BAAS Émile [BAAS Charles, {Émile}]

Par Jacques Girault, François Igersheim, Léon Strauss

Né le 4 mars 1906 à Guebwiller (Haute-Alsace, Alsace-Lorraine), mort le 4 juin 1984 à Strasbourg (Bas-Rhin) ; professeur de philosophie à Strasbourg ; dirigeant des Intellectuels chrétiens sociaux à Strasbourg.

Émile Baas était le fils d’Auguste Baas, contremaître, et de Louise Judel. Étudiant en philosophie à la Faculté des Lettres de Strasbourg de 1924 à 1929, pour financer ses études, il fut en même temps, répétiteur dans différents établissements de l’académie de Strasbourg. Professeur de philosophie à Sélestat (Bas-Rhin) depuis 1929, il prit à la rentrée de 1935 deux années de congé qu’il passa à Paris pour préparer l’agrégation et y fut reçu en 1937. Il enseigna en 1937-1938 à Thionville (Moselle), puis en 1938-1939 au lycée Kléber de Strasbourg, Il épousa à Haguenau (Bas-Rhin) le 8 avril 1939 Madeleine Doubinger, fille d’un professeur du cadre local d’Alsace et Lorraine. Le couple eut six enfants.

Mobilisé fin août 1939, nommé aspirant, il fut affecté au 223e RI à Épinal (Vosges) où il fut fait prisonnier en juin 1940. Libéré en tant qu’Alsacien, à la fin de juillet, il hésita d’abord à quitter sa province annexée de fait qu’il estimait alors « lâchement abandonnée par la France », mais comme son beau-père, il refusa de prêter les serments au Führer exigés pour un réemploi dans la fonction publique en Alsace germanisée et nazifiée. Ils gagnèrent tous deux, avec leurs familles, la zone non occupée et furent affectés en novembre, l’un et l’autre au lycée Foch de Rodez (Aveyron). Il y enseigna la philosophie, mais il y fut aussi chargé en 1942, comme maître principal, de la nouvelle matière créée par Vichy, l’éducation générale et sportive.

Chargé de mission auprès du recteur de l’académie de Strasbourg, le démocrate chrétien, Marcel Prélot, en décembre 1944 pour la rétablissement des programmes français dans l’enseignement secondaire de l’Alsace et de la Moselle libérées, il assura en même temps la direction provisoire du lycée Kléber de Strasbourg. Il reprit en octobre 1945 son enseignement de la philosophie en classe préparatoire à l’école de Saint-Cyr qui continua jusqu’à son départ à la retraite en 1971.

Formé au patriotisme, au civisme et à l’action sociale par les Scouts de France, secrétaire de l’Association des Universitaires catholiques d’Alsace et de Lorraine, filiale de la Paroisse Universitaire, membre du Secrétariat Social d’Alsace et de Lorraine fondé par l’évêché en 1933, Baas fut l’un des signataires de la pétition strasbourgeoise « Pour la défense de la dignité humaine, contre les néfastes doctrines raciales », qui protestait contre le pogrom nazi de la « Nuit de cristal » de novembre 1938.

En zone Sud, il s’employa très tôt à préparer le retour de la France dans une Alsace libérée. Il organisa à la fin août 1941, 1942 et 1943 à la maison des Tilleuls à Huos-de-Montréjeau (Hautes-Pyrénées) , pour les jeunes catholiques normaliens et normaliennes, étudiantes et étudiants alsaciens et mosellans, réfugiés, expulsés et évadés, les rencontres de « formation humaine et religieuse » du Carrefour des Tilleuls. Pour le Secrétariat général à la Jeunesse de Vichy, il rédigea plusieurs notes d’information, notamment sur la politique national-socialiste de la jeunesse et sur le régionalisme. Après novembre 1942, dégagé de son probable maréchalisme, il fut le rédacteur principal d’un rapport qui envisageait la réorganisation des mouvements de jeunesse dans une Alsace libérée par un régime différent de celui de Vichy. À l’automne 1943, l’annexe de ce texte « L’Alsace dans la communauté française » qu’il avait écrit devint le chapitre VI « Ce que sont et ce que veulent demeurer l’Alsace et la Lorraine » du n°11 de la revue clandestine Cahier du Témoignage chrétien : Alsace et Lorraine, terres françaises. En 1943, il cacha un moment à Rodez Robert Schuman, député de la Moselle, évadé de sa résidence forcée en Allemagne. Il participa le 27 août 1944 à Toulouse à la réunion des chefs de la « Résistance alsacienne » du Sud-Ouest qui décida de confier à André Malraux (colonel Berger) le commandement de la future « Brigade Alsace-Lorraine » qui devait se joindre à la 1ière Armée. À Rodez, il participa, le 8 octobre 1944, au lancement d’un hebdomadaire « chrétien, familial et social », Le Rouergat.

À Strasbourg libérée, il participa le 20 janvier 1945 à la fondation officielle de l’association « Jeune Alsace » chargée de réadapter « les jeunes Alsaciens à un style de vie français ». Membre du bureau du Groupement des Intellectuels chrétiens sociaux fondé au FEC (Foyer des étudiants catholiques) le 14 décembre 1944, il fut considéré longtemps comme un des « théoriciens » de la fédération bas-rhinoise du MRP sans y avoir jamais adhéré ; il faisait partie du conseil d’administration du Nouvel Alsacien, son quotidien alsacien, auquel il donna de nombreux articles. Il reprit ses fonctions d’animateur de la « Paroisse Universitaire » d’Alsace et de Moselle. Président du Secrétariat social d’Alsace, il participa souvent aux Semaines Sociales de France. Il adhéra au Comité strasbourgeois pour la Paix en Algérie avec quelques membres du MRP, mais en démissionna en mars 1956 en raison de l’influence jugée trop massive des communistes dans ce comité.

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Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article15409, notice BAAS Émile [BAAS Charles, {Émile}] par Jacques Girault, François Igersheim, Léon Strauss, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 4 mars 2018.

Par Jacques Girault, François Igersheim, Léon Strauss

Œuvres : « Un philosophe chrétien, Henri Carteron »,Revue catholique d’Alsace, 1929 - « Bref exposé du Mythe du XXe siècle de Rosenberg », Cahiers du Cercle Sainte-Jehanne, juillet et décembre 1941 (directeur : le Père jésuite Doncoeur)- « Pour l’Unité française, réfugiés et régionalisme », Cité nouvelle, 25 juillet 1941 (édité par les Jésuites) – « Le témoignage de notre espoir », Cahiers du Cercle de Sainte-Jehanne, novembre 1941 – Le patriotisme, Aix-en-Provence, 1942. – Réflexions sur le régionalisme, Lyon, 1945 – Situation de l’Alsace, Strasbourg, 1946 (2e éd., Colmar, 1973) – L’Humanisme marxiste, essai d’analyse critique, Alsatia, Colmar, 1947 – Introduction critique au marxisme. Perspectives marxistes. Perspectives chrétiennes, Colmar-Paris, 1953 (traduit en plusieurs langues) – Situation spirituelle de l’Alsace, Rythmes, Colmar, 14 juillet 1955 - Les problèmes culturels de l’Alsace, Rythmes, 15 avril 1956 - Introduction à une sociologie de la littérature alsacienne, Les lettres en Alsace, Strasbourg, 1962 – Notes pour une sociologie de la bourgeoisie alsacienne contemporaine, La Bourgeoisie en Alsace, Strasbourg, 1967 – Les débuts d’une institution, 25e anniversaire des ICS Strasbourg, 1970, p.13-15.

SOURCES : Arch. Nat., F17/30207 - Arch. Dép. Bas-Rhin, 544 D 11 – Nouveau Dictionnaire de Biographie alsacienne, fascicule n°2, Strasbourg, 1983, p. 77 – Alphonse Irjud, « Le catholicisme social en Alsace après la guerre 1939/45 », in :Raymond Mengus (dir.), Cent ans de catholicisme social en Alsace, Presses universitaires de Strasbourg, 1991, p.103- 122 - Daniel Francou, Philippe Meyer, Le FEC et les ICS 1925-1995, Strasbourg, 1995 – Monique Grandjonc, Le Temps d’apprendre à vivre. 1939-1945. Une école normale alsacienne réfugiée en zone libre L’Harmattan, Paris, 2004, p. 206 - Témoignage de Mlle Geneviève Baas, sa fille, septembre 2003 – François Igersheim, Les Carrefours des Tilleuls. Jeune Alsace résistante suivi d’inédits d’Émile Baas, Notre aveugle avant -guerre, Les lettres à Materne, Publications de la Société savante d’Alsace, Strasbourg, 2008. .

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