Né le 12 octobre 1923 à Oran (Algérie), décédé le 21 août 2011 à Auxerre (Yonne) ; ajusteur-outilleur ; militant anticolonialiste, communiste libertaire et syndicaliste.

Léandre Valéro (1946)
Coll. Léandre Valéro/Archives d’AL
Fils d’un militant anarchiste d’origine andalouse, Léandre Valéro est « né » dans la politique. Son père, de nationalité française et résidant en Algérie, avait combattu en Espagne dans les rangs de la Fédération anarchiste ibérique (FAI). Il lui suggéra de se joindre aux Forces françaises libres durant la Seconde Guerre mondiale, pour continuer le combat contre le fascisme. À ce titre, Léandre Valéro participa à plusieurs campagnes, et à la libération de certains camps de concentration.
Après la capitulation allemande, il fut incorporé dans l’armée française, qui voulait l’envoyer en Indochine. Militant anticolonialiste convaincu, il déserta en novembre 1945. Dénoncé, il fut arrêté à l’hôpital Montolivet de Marseille et incarcéré au fort de la Grande-Bastide. Il fut ensuite embarqué « de vive force » (comme le stipule son livret matricule) le 23 novembre 1945 sur un cargo anglais à destination de l’Indochine. Débarqué à Saigon le 8 janvier 1946, il entreprit d’aider le Vietminh en lui fournissant des armes et de l’essence volés à l’armée d’occupation : chaque nuit, trois voyages en jeep pour passer des jerricans. « De nombreux camarades de mon unité étaient au courant et tous approuvaient mon action », soulignait-il. Néanmoins repéré comme un élément « démoralisant » pour les troupes, il fut renvoyé en France en août 1946.
Il arriva alors à Paris où la Fédération anarchiste (FA) était en plein développement. Lorsqu’il se rendit au siège de l’organisation, au 145 quai de Valmy, c’est Georges Brassens, alors secrétaire de rédaction du Libertaire, qui l’accueillit. Désormais militant de la FA, il travailla dans diverses entreprises de la Région parisienne jusqu’en 1948, où il rejoint sa femme à Auxerre (Yonne). Désormais ouvrier aux établissements Gardy, il y fonda une section CNT « la plus importante du pays, avec une centaine d’adhérents » selon lui. Chaque semaine il montait à Paris quai de Valmy, puis espaça progressivement ses déplacements, « écoeuré » dit-il par la montée des luttes intestines au sein de la FA, qui opposaient alors les partisans de Georges Fontenis et ceux de Maurice Joyeux.
En août 1954, alors que la FA était devenue la Fédération communiste libertaire (FCL), l’organisation lui demanda – en sa qualité d’arabophone et de natif du pays – de partir en Algérie pour renforcer le Mouvement libertaire nord-africain (MLNA) tout juste naissant.
Il débarqua alors à Alger avec femme et enfants. Il s’embaucha comme ouvrier aux établissements Henri Hamel et rencontra les camarades du MLNA (dont l’instituteur Doukhan et le docker Duteuil*, de l’Algérois ; et Derbal Salah*, du Constantinois). Le MLNA donnait divers coups de main au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD, de Messali Hadj), qui était alors le parti indépendantiste le plus important en Algérie.
Le 1er novembre 1954, alors qu’il était au local du MLNA, à l’entrée de Bab-el-Oued, Léandre Valéro fut informé de la série d’attentats survenus dans la nuit, et qui marquaient le début de l’insurrection algérienne.
L’action politique du MLNA se fit principalement en solidarité avec l’organisation de Messali Hadj, rebaptisée Mouvement national algérien (MNA). C’est ainsi que Léandre Valéro servit de « boîte aux lettres » ou de chauffeur à plusieurs reprises pour des dirigeants du MNA. Les militants du MLNA distribuaient les tracts du MNA, et poursuivaient en parallèle la vente à la criée du Libertaire. Duteuil se plaçait en général en retrait, un revolver dans la poche, pour surveiller la vente. Il leur arriva une fois de se faire tirer dessus, à proximité du Champs-de-Manœuvre, et Léandre Valéro raconte avoir eu son béret enlevé par une balle.
En août 1955 il obtint un emploi de chef d’atelier dans une station agricole expérimentale au Khroub, dans le Constantinois. Là il poursuivit son activité de soutien aux indépendantistes, en l’occurrence le Front de libération nationale (FLN), en leur faisant passer des armes qu’il obtenait grâce à des relations au sein de l’armée française qu’il avait gardées de son épisode indochinois.
À l’été 1956, Léandre Valéro était mobilisable dans la Territoriale, ce qui ne lui laissait que trois possibilités : soit répondre à l’appel (ce qui était exclu) ; soit rejoindre le FLN dans le maquis ; soit rentrer en France et passer à la clandestinité. Ses camarades du MLNA lui conseillèrent la dernière option. Il profita donc d’un congé pour rapatrier sa femme et ses enfants. Avant de quitter l’Algérie, Léandre Valéro coula en mer toutes les archives du MLNA, qui s’autodissout alors. C’était la fin du MLNA : par la suite certains de ses membres furent tués, d’autres arrêtés par la police française ; plusieurs rejoignirent le FLN ; Doukhan fut expulsé vers la France.
Rentré en France en décembre 1956, Léandre Valéro resta quelques mois dans la clandestinité, à l’instar d’autres militants de la FCL comme Georges Fontenis, Pierre Morain, Paul Philippe ou Floréal Muñoz*. En 1958 il retourna à Auxerre, où il s’embaucha chez Fruehauf, une des principales entreprises de la région.
Il y fonda un important syndicat CGT (810 cartes sur 1000 salariés selon lui), et entra en 1960 au secrétariat de l’UD-CGT. Le syndicat CGT de Fruehauf sera en mai 1968 le premier à lancer la grève dans l’Yonne. La grève chez Fruehauf entraîna d’autres débrayages (à la Reliure, Fulmen, Saint-Florentin…) et fit de Valéro un des principaux animateurs du mouvement de grèves sur l’Yonne. Au titre de l’UD-CGT, il prit souvent la parole devant les assemblées de grévistes du département.
En 1974 il quitta Fruehauf et la CGT, et s’embaucha dans l’entreprise AID, où il travailla jusqu’à sa retraite en 1983. De 1991 à 2000, il fut adhérent d’Alternative libertaire.
Guillaume Davranche

SOURCES : Correspondances et entretiens avec Léandre Valéro – Georges Fontenis, Changer le monde, Histoire du mouvement communiste libertaire (1945-1997), Alternative libertaire, 2008 – Guillaume Lenormant et Daniel Goude, Une résistance oubliée (1954-1957), des libertaires dans la guerre d’Algérie, DVD 32 min – Interview dans L’Yonne républicaine, mai 1998 – nécrologie dans Alternative libertaire d’octobre 2011

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