Né le 7 février 1859 à Palais (Morbihan), mort le 23 septembre 1923 au bagne de Nouvelle-Calédonie ; clerc d’huissier puis employé ; anarchiste, auteur de l’"attentat de la Bourse" en 1886.

Enfant naturel abandonné par sa mère, Charles Gallo avait été élevé par des personnes charitables. Intelligent et studieux, il devint maître adjoint dans une école, puis clerc d’huissier et employé.
En 1879, arrêté pour fabrication de fausse monnaie, il fut condamné à 5 ans de réclusion. A sa sortie de prison il se lança dans la propagande anarchiste et décida de commettre un attentat.
Il se rendit à Paris, emprunta un revolver à un ami et se procura 200 grammes d’acide prussique. Le 5 mars 1886, il se rendit à la Bourse vers 15 heures et, du haut des galeries supérieures il projeta sa bouteille d’acide et tira trois coups de feu. Arrêté, il fut incarcéré à la prison de Mazas d’où il écrivit au journal de Jean Grave, Le Révolté (cf. éditions du 1er mai et du 15 mai 1886).
Charles Gallo comparut le 26 juin devant la cour d’assises de la Seine et provoqua, au cours de l’audience, des incidents qui nécessitèrent le renvoi de l’affaire à une autre session. Entraîné hors de la salle, il cria : « Vive la révolution sociale ! Vive l’anarchie ! Mort à la magistrature bourgeoise ! Vive la dynamite ! » Le 15 juillet il comparut à nouveau et manifesta des regrets de n’avoir pas réussi. « Malheureusement je n’ai tué personne », dit-il, et il se revendiqua de la « propagande par le fait des doctrines anarchistes ». Condamné à 20 ans de travaux forcés et astreint à la relégation comme récidiviste, il fut transféré à Avignon, puis à Saint-Martin-de-Ré d’où il embarqua le 6 décembre 1886 pour le bagne de Nouvelle-Calédonie.
Il débarqua sur le Caillou le 29 mars 1887. Le 10 septembre, il se révolta contre un gardien auquel il donnait un coup de pioche dans le ventre. Il fut lui même blessé de deux balles dans la tête et eut le bras cassé. Il fut condamné à mort le 30 décembre 1887, puis cette peine fut commuée en travaux forcés à perpétuité le 7 août 1888.
En 1894, lors d’une visite des locaux cellulaires, il injuria les membres de la commission disciplinaire, et le médecin-major de l’île Nou le fit interner à l’asile d’aliénés. Dans une lettre retrouvée dans le dossier d’Antoine Cyvoct, Gallo qualifia cette sanction de « mauvais tour incroyable de l’administration [qui aura] ainsi un moyen assuré d’étouffer dorénavant mes plaintes ».
En 1902 Gallo n’était plus qu’« un cadavre vivant », d’après la lettre d’un compagnon qui avait reçu de ses nouvelles et lançait un appel en sa faveur, appel appuyé par Jean Grave dans Les Temps nouveaux du 22 novembre 1902. Par la suite il ne fut plus jamais question de lui dans la presse anarchiste. Le 1er janvier 1904, Gallo passa à la première classe.
Au 10 juin 1907, après vingt ans de relégation, il cumulait 29 jours de prison pour inconvenances, 165 jours de prison pour insolence, refus d’obéir, imputation calomnieuse, mutinerie et vol, et 292 jours de cachot pour possession d’écrits anarchistes, refus d’obéissance, insultes et menaces aux médecins, imputation calomnieuse.
Le 1er janvier 1908, sa peine fut commuée en 15 ans de travaux forcés. Le 14 décembre 1913, il obtint une réduction de peine de 7 ans. En 1916, il reçut 3 nouvelles punitions de 15 jours de cellule et 8 nuits de prison.
Il s’éteignit le 23 septembre 1923 à l’infirmerie du camp Est de l’île Nou.

SOURCES : La Gazette des tribunaux des 28-29 juin et 15-16 juillet 1886 — AN F 7/12723, rapport du 6.2.1901 et dossier du 16 janvier 1901 qui comprend un manuscrit s.d. de 32 pages écrit au bagne — Archives d’Outre-Mer, dossier H 1366, matricule 17442, sous le libellé GALO Charles, et H 143/Cyvoct — René Bianco, « Cent ans de presse… », op. cit.

Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Laurent Gallet

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