LEMAIRE Jules, André [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche

Né à Amiens (Somme) le 15 février 1874 ; mort le 5 juin 1957 ; cordonnier puis marchand des quatre saisons ; anarchiste puis communiste.

Enfant naturel, Jules Lemaire fut reconnu par le mariage de sa mère le 16 juin 1875.

Il vint très jeune à l’action militante, Dès les grèves d’avril et mai 1893 à Amiens, il était un des animateurs du mouvement. Lors de perquisitions le 1er janvier, le 26 février et le 7 avril 1894, la police saisit chez lui des brochures et des chansons anarchistes dont La chanson du Père Duchesne.

Le 12 novembre 1895, il quitta Amiens pour accomplir un an de service militaire à Reims au 132e régiment d’infanterie. En juillet 1896, il était en section disciplinaire.

Il fut arrêté en compagnie d’Edmond Carpentier pour bris d’un calvaire à Péronne, en septembre 1902. Ils colportaient la brochure de Charles-Albert* intitulée Patrie, guerre et caserne. Le 9 octobre 1902, alors qu’ils étaient à Épernay pour les vendanges (comme tous les ans), ils vendaient la brochure La Peste religieuse de Johann Most.

En 1903, il alla en vélo à Cuis (Marne) faire les vendanges avec un ballot de brochures dont le Nouveau Manuel du soldat de Georges Yvetot*.

Il aurait également participé à des déménagements « à la cloche de bois », lui valant des séjours en prison.

En novembre 1904, Lemaire fut, avec Georges Bastien* et Alcide Dumont*, l’un des fondateurs de l’hebdomadaire anarchiste de la Somme, Germinal, lancé alors que le procès d’Alexandre Jacob* s’annonçait devant les assises de la Somme. Les anarchistes d’Amiens firent de l’agitation en faveur de Jacob – une manifestation en sa faveur rassembla plusieurs centaines de personnes le 11 février 1905 –, et Germinal y gagna sa place dans le paysage politique local.
Avec un tirage de 3 500 à 5 500 exemplaires, disposant de nombreux correspondants et financé en partie par de la publicité, Germinal était un journal assez important, colonne vertébrale de l’anarchisme dans la Somme. Il devait sortir 391 numéros, du 19 novembre 1904 au 27 juillet 1914. Gérant de Germinal jusqu’en 1906, Lemaire fut également un des principaux animateurs du groupe anarchiste La Jeunesse libre d’Amiens, et de la section locale de l’Association internationale antimilitariste (AIA).

À l’occasion du 14 juillet 1905, les militants amiénois de l’AIA perturbèrent la Fête nationale en lançant des slogans antimilitaristes et en chantant L’Internationale et La Carmagnole. La manifestation vira à l’émeute aux abords de la mairie et du Cercle militaire.

En octobre, Germinal édita à 10 000 exemplaires une brochure antimilitariste, Aux Conscrits, rédigée par Bastien*. Le mois suivant, la police perquisitionna les locaux, et mit Bastien et Lemaire sous les verrous. En janvier 1906, ils furent condamnés tous deux à neuf mois de prison pour l’article, « L’antimilitarisme et l’antipatriotisme » paru le 31 mai 1905. Ils comparurent une seconde fois, le 21 février, pour la brochure Aux conscrits, et furent condamnés respectivement à dix-huit mois et à quinze mois de prison, assortis de 1 000 francs d’amende chacun.

Membre du syndicat des travailleurs du cuir, Lemaire joua un rôle actif dans le mouvement syndical. En 1911 il fut un des animateurs de la grève des ouvriers teinturiers.

Il semble qu’il ait quitté la Somme pour l’Angleterre dès 1913. En 1914, il ne répondit pas à l’ordre de mobilisation en France et resta en Grande-Bretagne. Il milita avec des révolutionnaires de plusieurs pays et, le 12 février 1915, cosigna le manifeste pacifiste « L’Internationale anarchiste et la guerre ». Son activité politique lui valut de tâter des geôles britanniques.

La Révolution soviétique l’enthousiasma. Quand il revint à Amiens, en 1928, il n’adhéra pas au Parti communiste, mais en fut un actif sympathisant, militant à l’association des Amis de l’URSS et au Secours rouge international. Il contribua, entre 1936 et 1939, à la solidarité envers les Républicains espagnols et les victimes de la répression franquiste.

Au printemps de 1940, il se réfugia, volontairement, en Dordogne, à côté du camp de concentration où étaient enfermés une quinzaine de communistes picards, afin de rester en contact avec eux et les secourir. Par la suite, il aida les FTP de Dordogne, notamment comme collecteur de fonds à Sarlat. En 1945, il retourna à Amiens et devint un militant actif du PCF. A lui seul, il recueillit plus de 4 000 signatures pour l’appel de Stockholm contre l’arme atomique.

Autodidacte, il considérait comme primordiale l’éducation des membres du Parti. Aussi légua-t-il sa bibliothèque à la section PCF d’Amiens. Frappé par la maladie en 1954, il fut hospitalisé en 1956 et mourut en juin 1957.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154027, notice LEMAIRE Jules, André [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 19 avril 2014, dernière modification le 18 janvier 2019.

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche

SOURCES : Arch. Nat. BB 18/2 290, 128 A 05 — Arch. Dép. Marne 30 M 107 — La Vie ouvrière du 20 octobre 1913 — Collection de GerminalLe Travailleur de la Somme, hebdomadaire du PCF de Picardie, 15 juin 1957 — Renaud Quillet, La Gauche dans la Somme, Encrage, 2009 — Note de Dominique Petit.

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