DANON Félix [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy, Edouard Sill

Journaliste et artiste bohème de Paris, instituteur en Espagne durant la révolution espagnole.

Au début des années 1920, Félix Danon fréquenta les milieux bohèmes et littéraires de Montparnasse, et les cercles libertaires de Paris, dont le groupe de l’Union Anarchiste du XVe arrondissement et le Groupe d’Études Sociales des IIe et IVe arrondissement de Paris de 1924 à 1926, groupe affilié à l’Union Anarchiste également. En 1925 il intégra les Amis de L’Insurgé, où il rencontra Fernand Fortin*, et en 1926 les Jeunesses Anarchistes. Poète, autodidacte, et "bohème illuminé" selon ses propres mots, il fonda en 1930 la revue parisienne La Bohème qui ne semble pas avoir eu une longue existence.

En 1933, il parcourut l’Europe et s’arrêta quelques temps en Suisse. En 1934 il se rendit en Espagne régulièrement, voire y séjourna complètement, et d’où, en mars 1936, il éditera La Revue d’Espagne dont un unique numéro parut. Son parcours durant l’année 1936 est difficile à établir précisément mais, à la toute fin de l’année 1936 ou au début de 1937, il fonda à Barcelone Le Cri de Barcelone ("journal résolument indépendant"), premier et unique numéro auquel participèrent d’autres anarchistes français de la capitale catalane dont Jean Bertrand, Jean Dupoux*, Raymond Mourret et Maurice Sollin.

En effet, depuis le début de la révolution espagnole et de la guerre civile, un grand nombre d’étrangers dont une majorité de français et d’italiens rejoignirent Barcelone et sa forte communauté de libertaires étrangers déjà installés depuis un certain temps. Cependant, rien ne prouve que Félix Danon était déjà établi durablement en Espagne puisqu’il ne laissa véritablement de traces d’un engagement dans l’intense activité des libertaires français de Barcelone en 1936 qu’à la fin de l’année. Il s’affilia, ou était déjà affilié en février 1937, à la CNT en tant qu’instituteur (syndicat des professions libérales) et aux JJLL (Jeunesses Libertaires) à une date inconnue.

Il fit partie de l’équipe d’animation (Commission administrative) de la Section Française de propagande de la CNT-FAI qui succéda à la Section Française de Barcelone, lentement dissoute dans les conflits internes et ayant subi le désaveu du Comité Régional de la CNT entre novembre 1936 et avril 1937.

Le 18 février 1937, il créa avec Fernand Fortin* le Groupe Français de la CNT et, en mars, le groupe de la FAI "Mimosa" (en référence au surnom de l’ancienne compagne de Fernand Fortin, Georgette Kokoscynski*). Il s’occupa plus particulièrement de la bibliothèque de l’Athénée français de Barcelone en 1937 puis de la "Maison du groupe français" (sorte de pension pour les Français de passage et les miliciens français en permission à Barcelone) en 1938. Lorsque la colonie française de Barcelone se déchira, il prit fait et cause pour Fernand Fortin et soutint le "circonstantialisme" de la CNT.

Il prit les armes (il n’était par contre jamais allé au front) lors des évènements de mai 1937 à Barcelone et fut appréhendé par les Mozos (gardes d’assaut catalans) dans la Casa del Metge, d’où il résistait au siège de la police entrepris contre le Comité Régional de la CNT. Il fut très vite relâché, ce qui lui permit de participer à plusieurs réunions au cours du même mois, mais fut de nouveau arrêté le 13 juin 1937 pour "port d’arme et rébellion contre l’État". Il fut incarcéré le 16 juin à la prison Modelo de Barcelone puis à la Clinico Militar du fait de sa tuberculose. Depuis la prison Modelo, il intégra très activement la vie politique des "galeries" (les détenus étaient répartis entre les différentes galeries de la Carcel Modelo selon qu’ils étaient "fascistes" ou "antifascistes", ce qui induisait des droits et des libertés très différenciés). Il organisa rapidement un comité des prisonniers étrangers de la Carcel Modelo dont il fut le porte-parole auprès de Fortin, et donc de la CNT. Dans sa très importante correspondance sur le sujet avec Fortin, il faisait de longs comptes rendus de l’activité dans la prison, sans toutefois faire preuve d’une parfaite impartialité.

Tombé gravement malade en février 1938, la SFIO tenta sans succès de le faire passer pour un membre des Jeunesses Socialistes afin de le faire libérer. Son procès eu lieu le 8 juin 1938 et il fut innocenté et remis en liberté, son expulsion du territoire fut néanmoins étudiée. En juillet 1938, dans Le Libertaire, Fortin écrivait de lui : "Son esprit bohême, poétique et ses goûts artistiques l’attirèrent toujours davantage vers les milieux anarchistes littéraires mais il a le tempérament révolutionnaire."

Nerveusement et physiquement très affaibli, Danon quitta Barcelone à l’automne 1938 et rejoignit la France peu après, ce qui lui valut d’être exclu du Groupe Français de la CNT et du groupe Mimosa par Fortin et Vorobieff le 11 novembre 1938 alors qu’il se trouvait à Pins del Valles.

En 1950 il était adhérent à la FA et collaborait au Libertaire. L’année suivante il faisait partie de la Commission d’études anarchistes (CEA), un regroupement de militants - dont M. Joyeux*, Vincey*, Renée Lamberet*, H. Bouyé*, J. Lanen*, Roger et Marcelle Auchère, etc. – qui s’opposaient à la ligne défendue par G. Fontenis* et qui, lorsque ce dernier prit le contrôle de l’organisation, furent à l’origine de la refondation d’une nouvelle Fédération anarchiste. Il participa à la Noël 1953 à ce congrès de refondation tenu à Paris (25-27 décembre) rue Marcadet.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154130, notice DANON Félix [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy, Edouard Sill, version mise en ligne le 19 avril 2014, dernière modification le 19 avril 2014.

Par Rolf Dupuy, Edouard Sill

SOURCES : G. Fontenis, L’autre communisme..., op. cit. — D. Berry "French anarchists in Spain....", op. cit. — Notes D. Vidal — Centre d’Archives Diplomatiques de Nantes : Barcelone Consulat Série B - Dossier 56 Servicio de Información Militar — Archives de l’IISG d’Amsterdam : dossiers FAI (Propaganda Extrangera) 17.5, 18.5, 50.d, 58 et 62 ; dossiers CNT 81.A et 103.D — Bulletin d’Information CNT-FAI (nouvelle série) n°13, 16 et 17 (1937) — Le Libertaire du 19 août, 4 & 11 novembre, 16 décembre 1937 (rapport de Mohamed Saïl), 21 juillet 1938 — François Godicheau, "Militer pour survivre. Lettres d’anarchistes français emprisonnés à Barcelone (1937-38)" in Sociétés et Représentations n°13, "Histoire et culture de soi" avril 2002. CREDHESS.

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