Né le 21 octobre 1939 à Toulon (Var) ; comptable, « perceur de coffres » et écrivain ; adhérent de la CNT et de la Fédération anarchiste, membre fondateur du Comité d’action des prisonniers (CAP) et du journal Libération.

Serge Livrozet est né de père inconnu (en fait, il a eu deux pères, le génétique et celui de l’état-civil, mais n’en a connu aucun) et de Suzanne Macchiavelli (1911-1995) qui était prostituée, croyante et plutôt de droite. L’engagement ultérieur de Serge Livrozet est en partie dû à un cheminot communiste, amant de sa mère. Il a vécu avec Annie Hout (1943-2004) qui avait participé avec lui à la fondation du journal Libération « de la bonne époque » et activement à la création du Comité d’action des prisonniers. Depuis le décès de cette dernière, il vit avec Agnès Ouin, ancienne militante du CAP et ex-collaboratrice de Libération.
Avec un diplôme d’études comptables supérieures obtenu en détention, il exerça la comptabilité, soit à son compte, soit en entreprise. De 1965 à 1968, il se consacra à l’écriture et au perçage de coffres. À sa sortie de prison en 1972, il abandonna ses activités de perceur de coffres pour entrer dans le militantisme actif et participer à la création du CAP et de Libération.
Serge Livrozet commença à travailler à treize ans et demi. Il apprit le métier de plombier. Engagé volontaire à 18 ans dans l’armée de l’air, il devint maître de chien. En 1961, il créa une entreprise de publicité. Escroqué par son associé, il cambriola sa propre société, puis commit des vols dans de riches villas de la Côte d’Azur. Arrêté, il parvint à s’enfuir du commissariat de Nice. Arrêté de nouveau, il fut condamné à cinq ans de prison. Incarcéré à vingt-deux ans à la centrale de Loos-lez-Lille, il y passa le bac. À la suite de quoi l’administration pénitentiaire le bombarda instituteur des détenus.
Libéré en octobre 1965, il rencontra sa femme et exerça le métier de démonstrateur dans les foires, son casier judiciaire lui interdisant tout autre travail de type commercial. Dès cette époque, il analysa la délinquance d’un point de vue politique, économique et sociologique. Il commence à écrire.
En 1967, il adhéra à la CNT et s’affirma libertaire. En mai 1968, il fut l’un des premiers à occuper la Sorbonne et fut blessé par une grenade offensive. La tournure des événements le déçut, mais il continua de s’affirmer libertaire. Il décida dès ce moment de « politiser sa criminalité » en choisissant de manière lucide de s’en prendre au capital et à ses coffres-forts, afin de pouvoir créer une entreprise d’édition indépendante lui permettant d’exprimer les idées auxquelles il croyait et croit toujours.
En décembre 1968, il passa en cour d’assises pour « crime contre la propriété », sans jamais avoir blessé ou menacé qui que ce soit. Il fut condamné à quatre ans de prison. Il effectua la moitié de sa peine à la Santé, le reste à la centrale de Melun. Il profita de ce nouveau séjour en prison pour écrire, étudier et passer le diplôme d’études comptables supérieures. Ce qui ne l’empêcha pas de participer à l’organisation des premières revendications politiques des détenus, notamment dans l’imprimerie de la centrale où, en compagnie d’autres prisonniers, il rédigea un tract dans lequel les détenus étaient appelés à une grève sans violence.
À sa sortie de prison, en juillet 1972, il rencontra Michel Foucault, avec lequel il correspondait et qui devint son ami. En novembre 1972, ils fondèrent ensemble le Comité d’action des prisonniers (CAP). Farouche opposant à la peine de mort, il cessa sa collaboration à La Cause du peuple, dirigée par Sartre et Serge July, qui réclamait la peine capitale contre le collaborateur Touvier. Il participa à la création de Libération avec Michel Foucault, Maurice Clavel, Jean-Paul Sartre, Marin Karmitz, Claude Mauriac, Philippe Gavi, etc. Un mois plus tard, Serge July, encore maoïste, arriva au journal. Serge Livrozet cessa alors de collaborer à la création de Libération.
Début 1973, il publia son premier livre au Mercure de France, De la prison à la révolte, préfacé par Michel Foucault, qui parlait à son sujet de « philosophie du peuple ». Pour la première fois, le système carcéral et, surtout, les causes de la délinquance étaient analysés d’un point de vue politique, économique et idéologique par un ex-détenu. Directeur du centre socioculturel de Bièvres de 1973 à 1974, en plein accord et avec le soutien actif du CAP et de l’ensemble du personnel, il accueillit durant plusieurs mois plus de cinquante familles chiliennes réfugiées en France après le coup d’État de Pinochet. En 1976, il participa et organisa avec le CAP la première manifestation contre la peine de mort. Elle rassembla 10 000 personnes à Paris.
Réhabilité en 1983, il continua de militer, d’écrire, d’animer divers débats, de rédiger et de dire des sketches. Il anima durant plusieurs années une émission hebdomadaire, "Humeur noire", sur Radio libertaire. Au début des années 1990, il adhéra au groupe Berneri de la Fédération anarchiste.
Accusé en 1986 d’être le « cerveau » d’une contrefaçon de billets de banque pour un montant de 70 millions de francs, il passa une nouvelle fois aux assises, mais fut acquitté en 1989.
Depuis cette date, Serge Livrozet anime des ateliers d’écriture dans des milieux défavorisés. Ce qui a permis à des élèves du lycée de Saint-Ouen d’écrire Le Poulpe au lycée, édité en 1999 aux éditions Baleine. En 2001, il participa au film L’Emploi du temps de Laurent Cantet.
Depuis son acquittement, il collabore à divers journaux sous forme de nouvelles ou d’articles d’humeur, tout en préparant son seizième livre.

ŒUVRE (sélection) :

1973 : De la prison à la révolte, Mercure de France (rééd. à L’Esprit Frappeur, 2000).

1973 : Diego ou la vie d’un chien de guerre, Mercure de France

1976 : La Rage des murs, Mercure de France.

1977 : Hurle ! , Presses d’aujourd’hui .

1978 : Aujourd’hui, la prison, Hachette.

1980 : Le Sang à la tête, éditions Lettres libres.

1981 : La Rue aux ours, éditions Lettres libres.

1987 : La Dictature démocratique, éditions Lettres libres.

1989 : L’Empreinte, éditions La Brèche.

1992 : L’Outrage en plus, éditions Manya.

1994 : La Femme truquée, éditions Encrage.

1997 : Nice, baie d’aisance, éditions Baleine.

SOURCES : témoignage direct, février 2010.

Hugues Lenoir

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