait-il, la nôtre n’a qu’à se taire ». Dans sa brochure Les Syndicalistes français et la guerre, Dumoulin témoigna par la suite de la germanophobie latente de Delzant dès avant le conflit.

Enfin, par l’entremise de l’ex-syndicaliste Klemczenski, entré au service du sous-secrétaire d’État Albert Thomas, Delzant obtint le sursis d’appel et fut muté comme ouvrier aux aciéries d’Imphy (Nièvre).

Sans surprise, Delzant trouva sa place, à la fin de la guerre, dans la majorité confédérale. En décembre 1918, il fut élu à la commission administrative de la CGT. Après un discours prononcé le 28 septembre 1919 à Lyon, il fut pris à partie dans Le Libertaire du 12 octobre, qui écrivait : « Après ce discours, Delzant comprendra que sa place n’est plus parmi les ouvriers verriers, mais au sein du parti national, dit “parti de la Madelon”, dont il ne déparera pas la belle collection de traîtres et de fripouilles qui le composent ».

Sur la note avisant qu’il était rayé du Carnet B, en mars 1922, la préfecture de police de la Seine fit figurer la mention manuscrite : « réformiste ». Charles Delzant avait alors totalement rompu avec l’anarchisme. Il fut par la suite un pivot de la direction confédérale de la CGT, secrétaire de la Fédération internationale des travailleurs du verre, militant de la Ligue des droits de l’homme et du Parti socialiste. Pour la suite de son parcours, consulter le Maitron-en-ligne.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154136, notice DELZANT Charles [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 18 avril 2014, dernière modification le 18 avril 2014.

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche

Charles Delzant (1921)
Charles Delzant (1921)
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ŒUVRE : Le Travail de l’enfance dans les verreries, Publication des Temps Nouveaux n° 57, 1912, 20 p.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13 053. — Arch. Dép. Nord, M 598/4 et M 628. — Arch. PPo. PPo GA/D3. — Le Grand écho du Nord, 4 octobre 1912. —c ompte rendu du congrès CGT du Havre, page 43 — Les Temps nouveaux, n° 23, 5 octobre 1912 ; n° 24, 12 octobre 1912. — La CGT, op. cit. — Georges Dumoulin, Les Syndicalistes français et la guerre, Éditions de L’Avenir international, 1918 — L’Atelier, 10 juillet 1943 (article de G. Dumoulin annonçant la mort de Delzant). — Syndicalisme révolutionnaire et Communisme. Les Archives de Pierre Monatte, Paris, 1968, lettres du 16 décembre 1914 et du 3 juillet 1915.

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