Né à Paris le 12 novembre 1940, mort le 14 juin 2002 à Bobigny ; correcteur ; secrétaire du syndicat CGT des correcteurs, militant anarchiste et syndicaliste.

Jacky Toublet était le fils de Julien Toublet* (1906-1991), militant anarcho-syndicaliste, et de Denise Boutiller (1900-1974), elle aussi bijoutière.
Il vécut à Paris, à Fontenay-le-Fleury (Yvelines) de 1954 à 1960, puis à Saint-Cyr-l’École (Yvelines) entre 1962 et 1975 avec sa première compagne, puis entre Bagnolet et Les Lilas (Seine-Saint-Denis) de 1980 à 2002. Avec sa seconde compagne, Jeanne-Marie Laurant, correctrice et militante CGT, Jacky Toublet eut un fils, Marc, né en 1979.
Après avoir fréquenté le lycée Chaptal à Paris, puis le lycée Hoche à Versailles jusqu’à l’âge de 17 ans, il suivit les cours de typographie de l’École Estienne à Paris. Il fut embauché comme correcteur à l’imprimerie Georges-Lang (Paris XIXe). En 1960, il fut appelé sous les drapeaux et partit pour l’Algérie. Au retour, il retrouva son poste chez Georges-Lang, puis il travailla à l’Imprimerie municipale de la Ville de Paris ; plus tard, il fut admis comme correcteur dans la presse (Le Figaro). Il resta très marqué par son séjour de deux ans en Algérie pendant la guerre (même s’il avait suivi les conseils de son père et avait réussi à ne pas être au cœur de la guerre) ; depuis lors il voua une haine farouche au colonialisme qui, pour lui, était une atteinte absolue à la dignité humaine.
Adhérent du syndicat des correcteurs CGT, il y prit une place importante après le conflit du Parisien libéré suite à la grève dans ce quotidien entre 1973 et 1975. Il fit partie de la coordination CGT de solidarité avec Solidarnosc en 1981, participa à plusieurs congrès confédéraux et fut pour le 1er mai 1988 signataire de la pétition qui appelait à une manifestation unitaire contre Le Pen. Ardent défenseur de l’unité du mouvement syndical, Jacky Toublet était conscient que, pour gagner contre les capitalismes et les États, il fallait s’unir ; il ne cessa de tenter de coordonner, rassembler les motivés de toutes les luttes ouvrières. Il faut noter la longévité de son engagement syndicaliste : il le revendiquait et se plaisait à citer Georges Sorel qui écrivait : « Si l’on échoue, c’est la preuve que l’apprentissage a été insuffisant ; il faut se remettre à l’œuvre avec plus de courage, d’insistance et de confiance qu’autrefois ; la pratique du travail a appris aux ouvriers que c’est par la voie du patient apprentissage qu’on peut devenir un vrai compagnon ; et c’est aussi la seule manière de devenir un vrai révolutionnaire. » Il fut secrétaire délégué du syndicat des correcteurs CGT pendant au moins 3 mandats de cinq ans entre 1975 et 1995.
À partir de 1966 il fréquenta le Cercle de sociologie libertaire animé par Gaston Leval* où il rencontra René Berthier* ; il participa aussi aux débats de La Révolution prolétarienne.
En 1971, il fit partie des fondateurs de l’Alliance syndicaliste révolutionnaire et anarcho-syndicaliste (ASRAS), nom souvent réduit en Alliance syndicaliste. Il rédigea de nombreux articles non signés pour le journal de l’Alliance Solidarité ouvrière entre 1971 et 1981. C’est là que commença une vie de contacts et de solidarité avec les militants en lutte de France et d’ailleurs (en Espagne, en Pologne, en Suède notamment) et de débats sur le rôle du syndicat, la place des comités de lutte et des assemblées générales. Il soutint fermement tous les militants victimes de la répression, tant par les employeurs à l’Imprimerie Didier ou à l’Avenir social, que dans les organisations syndicales, en particulier à la CFDT : l’Union départementale de Gironde, les postiers de Lyon, les sidérurgistes d’Usinor Dunkerque, mais aussi à la CGT avec les clavistes de Lyon, et tant d’autres.
À la dissolution de l’Alliance, après la courte expérience de la Coordination des anarcho-syndicalistes (CNAS), avec d’autres, il créa en 1981 le groupe Pierre-Besnard de la Fédération anarchiste. À la FA, il participa à plusieurs congrès fédéraux et fut mandaté au milieu des années 1990 au comité de rédaction du Monde libertaire dans lequel il écrivit plusieurs articles. De 1981 à sa mort, il anima de nombreuses émissions sur Radio libertaire, en particulier dans le cadre des Chroniques syndicales.
À partir de 1995, date du renouveau de la CNT en France, il participa aux activités du Syndicat CNT de la communication et intégra le comité de rédaction de sa revue théorique, Les Temps maudits. Puis il prit ses distances avec la CNT en mars 2001, suite au reproche qui lui avait été fait d’avoir conservé, en parallèle, sa carte à la CGT. En 2001, il fut parmi les signataires de l’appel du 22 mars à l’unité du mouvement libertaire. En février 2002, quelques mois avant sa mort, il adhéra à Alternative libertaire.
P.-S.

ŒUVRE : La Charte d’Amiens de 1906 à aujourd’hui (textes du congrès de 1906 et réflexions de Jacky Toublet, Joachim Salamero et Alain Sauvage), Volonté anarchiste, n° 32-33, Fresnes-Antony, 1987, 85 p. – « Considération sur l’anarcho-syndicalisme », in Anarcho-syndicalisme et anarchisme (contributions de Murray Bookchin, Daniel Colson, Marianne Enckell, Jacques Toublet), Atelier de création libertaire, Lyon, 1994 — « L’anarcho-syndicalisme, l’autre socialisme », introduction à La Confédération générale du travail, suivi de Le Parti du Travail, d’Émile Pouget, éditions de la CNT-RP, 1997 — « La mystique de la violence, une dérive toujours possible », in Violence, contre-violence, non-violence anarchistes, Réfractions, n° 5, 2000. — « Un métier dans les luttes, entretien avec Jacques Toublet ». Propos présentés par Franck Poupeau, Revenir aux luttes, Revue Agone, n°s 26-27, 2002. – Plusieurs textes mis en ligne par René Berthier sur le site : Monde-nouveau.net sous la rubrique archives Jacky Toublet.

SOURCES : témoignages personnels.

Elisabeth Claude, Hugues Lenoir

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