TOUBLET Julien, François, Gabriel [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean-Louis Panné, notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell

Né à Ivry-sur-Seine (Seine-et-Oise) le 27 août 1906, mort le 4 avril 1991 à Créteil (Val-de-Marne) ; ouvrier bijoutier puis correcteur ; anarcho-syndicaliste.

Fils d’une concierge et d’un menuisier, Julien Toublet commença à travailler très jeune comme ouvrier bijoutier et, dès 1922, adhéra au syndicat parisien du Bijou CGTU, de coloration libertaire, mais qui vota Monmousseau au Ier congrès confédéral, en juin 1922. Membre des Jeunesses syndicalistes il participa activement aux comités de chômeurs. Appelé sous les drapeaux en 1926, il parvint à se faire ajourner d’une année puis à se faire verser dans un service de santé qui lui évita de partir en Syrie.

En 1932, il adhéra à la CGT-SR, affiliée à l’Association internationale des travailleurs (AIT). Rapidement promu secrétaire du syndicat des Métaux de la Seine, il fut élu membre de la commission administrative confédérale dès le congrès CGT-SR de novembre 1932.

En octobre 1934 il fut élu secrétaire de la confédération, poste auquel il fut reconduit jusqu’en octobre 1938. Il fut alors remplacé par le militant d’origine allemande Georges Adam*. Toublet fut également membre du Comité d’Entraide de Paris, avec Louis Charbonneau* et Auguste Huet*, et trésorier du Comité d’aide aux prisonniers de la IVe région CGT-SR, poste auquel il fut remplacé en janvier 1936 par Louis Laurent*.

Julien Toublet fut l’un des principaux rédacteurs, avec notamment Pierre Besnard, de l’organe confédéral, Le Combat syndicaliste, qui devint hebdomadaire à partir du 1er mai 1935, et dont la diffusion s’accrût de façon importante au moment des grèves de mai-juin 1936 et des événements d’Espagne.

Après le début de la Révolution espagnole, Julien Toublet fut, avec Charles Marchal*, responsable du recrutement de volontaires de la CGT-SR pour le front. Pendant toute la durée de la guerre civile il devait coordonner l’acheminement d’armes et de fonds pour la CNT-FAI. Il fut également, avec Pierre Besnard, Louis Laurent, Albert Ganin*, Charles Marchal et Paul Lapeyre*, un des responsables de l’édition en France de L’Espagne antifasciste (Barcelone-Paris, 1936-1937).

Durant les premiers mois de la guerre civile en Espagne, l’aide matérielle aux colonnes de la CNT-FAI fut assurée par le Comité anarcho-syndicaliste pour la défense et la libération du prolétariat espagnol (CASDLPE), qui regroupait l’UA, la FAF et la CGT-SR, disposant chacune de 5 délégués. Cependant, après le départ de l’UA et la constitution du Comité Espagne libre (voir Lecoin), la CGT-SR anima quasiment seule le CASDLPE. En novembre, son bureau était composé de Pierre Besnard, secrétaire ; Julien Toublet, secrétaire adjoint ; Victor Giraud*, trésorier.

A l’automne 1936, Toublet était en outre membre du bureau de l’AIT.

Lors de la Retirada de début 1939 et de l’afflux des réfugiés espagnols en France, il fut chargé par la CNT-FAI d’organiser un comité de secours. Il s’y chargea en particulier de la liaison avec les avocats, tandis que Paul Lapeyre visitait les camps d’internement. Il s’agit dans doute du comité dont le siège se trouvait 108, quai de Jemmapes, à Paris 10e, et signalé par le journal italien Almanaco libertario pro vittime polititiche (Genève, 1939).

En septembre 1939, à l’approche de la guerre, la CGT-SR, craignant une dissolution, décida de s’autodissoudre et de détruire ses archives, une pratique qu’elle effectuait régulièrement. Julien Toublet épousa également sa compagne Denise Boutiller, avec laquelle il avait déjà deux enfants Monique (1927) et Christiane (1929). Un troisième enfant, Jacques, allait naître en 1940.

Mobilisé comme infirmier à la déclaration de guerre, Julien Toublet était dans le corps d’armée encerclé à Dunkerque et évacué vers l’Angleterre. Immédiatement rapatrié en Normandie, il parvint à regagner Paris sans être fait prisonnier par l’armée allemande.

Sous l’Occupation, il constitua, avec d’anciens compagnons et des membres de sa famille, la coopérative ouvrière de bijouterie Art et Technique appliqués, lui permettant de subsister. Il parvint à éditer deux bulletins, Action et Problèmes, et se joignit à l’action clandestine menée par le groupe d’Henri Bouyé, organisant une filière pour cacher des fugitifs et leur fournir de faux papiers. Julien Toublet insista pour que le groupe n’intègre pas la Résistance officielle, et se tienne à l’écart du réseau cégétiste organisé autour du bulletin Résistance ouvrière, de Robert Bothereau, jugé trop progaulliste.

À la Libération, Julien Toublet milita au syndicat CGT du Bijou, et participa à la commission d’épuration de la fédération du Bijou. Il participa à la Fédération syndicaliste française (FSF), qui regroupait l’opposition syndicaliste révolutionnaire au sein de la CGT. En mai 1946, la FSF quitta la CGT et, en décembre, fonda la CNT française (CNT-F). Julien Toublet fut élu à sa commission administrative, puis en devint secrétaire. À l’époque, il écrivit dans Le Combat syndicaliste sous le nom de Jean Thersant.

En 1949 il fonda avec un groupe de camarades — dont Roger Boucoiran, Portier et G. Pouget — le mensuel Mains et cerveau, « organe du mouvement astatosyndicaliste ». Une dizaine de numéros furent édités à Antony en 1949-1950. Militant espérantiste, il abandonna à cette même époque l’espéranto pour la langue universelle interlingua et devint le représentant en France de l’Association des anationalistes interliguistes.

En mai 1952 il fut admis au syndicat CGT des correcteurs de Paris et commença à travailler à l’imprimerie Georges Lang. Depuis le début des années 1950, il avait pris ses distances avec la CNT, qu’il quitta en 1954 pour se rapprocher du noyau de La Révolution prolétarienne animé par Pierre Monatte, et adhérer à l’Union des syndicalistes.

En 1954, sous son pseudonyme de Jean Thersant, il était gérant du bulletin Le Trait d’union des syndicalistes, domicilié au 20, rue Sainte-Marthe, à Paris 10e, qui avait pris la suite du bulletin interne Le Trait d’union (Paris, 1952-1953) et était sous-titré « tribune libre pour une opposition syndicaliste militante interconfédérale, pour l’indépendance syndicale ». Les deux bulletins publièrent au moins 25 numéros, et publièrent des articles notamment de Louis Mercier, Charles Patat*, Aimé Capelle*, René Herbe(Roger Boucoiran ?), M. Landry, François Boudignon, Pierre Davron, Madeleine Lemarchand, Levras et Yvette Richaud.

Julien Toublet travailla ensuite à l’imprimerie du Croissant puis au Parisien libéré, d’où il prit sa retraite en 1971.

Après le mouvement de Mai 68, qu’il suivit avec passion, Julien Toublet participa, avec son fils Jacky, également correcteur, à l’Alliance syndicaliste révolutionnaire et anarcho-syndicaliste (ASRAS), une nouvelle tentative pour regrouper les militants anarcho-syndicalistes éparpillés dans les divers syndicats (CGT, FO, CFDT, FEN).

Julien Toublet fut incinéré au Père-Lachaise le 11 avril 1991.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154087, notice TOUBLET Julien, François, Gabriel [Dictionnaire des anarchistes] par Jean-Louis Panné, notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell, version mise en ligne le 18 mars 2014, dernière modification le 26 janvier 2019.

Par Jean-Louis Panné, notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell

SOURCES : Arch. PPo 50 — Renseignements fournis par Jacques Toublet — Les Buts et l’organisation du syndicalisme révolutionnaire, CGT-SR, 1936 — Yves Blondeau, Le Syndicat des correcteurs de Paris et de la région parisienne (1881-1973), supplément au Bulletin des correcteurs n°99, 1973 — Samuel Jospin, La CGT-SR à travers son journal Le Combat syndicaliste 1926-1927, mémoire de maîtrise, Paris-I, 1974 — Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, tome II, Gallimard, 1975 — Solidarité ouvrière de septembre-octobre 1978 — Interview de Julien Toublet, le 15 mai 1986 sur Radio libertaire — Le Monde du 10 avril 1991 — Bulletin des correcteurs n°161, de juin 1991 — Le Monde libertaire du 17 avril et du 26 décembre 1991 — Le Trait d’union des syndicalistes, Collections CIRA Lausanne et Collection Atenei enciclopedic popular Barcelone — David Berry, A History of the French Anarchist Movement 1917-1945, Green Press, 2002 — notes de Thierry Bertrand.

ICONOGRAPHIE : Bulletin des correcteurs n°161 de juin 1991.

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