LORÉAL Louis [Louis Raffin, dit] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Guillaume Davranche

Né le 16 avril 1894 à Charnay-lès-Mâcon (Saône-et-Loire), mort le 16 février 1956 à Paris ; typographe, puis correcteur ; chansonnier ; anarchiste.

Louis Raffin était le fils d’un militant syndicaliste révolutionnaire, Raffin, qui avait été délégué de la fédération du Papier au congrès confédéral CGT du Havre, en septembre 1912. Blessé durant la Grande Guerre, Raffin fut, après-guerre, secrétaire du syndicat du Papier-Carton de la Seine.

Son fils, dit Loréal, ne semble pas avoir été mobilisé. Pacifiste, il soutint l’action de Sébastien Faure et signa un article dans Ce qu’il faut dire du 24 février 1917. Le 1er mai 1917, il fut arrêté avec une dizaine d’autres personnes à un meeting du Comité de défense syndicaliste.

Le 11 septembre 1918, la 15e chambre du Tribunal correctionnel le condamna à un an de prison et à 100 francs d’amende pour une causerie antimilitariste qu’il avait fait aux Jeunesses syndicalistes de Paris 11e et 12e. Il était passé en procès avec René Péache* qui récolta, lui, deux ans de prison et 200 francs d’amende.

Depuis sa cellule, il collabora à la nouvelle série du Libertaire, lancée en janvier 1919. Libéré vers le mois de juin, il fut de nouveau poursuivi peu après (Le Libertaire du 13 juillet 1919).

À cette époque, Loréal commença à se faire un nom comme chansonnier révolutionnaire. Il anima le Groupe lyrique du Libertaire, et adhéra à la Muse rouge.

Le 28 février 1920, en pleine grève des cheminots, il fut mis les verrous pour un article du Libertaire du 15 février contre l’incorporation de la classe 1920. Le gérant, Claude Content, fut également emprisonné. Loréal fut défendu par Me Maurice Delépine, et Content par Me Maurange. Le 31 mai, la 11e chambre du Tribunal correctionnel les condamna chacun à dix-huit mois de prison et à 1 500 francs d’amende.

Le 7 juin 1920, la 11e chambre du Tribunal correctionnel condamna de nouveau Loréal, cette fois avec Péache et Édouard Mouche*, à dix-huit mois de prison et à 1 500 euros d’amende pour un tract antimilitariste. En octobre, la peine fut confirmée en appel.

Fin janvier 1921, la Muse rouge connut une scission. L’Humanité du 28 janvier publia le communiqué d’un groupe de démissionnaires qui constataient « l’impossibilité de rénover la Muse Rouge selon leurs conceptions .artistiques et révolutionnaires, en raison de l’opposition d’une majorité composée en grande partie d’interprètes amateurs ». En conséquence, ils créaient un groupe nommé Les Chansonniers du peuple « groupant les chansonniers de seules tendances nettement révolutionnaires ». En furent membres Charles d’Avray*, Charles-Auguste Bontemps*, Jehan Brocard, Henri Chassin, Robert Guérard*, Maurice Hallé, Louis Loréal, Fréd. Mouret, Lucien Noël, Suzanne Tessier, André Thumerelle, F. Danjaume, Dubuisson, Ad. Giron, Lucio d’Ornano, R. Tozini, Noël Villard. Louis Loréal fut un temps secrétaire du groupe. Il habitait alors au 35, rue de Ménilmontant, à Paris 20e. Cette scission, cependant, ne dura pas, et dès 1922, Louis Loréal appartenait de nouveau à la Muse rouge.

En 1921, il composa une chanson à la gloire d’Émile Cottin*, qui avait tiré sur Clemenceau : Gloire à Cottin, sur l’air de Gloire au 17e de Montéhus. En 1922, il composa le Chant du drapeau noir.

Le 19 mai 1922, Louis Loréal fut condamné par la 11e chambre du Tribunal correctionnel à huit mois de prison et à 500 francs d’amende pour un article faisant l’apologie du geste d’Émile Cottin. Il fut incarcéré à la Santé. En août 1922, il fit avec Maurice Fister*, Kléber Nadaud*, Courmes et Villiers la grève de la faim pendant douze jours pour que Henri Coudom (dit Méric) et Jeanne Morand, emprisonnés au droit commun, bénéficient du régime politique. Hospitalisé à Cochin, il fut libéré deux mois plus tard.

Le Libertaire du 1er juin 1923 signala que Loréal était condamné à quinze mois de prison pour deux nouveaux articles ; il ne put, en conséquence, assister au congrès de l’UA à Paris, les 12 et 13 août 1923. Le congrès, à qui il avait adressé une lettre, l’élut rédacteur « remplaçant » au Libertaire.

En février 1924, il fit de nouveau la grève de la faim par solidarité avec Jeanne Morand et, le 27 février, fut de nouveau hospitalisé à Cochin. Le Libertaire du 17 mars 1924 annonça sa sortie de prison.

Candidat abstentionniste aux législatives d’avril 1924 dans la Seine, Louis Loréal entra au comité de rédaction du Libertaire quotidien avec André Colomer, Georges Vidal*, Chazoff* et Louis Lecoin. Il écrivit également, à cette époque, dans La Revue anarchiste, et prit part au congrès de l’UA qui se tint à Paris du 1er au 3 novembre 1924.

Au congrès de Pantin, du 31 octobre au 2 novembre 1925, il fut élu au comité d’initiative de l’UA. Au congrès d’Orléans, du 12 au 14 juillet 1926, il fut délégué de Montereau (Seine-et-Marne), et réélu au comité d’initiative. Au congrès de Paris du 19 au 21 avril 1930, il représentait le groupe de Paris 11e-12e. Au congrès de Toulouse, les 17 et 18 octobre 1931, il fut élu à la commission administrative et au comité de rédaction du Libertaire.

Au cours d’une polémique avec les anciens anarchistes d’Union sacrée, qui publiaient désormais la revue Plus loin (voir Marc Pierrot), Louis Loréal écrivit dans Le Libertaire des 28 septembre et 26 octobre 1928 qu’il fallait « laisser les cadavres se putréfier ».

À cette époque, il collabora à L’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure, dont il rédigea l’article « Idolâtrie ».

Le 5 mars 1932, il fut admis au syndicat CGT des correcteurs.

Il semble que, dans les années 1930, Louis Loréal descendit une mauvaise pente. Il se mit à boire, et son comportement le fit mettre à l’écart. En 1932, il fut exclu de l’UACR par sa fédération parisienne, pour avoir volé de l’argent dans la caisse.

Dès lors, Loréal fut surtout actif dans le mouvement pacifiste intégral. De 1933 à 1938, il fut gérant de La Patrie humaine, dont un articlelui valut une condamnation à un an de prison et à 100 francs d’amende. Il accompagna Victor Méric dans ses tournées de propagande et chanta dans les galas de la Ligue internationale des combattants de la paix. Il créa la chanson Patrie humaine, écrite en collaboration avec Jean-Paul Monteil.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Louis Loréal collabora à L’Atelier et au Trait d’union, journal des prisonniers de guerre imprimé à Berlin, où écrivaient entre autres Georges Dumoulin et Aimé Rey*. Loréal y vantait les mérites de la collaboration. Son article intitulé « L’indispensable présence », dans L’Atelier du 16 mai 1942, disait sa satisfaction du retour de Pierre Laval comme chef du gouvernement. Un autre article, le 22 août, était intitulé « Une besogne urgente : épurer l’administration ». Il y appelait à la dénonciation et à la répression. Le 7 juillet 1944, dans Germinal il avouait : « Moi aussi j’eus un moment d’hésitation. Ce n’est pas en vain qu’on a milité une trentaine d’années dans les milieux libertaires. Puis j’ai réfléchi. Et maintenant je n’ai aucune vergogne à confesser que l’autoritarisme dont il s’agit ne m’effraye pas le moins du monde [...]. Votre devoir est d’être avec nous, avec le peuple... »

Brièvement emprisonné à la Libération, il fut libéré sur intervention de certains de ses amis. Mais son attitude lui valut d’être radié pour un an de sa profession par l’assemblée du syndicat des correcteurs.

Vieilli avant l’âge, miné par l’alcoolisme, mis au ban du mouvement anarchiste, Loréal eut une fin misérable. Atteint d’un cancer à la gorge, il fut hospitalisé en 1955 à Tenon, où une opération ne lui accorda qu’un bref répit. Il mourut quelques mois plus tard.

Seul le périodique Contre-courant, de Louis Louvet*, rappela son souvenir dans son numéro de mars 1956 : « Il avait quitté nos milieux depuis la Libération, ce qui ne voulait point dire qu’il se désintéressait de la propagande à laquelle il avait consacré sa jeunesse. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154037, notice LORÉAL Louis [Louis Raffin, dit] [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Guillaume Davranche, version mise en ligne le 12 mars 2014, dernière modification le 18 janvier 2019.

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Guillaume Davranche

ŒUVRE : Contre le Crime, édité à Genève, 1920.

SOURCES : L’Humanité du 7 mars, du 1er juin, du 8 juin et du 13 octobre 1920 — « Les Anarchistes dans la résistance », Bulletin du CIRA-Marseille n° 23-25, 1986 Yves Blondeau, Le Syndicat des correcteurs de Paris et de la région parisienne 1881-1973, supplément au Bulletin des correcteurs n°99, 1973 — Notes de René Bianco, Robert Brécy et Michel Dreyfus.

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