GOLBERG Mécislas [Mieczyslaw Goldberg, dit] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche

Né à Płock (Empire russe) le 21 octobre 1869, mort le 28 décembre 1907 à Avon (Seine-et-Marne) ; journaliste et écrivain ; anarchiste individualiste pendant quelques années.

Mécislas Golberg
Mécislas Golberg
Pan, 1908.

Figure originale, Mécislas Golberg ne fut nullement, contrairement à ce qui a été parfois écrit, un théoricien représentatif de l’anarchisme. Ses idées furent au contraire marginales, et son audience fut aussi confidentielle que son engagement anarchiste fut éphémère.

Fils de commerçants cultivés mais ruinés de la communauté juive de Płock, le jeune Mieczyslaw s’avéra un élève brillant, mais quitta très jeune le collège pour travailler. Puis il partit pour Genève suivre des études médicales qu’il devait ne jamais achever. Il fut reçu licencié ès sciences de l’université de Genève le 14 juillet 1891, et devint collaborateur littéraire de quelques revues polonaises.

Quelques mois plus tard, pour des raisons peu claires, il partit pour Paris où il vécut sans domicile fixe ni ressources connues : « étudiant famélique, clochard cultivé, intellectuel déclassé », selon les mots de Pierre Aubery.

À la fin de 1892, il tenta de s’empoisonner et fut ramené à la vie à l’hôpital Lariboisière. Ce suicide manqué lui redonna goût à la vie, et il se jeta dans la lutte sociale. Peu de temps après sa sortie de Lariboisière, il cofonda avec André Ibels et Fernand Clerget LeCourrier social qui n’eut sans doute que deux numéros, et dans lequel il commença à développer ses théories sur le sous-prolétariat.

Le 2 mai 1895, il eut un fils à Paris avec Berthe Charrier. Sous le nom de Jacques-Mécislas Charrier*, celui-ci devait défrayer la chronique en 1921.

Peu à peu, Mécislas Golberg groupa autour de ses idées un groupe d’étudiants anarchistes que la police surnomma « les golbergtistes » et qui se réunissait au local de la Ligue démocratique des écoles, au 36, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, à Paris 5e. Le 4 juillet 1895 parut le premier numéro de leur journal, Sur le Trimard, « organe des revendications des sans-travail », dont 4 numéros parurent jusqu’en mars-avril 1896, avant de renaître un an plus tard sous le titre Le Trimard, pour 6 numéros, de mars à juin 1897. Le journal eut différents administrateurs, dont l’ancien communard Émile Dodot*, mais Mécislas Golberg en fut le principal rédacteur et théoricien.

Le « trimard », c’était la route, et les « trimardeurs », les vagabonds. Comme son titre l’indiquait, le journal de Mecislas Golberg était dédié au sous-prolétariat, dans lequel il voyait la seule classe révolutionnaire. Dès juillet 1895, l’éditorial inaugural du Trimard s’en prenait d’ailleurs à « la population autoritaire et rétrograde du prolétariat professionnel, syndiqué et organisé par le métier, au prix de l’esclavage du prolétariat libertaire et sans profession, attaché à la production machiniste ». Dans un autre article, « Un mot aux architectes », il développait une théorie de la transformation sociale passablement nihiliste : « La vie moderne est une peste et une fièvre. Toutes ses manifestations prouve, l’être malade ; qu’elles s’appellent : homme, science, morale ou bonté. [...] Déprécier la vie moderne, détruire toutes ses armes : intelligence, science ou morale, est le seul but d’un médecin. » Seul le sous-prolétariat, barbare, dépourvu de tout attachement à ces valeurs, pouvait faire œuvre de destruction totale et donc de rédemption de la société.

Mais comment mobiliser la foule des sans-travail dans un élan révolutionnaire ? Dans le n°3 de Sur le trimard (octobre-novembre 1895), Golberg proposait... l’art : « L’émotion esthétique étant une des plus grandes forces qui agitent la mer humaine [...]. L’art de l’homme guidera la marche des sans-travail » afin de « reconquérir leur forme native ».

En 1896, Mécislas Golberg collabora au quotidien individualiste de Pierre Martinet, La Renaissance. Dans un article du 29 février intitulé « Dieu Pelloutier et Hamon son prophète », il dénonça le rapprochement en cours entre anarchistes et allemanistes, sur la base de l’antiparlementarisme et du syndicalisme. Il tenta malgré tout de se faire admettre au sein de la délégation française au congrès socialiste international de Londres, en juillet 1896, mais il se fit éconduire par Fernand Pelloutier et Augustin Hamon.

Suite à cela, la rumeur courut que Mécislas Golberg était un indicateur de police. Il conservait néanmoins un groupe d’une quinzaine de fidèles qui, en août 1896, se rebaptisa Les Négateurs.

Le 26 décembre 1896, il fut ciblé par un arrêté d’expulsion, et dut s’exiler à Londres, où il survécut neuf mois dans une grande misère, comme marchand de café ambulant. Son groupe continua à éditer Le Trimard, et Golberg y contribua, tout en s’attelant à une œuvre littéraire : Intuitions sociales et Lazare le ressuscité. Dans ses articles, il continuait à s’y opposer à toute organisation politique, syndicale ou coopérative, d’une part parce que celle-ci était l’instrument d’une domination du prolétariat sur le sous-prolétariat, et d’autre part parce qu’elle ne pouvait que « retarder l’heure des destructions nécessaires ». De là son rejet de la lutte pour les huit heures : « Vos huit heures sont les aboutissants du capitalisme machiniste, comme le sont la prostitution, la justice et le suicide » (Le Trimard n°6, « les Huit », 15 mai 1897).

Vers la fin de 1897, Golberg revint clandestinement à Paris. Les années 1898-1899 furent celles de l’Affaire Dreyfus et, pour lui, un tournant idéologique puisqu’il abandonna ses théories nihilistes et « sans-travaillistes » et rejoignit le camp dreyfusard. Entre le 16 et le 25 janvier 1898, il rédigea une bordée d’articles contre le « néoboulangisme » des antidreyfusards dans Les Droits de l’homme. Bien qu’il ait écrit sous le pseudonyme d’Henry Martel, cela lui valut d’être repéré et expulsé en Belgique.

De là, il composa un numéro unique de Sur le trimard, daté du 23 février 1898, et qui se présentait comme une revue consacrée à l’économie, à la sociologie et à l’art. Il donna également des articles au Libre de Manuel Devaldès*, ou au Midi fédéral. Enfin, avec l’aide de l’écrivain belge Henri Vandeputte et de l’anarchiste Léon Parsons*, il mit en chantier un ouvrage qui devait sortir en juillet 1898, le Livre d’hommage des lettres françaises à Émile Zola, qui contenait de nombreuses lettres de soutien et une centaine d’hommages rédigés par de grandes plumes de gauche.

En septembre 1898, Golberg revint clandestinement à Paris. En novembre 1898, Raoul Mayence* le dénonça dans L’Antijuif, et Golberg fut interpellé pour violation de son arrêté d’expulsion. Défendu par un comité d’intellectuels, il fut condamné le 25 décembre à trois mois de prison.

D’octobre à février 1899, il anima avec Parsons et Vandeputte, une revue littéraire et dreyfusarde, Tablettes, grâce à l’aide matérielle de Bernard Lazare et de Gustave Kahn. Il y développa sa nouvelle idéologie, le « néo-libéralisme », proposant un nouvel équilibre entre le parlementarisme et ce qu’on pourrait appeler a posteriori « la société civile ».

En mars 1899, Mécislas Golberg obtint enfin un permis de séjour en France, en promettant de ne plus se mêler de politique. Dès lors, hormis un article sur la conscience nationale juive dans Le Flambeau de Bernard Lazare en avril 1899, il ne se consacra plus qu’à son œuvre poétique et dramaturgique.

En novembre et décembre 1900, le comité Golberg, présidé par Paul Adam* et composé d’Henri de Groux, d’Anatole de Monzie ou Maurice Magre, organisa la publication des Cahiers mensuels Mécislas Golberg, consacrés à la littérature. L’écrivain, bientôt établi imprimeur avenue des Gobelins, collaborait désormais à La Plume, au Mercure de France, au Festin d’Ésope de Guillaume Apollinaire et à la Revue littéraire de Paris et de Champagne.

Les dernières années de la vie de Mécislas Golberg furent consacrées à l’écriture et à la publication de ses œuvres, mais aussi à lutter contre la tuberculose. Il fit plusieurs séjours au sanatorium d’Avon, et s’y éteignit en 1907.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153993, notice GOLBERG Mécislas [Mieczyslaw Goldberg, dit] [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 10 mars 2014, dernière modification le 1er avril 2014.

Par Guillaume Davranche

Mécislas Golberg
Mécislas Golberg
Pan, 1908.

SOURCES : Pierre Aubery, « Mécislas Golberg anarchiste », Le Mouvement social, juillet-septembre 1965 — Vivien Bouhey, Les Anarchistes contre la république, PUR, 2006 — Catherine Coquio, « Mécislas Golberg » in Michel Drouin (dir.) L’Affaire Dreyfus, Flammarion, 2006 — Jean-François Wagniart, « Le poète et l’anarchiste : du côté de la pauvreté errante à la fin du XIXe siècle », Cahiers d’histoire n°101, 2007 — Éric Dusser, « Golberg la guigne », Le Matricule des anges, novembre-décembre 2007.

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