SALAMERO Jo [Joachim, dit] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Hugues Lenoir, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

Né le 3 février 1931 à Bordeaux (Gironde) ; mécanicien ; syndicaliste et anarchiste puis adhérent du POI.

Joachim Salamero (2011)
Joachim Salamero (2011)
N.M./DDM

Le père de Joachim Salamaro, né à Barbastro (Espagne), se réfugia en France sous la dictature de Primo de Rivera. Son oncle était dans le groupe qui, le 4 juin 1923, avait organisé l’assassinat du cardinal Soldevilla, orchestrateur des pistoleros du patronat. Sa mère, fille d’Espagnols elle aussi, était née à Pau. Ses parents étaient tous les deux ouvriers en chaussures à Bordeaux.

De 1946 à 1949, Jo Salamero fit son apprentissage à la Société nationale de construction aéronautique du Sud-Ouest (SNCASO) où il obtint un CAP d’ajusteur-mécanicien. Il fut ensuite embauché à la Société bordelaise de découpage et d’emboutissage (SDBE) puis effectua son service militaire à Meknès (Maroc) comme mécanicien à l’école des pilotes, où il prit part à une grève de trois jours contre l’augmentation du temps du travail. Libéré en 1953, il fut embauché chez Dassault à Mérignac, où il fut délégué du personnel CGT et membre de la commission jeunes de l’union départementale.

En 1947, il rencontra Aristide Lapeyre* lors d’un meeting de soutien à la CNT espagnole en exil, et fréquenta l’école rationaliste Francisco-Ferrer. En 1953, il adhéra au groupe Lucifer de la Libre-Pensée et au groupe Sébastien-Faure de la Fédération anarchiste (FA), dont il fut bientôt le secrétaire. Il habita, à l’époque, au 70 rue Lecoq, puis au 71, quai des Chartrons. De 1956 à 1967, il fut responsable du Lien, bulletin intérieur de la FA.

En 1955 il participa à un voyage d’étude de la CGT à Varsovie, où il constata la misère ouvrière.

En 1960, Jo Salamero cofonda, avec entre autres Serge Mahé* et Alexandre Hébert, l’Union des anarcho-syndicalistes (UAS), qui devait servir de comité de liaison entre les militants anarchistes de la CGT-FO et de la CGT, adhérents ou non à la FA. L’UAS édita le bulletin L’Anarcho-syndicaliste. Il participa à la rédaction d’un Manifeste pour la démocratie dans le mouvement ouvrier face à la « chasse aux sorcières » menée par les staliniens à l’encontre des révolutionnaires. Suite à quoi il fut exclu en 1961 de la CGT.

Il constitua alors chez Dassault un comité de lutte, puis rejoignit FO en 1963, fut élu délégué du personnel et devint secrétaire départemental du syndicat de la métallurgie de la région bordelaise. Après Mai 68, il entra à la commission exécutive de l’UD-FO. Intervenant contre le projet gaulliste de réforme du Sénat au congrès confédéral de 1969, il apparut comme un des principaux porte-parole de la gauche de la CGT-FO (voir Alexandre Hébert).

Lors d’une assemblée générale tenue les 5 et 6 septembre 1970 à Chef-Boutonne (Deux-Sèvres), l’UAS décida de sa fusion au sein de l’Alliance syndicaliste révolutionnaire et anarcho-syndicaliste (ASRAS) animée entre autres par Jacky Toublet. De 1970 à 1975, Salamero le responsable du bulletin Pour nous le combat continue, organe des anarcho-syndicalistes au sein de la CGT-FO. En 1974, il quitta l’ASRAS en raison d’un désaccord profond sur l’analyse de la CFDT.

Toujours membre de la FA et de la Libre-Pensée, il était alors demi-permanent syndical chez Dassault, d’où il démissionna quand, en 1975, il fut élu secrétaire adjoint permanent. Cette même année, il ressuscita l’UAS, avec un groupe de proches dont Alexandre Hébert, Hervé Hochard, Marc Prévôtel* et Serge Mahé. Au-delà des références constantes à la Charte d’Amiens et à Fernand Pelloutier, cette UAS « 2e manière » devait, au fil des ans, subir l’attraction croissante des thématiques du trotskisme lambertiste : contre le « gauchisme » de la CFDT et le « stalinisme » de la CGT, pour la défense de la laïcité, de l’école publique, pour l’exclusion des jeunes filles voilées des collèges, pour la république « une et indivisible » contre l’Europe supranationale, pour l’abrogation du traité de Maastricht ou contre la Charte européenne des langues régionales.

Jo Salamero quitta la FA en 1975-1976.

Franc-maçon, adhérent de la Libre-Pensée, il fut délégué de la Gironde à tous les congrès nationaux de 1970 à 2010, élu à la commission administrative nationale puis au bureau national durant plusieurs années, et fut même président de la fédération nationale entre 1996 et 2007.

En 1979, il représenta l’UAS au premier congrès de la CNT espagnole sortie de la clandestinité, à Madrid.

De1990 à 1996, il fut secrétaire général de l’UD-FO de Gironde.

En février 1991, il participa à Barcelone, avec Alexandre Hébert, au congrès fondateur de l’Entente internationale des travailleurs et des peuples (EIT, lambertiste), dans laquelle ils saluèrent « un pas en avant vers la reconstruction d’une véritable internationale ouvrière ». L’UAS adhéra à l’EIT en octobre 1996, mais n’adhéra pas en tant que telle au Parti des travailleurs (lambertiste).

De 1992 à 2000, Jo Salamero fut membre de la commission exécutive confédérale de la CGT-FO.

En 2003, Salamero adhéra au Parti des travailleurs et y resta lorsqu’en 2008 il se rebaptisa Parti ouvrier indépendant (POI). En 2011, il participait toujours aux réunions de l’UAS et représentait, avec d’autres, un « courant anarcho-syndicaliste » au sein du POI.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154066, notice SALAMERO Jo [Joachim, dit] [Dictionnaire des anarchistes] par Hugues Lenoir, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy, version mise en ligne le 18 mars 2014, dernière modification le 28 mars 2014.

Par Hugues Lenoir, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

Joachim Salamero (2011)
Joachim Salamero (2011)
N.M./DDM

ŒUVRE : Articles dans L’Anarcho-syndicaliste et contribution aux brochures du groupe Sébastien Faure de la FA — éditos dans La Raison de 1996 à 2007 — « Aristide Lapeyre, (1899-1974) » in Grandes figures de la Libre Pensée girondine, Bordeaux, 1983 — participation à L’Anarcho-syndicaliste, des anarchistes dans la lutte des classes de 1960 à aujourd’hui, éd. Les Groupes Fernand Pelloutier, 2005.

SOURCES : témoignage de Jo Salamero 2010-2011 — Collectif, L’Anarcho-syndicaliste, des anarchistes dans la lutte des classes de 1960 à aujourd’hui, éd. Les Groupes Fernand Pelloutier, 2005 — Vincent Présumey, « Pierre Lambert 1920-2008 » et « Compléments sur Pierre Lambert », Démocratie et Socialisme, février et mars 2008.

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