RIEMER Henri, Nicolas [dit Vérité, Lutz, Roussel, Eugène Lemmel] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Françoise Fontanelli Morel

Né le 4 mars 1855 à Toulon (Var), mort le 3 janvier 1932 à Toulon ; instituteur ; peintre ; anarchiste.

Fils de Jean Riemer et de Geneviève Villemain, le jeune Riemer vécut son enfance à Paris, où ses parents exploitaient un magasin de chaussures dans le quartier Saint-Antoine. Il reçut une bonne instruction et se destinait au métier d’instituteur qu’il exerça d’ailleurs quelques temps dans les Basses-Alpes, puis dans le Var.
Il fit l’objet d’une condamnation pour abus de confiance, à Toulon en 1880, et sans doute dut-il alors abandonner sa profession. Le 21 mars 1883, il réussit à se faire admettre à l’Arsenal, comme journalier sans spécialité. Dès le 5 juillet, il en fut renvoyé pour absentéisme. Il se fit réadmettre le 30 mars 1885 mais, sur sa demande cette fois, il quitta l’Arsenal le 5 août.

Marié à une couturière, il vécut alors, médiocrement, du métier de comptable. Il fut à nouveau condamné pour abus de confiance, à Toulon, en 1886 et en 1888.
Il regagna alors Paris, où il fréquenta le Cercle anarchiste international qui, fondé en 1888, était le principal lieu de rencontre anarchiste à l’époque (voir Alexandre Tennevin). Il participa également à la création de la Chambre syndicale des hommes de peine (voir Louiche) dont il fut un temps le secrétaire, à la campagne contre les bureaux de placement, et à la grève des terrassiers de 1888.

En septembre 1889, sous le nom de Lutz, il assista au « congrès » anarchiste international qui se tint à la salle Horel à Paris. Durant le débat sur l’illégalisme, il approuva le vol « à condition que celui-ci ait un but de propagande ».

Mais Riemer, instable, voyageait beaucoup et on le suit malaisément dans les déplacements qu’il effectue sous des noms différents. En février 1891, il se trouvait à Angers et Trélazé puis à Bordeaux. Il se rendit ensuite en Espagne. Le 26 mai 1891, sous le nom de Lutz, il fut condamné par défaut, à Angers, à deux ans de prison et à 1 000 francs d’amende pour "excitation" au meurtre et au pillage dans un meeting d’ouvriers carriers. Par ailleurs, il semblerait qu’il ait été condamné à Gênes (Italie) pour incitation au meurtre durant les fêtes données en l’honneur de l’empereur allemand. Il fut arrêté et expulsé en France. Cependant, l’expulsion n’étant pas reconnue comme une extradition, il fut remis en liberté avec injonction de quitter la France dans les cinq jours. Ce qu’il ne fit pas.

Il se réinstalla alors à Toulon sous le nom de Roussel, où il vécut pauvrement en donnant des leçons particulières, et tout en continuant à militer. Il participa notamment à la manifestation du 1er mai 1892. Reconnu comme étant le condamné Lutz d’Angers, il dut disparaître.

En septembre 1893, il s’installa à Marseille, où il fut hébergé par la veuve Teissier alias Marie Andrieu (dite Marie de Saint-Rémy*), au 14, rue Colbert. Il vécut alors sous la fausse identité d’Eugène Lemmel, né à Selongey, petite commune de Côte-d’Or d’où étaient originaires ses parents, et où ils se seraient retirés après avoir vendu leur commerce. Riemer travailla comme peintre, et la police le présentait alors comme un homme « actif, résolu et dangereux ». Il donna semble t-il quelques conférences et participa à de nombreuses réunions marseillaises.

Le 5 novembre 1893, lors de la seconde gréve des employés de la compagnie des tramways avec Champin*, il œuvra au sein de l’Union des chambres syndicales de Marseille afin d’organiser un comité de la grève générale. Riemer voulut mobiliser les syndicats de toutes les corporations ouvrières pour décider de la grève du travail dans toute la ville dès le lundi 15 novembre. Cependant, lors de la première réunion du comité, le samedi 13 novembre 1893 au bar Isnard, peu de syndicats répondirent présents et la grève n’eut pas le retentissement attendu.

À la suite de l’attentat à la bombe contre l’Hôtel quartier Général du XVe corps d’armée de la rue d’Armény (voir Léopold Bossy), le 15 novembre 1893, son domicile fut perquisitionné et il fut arrêté et inculpé. Il fut alors identifié comme Henri Riemer et emprisonné avec Léopold Bossy*, Rémy Faletti* et Marie de Saint-Rémy. Selon la police, Léopold Bossy et Riemer avaient réuni autour d’eux plusieurs anarchistes dont une quinzaine d’étrangers en majorité italiens.

Libéré par amnistie le 10 février 1895, Riemer revint à Toulon et continua la même vie nomade qu’autrefois. En avril 1897, on le trouvait à Narbonne, revenant d’Afrique du Nord et poursuivant toujours ses campagnes libertaires.

D’août à septembre 1899, il vécut en Avignon. On le retrouve actif à Toulon lors de la grève des postiers de 1909, puis une dernière fois en 1924, dans une réunion de protestation contre l’assassinat de Matteotti à La Seyne (Var).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154058, notice RIEMER Henri, Nicolas [dit Vérité, Lutz, Roussel, Eugène Lemmel] [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Françoise Fontanelli Morel, version mise en ligne le 19 avril 2014, dernière modification le 25 janvier 2019.

Par Jean Maitron, notice complétée par Françoise Fontanelli Morel

SOURCES : État civil de Toulon — Arch. Nat. F7/ 12 504— Arch. PPo BA/30 — Arch. Dép. (83), série M et série T— Arch. Dép. (11) 5 M 97—Arch. Dép. (13) 4M 2419 — Jean Masse, « Les anarchistes varois », Le Mouvement social d’octobre-décembre 1969.

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