BOUDOT Édouard, Eugène [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche

Né le 23 mai 1886 à Rennes (Ille-et-Vilaine) ; décédé à Paris (XVIIIe arr.) le 21 février 1974 ; dessinateur industriel puis ingénieur ; anarchiste.

Fils d’un sous-officier en retraite à Puteaux, Édouard Boudot fut incorporé en 1907 dans un régiment du génie, puis fut détaché au ministère de la Guerre. Durant ce service, il loua une chambre au 4, rue Schoelcher, puis au 24, rue de la Glacière et fut l’amant d’une jeune Russe, Anna Ginzberg. En septembre 1909, suite à un chagrin d’amour, il tenta de se suicider par le gaz.

En 1910, il revint vivre chez son père, 70, rue de la République, à Puteaux. Il commença alors à militer dans le mouvement anarchiste. En relations avec Miguel Almereyda, il était un des principaux animateurs du Groupe d’action révolutionnaire de Puteaux, formé à la bourse du travail.

Cosignataire d’une affiche antimilitariste placardée en octobre 1910 à l’occasion de la grève des serruriers (voir Louis Alignier), la cour d’assises de la Seine le condamna par défaut, le 24 mai 1911, pour cela à trois mois de prison et 500 francs d’amende. Parmi les coinculpés figurait sa future compagne, Julie Attinost*, également militante du Groupe d’action révolutionnaire.

Le 8 juillet 1911, il se constitua prisonnier avec Alignier et fut écroué à la Santé, au droit commun. Tous deux firent la grève de la faim pour bénéficier du régime politique. Le 14 juillet, elle était toujours en cours.

Fin octobre 1911, il s’installa avec Julie Attinost à Courbevoie, où il vécut jusqu’à ce qu’il doive fuir la France, le 19 novembre 1912. Du 20 février au 17 novembre 1912, il fut employé comme dessinateur chez M. Priol, agent de la maison Arol, rue Beaurepaire.

Le 6 juillet 1912 il fut désigné secrétaire de la Fédération communiste anarchiste (FCA) avec Louis Lecoin, en remplacement d’Eugène Martin*.

Le 11 juillet 1912, il prit la parole au meeting de la FCA contre la loi Millerand à la Maison commune de Paris 3e avec Bonafous* (CDS), André Mournaud (Club anarchiste communiste) et Pierre Martin (Le Libertaire).

En août 1912 il fut l’un des fondateurs de la revue Le Mouvement Anarchiste dont le gérant fut Georges Durupt puis Pierre Ruff. En octobre 1912, il impulsa l’école de propagande de la FCA.

Le 9 octobre, il fit un discours contre le « militarisme révolutionnaire » et le « patriotisme révolutionnaire » de Gustave Hervé à un important meeting de la FCA, « contre tout militarisme », aux Sociétés-savantes. Entre 1 000 et 1 200 personnes s’y déplacèrent.

En novembre 1912, Édouard Boudot cofonda, avec Eugène Jacquemin et Édouard Sené, le Réveil anarchiste ouvrier qui publia 14 numéros jusqu’en décembre 1913 — il devait reparaître sous le titre Le Réveil anarchiste en avril-mai 1914 et Boudot y collaborait toujours. En novembre 1912, il était également membre du conseil d’administration du Libertaire (voir Charles Keller).

Le 12 novembre, Édouard Boudot prit la parole dans un meeting de la FCA aux Sociétés-savantes au titre sans équivoque : « Si la guerre éclate, ce que nous ferons ». Il y tint le discours le plus radical, expliquant en détail les actes de sabotage à commettre pour entraver la mobilisation. «  Pour accomplir ces différentes opérations, conclut-il, il ne faudra agir que par groupes d’amis se connaissant de longue date, et se méfier des mouchards qui pullulent surtout dans les organisations centralisées. » À la question, venue de la salle : « Que ferez-vous si les Allemands ne sabotent pas leur propre mobilisation ? » Boudot répondit en substance que l’invasion du territoire français ne le concernait pas, et qu’il se moquait d’être français ou allemand.

Ce discours incendiaire entraîna, le 16 novembre, une perquisition au Foyer populaire de Belleville, siège de la FCA. Le 17 novembre, Édouard Boudot participa au grand rassemblement pacifiste du Pré-Saint-Gervais mais, se sachant suivi par la police, il en profita pour disparaître. Dès le 19 novembre, il fut remplacé au secrétariat de la FCA par Élie Collange*. Il se réfugia en Belgique, d’où il écrivit une lettre de défi aux autorités françaises, que La Bataille syndicaliste publia le 27 novembre.

À cette époque, son père avait rompu avec lui et ne souhaitait plus le voir.

Le 4 février 1913, il fut condamné par défaut à deux ans de prison et 100 francs d’amende par la 9e chambre du tribunal correctionnel, son dossier ayant été inclus dans l’instruction contre les « menées anarchistes » conduite par le juge Drioux (voir Pierre Ruff).

Le 3 mars 1913, Édouard Boudot fit sa réapparition à la tribune des Sociétés-savantes, dans un meeting de la FCA contre la répression intitulé « Antipatriotes... quand même ! ». Deux jours après, accompagné de son avocat, Me Oustry, il se constituait prisonnier. Malgré les promesses reçues, il fut enfermé au dépôt et fit la grève de la faim pour bénéficier du régime politique.

À l’époque du congrès national d’août 1913, il était toujours emprisonné avec André Mournaud et ne put participer aux débats, mais tous deux adressèrent une lettre, lue aux délégués, dans laquelle ils protestaient vivement contre la présence d’individualistes de L’Anarchie au congrès.

Le 16 mars 1914, il fut autorisé à quitter la Santé quelques heures pour rendre visite à la petite fille de sa compagne, Julie Attinost, alors hospitalisée.

Aux législatives d’avril 1914, dans le cadre d’une campagne d’alerte sur la situation des détenus politiques, il fut un « candidat de la liberté » (voir Édouard Sené) à Paris 18e.

Le samedi 18 juillet 1914, il était présent à la réunion de l’union régionale parisienne de la FCAR, où il s’exprima sur les enjeux du congrès anarchiste international de Londres, programmé pour les semaines suivantes.

À la déclaration de guerre, il ne rejoignit pas son régiment et gagna Londres où, quelques mois après, il épousa Antoinette Joubert, née en 1886 à Paris. Avec Henry Combes et Jules Lemaire* également réfugiés à Londres, il signa, en février 1915, le manifeste « L’Internationale anarchiste et la guerre », hostile à l’union sacrée. Le 12 juillet 1915, il fut déclaré insoumis.

Édouard Boudot revint d’Angleterre en 1922 et s’installa 44, rue Gutenberg à Paris, mais ne reprit pas contact avec le mouvement anarchiste. Il fut embauché à la Société des engins de levage, 47, rue Miromesnil. Pour son insoumission durant la Grande Guerre, il fut convoqué le 23 mai 1923 par le 2e conseil de guerre, qui le laissa en liberté provisoire sous réserve de se présenter à toute convocation. En juin 1923 il s’installa 12, rue du Val, à Meudon, puis en 1924 il s’installa 1, rue de l’Avenir, à Saint-Denis. Il était alors ingénieur à l’Union de l’électricité, 3, rue de Messine à Paris.

Le 8 janvier 1927, il assista à l’assemblée générale de l’Union anarchiste communiste, tenue 163, bd de l’Hôpital à Paris 13e. Il semble qu’il y promit de collaborer à nouveau au Libertaire et se mit à fréquenter ensuite par intermittence le groupe UAC de Saint-Denis. Mais suite à des dissentiments avec les militants dionysiens, il cessa définitivement de militer.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154114, notice BOUDOT Édouard, Eugène [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 7 mars 2014, dernière modification le 24 décembre 2014.

Par Guillaume Davranche

SOURCES : Arch. Nat. F7/13053 et F7/13061 ― Arch PPo BA/1513 et 1514 et GA B24 ― René Bianco, « Un siècle de presse anarchiste », op. cit. ― La Guerre sociale du 12 juillet 1911 ― Le Libertaire du 7 décembre 1912 ― Le Matin du 5 février 1913 ― La Bataille syndicaliste du 6 mars 1913 ― Les Temps nouveaux du 23 août 1913 ― Le Matin du 15 avril 1914 — Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir. Ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914), L’Insomniaque/Libertalia, 2014.