Né 8 juin 1878 à Paris ; menuisier ; anarchiste et antimilitariste.

Anarchiste engagé dans la bataille dreyfusarde, Roger Sadrin fut, avec Émile Janvion parmi les « déçus du dreyfusisme ». En juin 1899, il participa avec Ernest Girault* et Francis Prost*, à un meeting proclamant que l’engagement des anarchistes dans l’Affaire ne devait pas les conduire à défendre la république. Sur le même thème, en octobre, il cosigna le manifeste « Aux anarchistes », initié par Janvion.
Sous son vrai nom de Cibot, il fut ensuite, du 1er au 15 octobre 1904, gérant du journal de Janvion, L’Ennemi du Peuple, dans lequel il signait ses articles Roger Sadrin. Il écrivit également dans Le Flambeau de Georges Butaud* et Le Pétard de Claude Lafond.
En 1904-1905, Cibot-Sadrin fut un des animateurs du Comité Pivoteau (voir Delalé), qui devait se transformer par la suite en Comité de défense sociale (CDS, voir Jean-Louis Thuillier).
En octobre 1905, Cibot fut un des initiateurs à Paris de la 10e section de l’Association internationale antimilitariste (AIA).
Début octobre 1905, une affiche de l’AIA intitulée « Appel aux conscrits » fut placardée sur les murs de la capitale. Le texte, violemment antimilitariste et antipatriote, appelait les conscrits à tourner leurs fusils vers les « soudards galonnés » plutôt que vers les grévistes, et appelait à la « grève immédiate » et à l’« insurrection » au jour d’une éventuelle déclaration de guerre.
L’affiche de l’AIA était signée de 31 noms : Miguel Almereyda (Eugène Vigo, dit), Amédée Bousquet, Arnold Bontemps, Nestor Bosche, Ferdinand Castagné, Paul Chanvin, Léon Clément (Victor Camus, dit), Amilcare Cipriani, Émile Coulais, Charles Desplanques, Raymond Dubéros, Jean Frontier, Auguste Garnery, Urbain Gohier, Louis Grandidier, Le Blavec, Jules Le Guéry, Lefèvre, Gustave Hervé, Émile Laporte, Eugène Merle, René Mouton, Jules Nicolet, Félicie Numietska (Félicie Teuscher, dite), Émile Pataud, Louis Perceau, Lazare Rogeon (Lazare Baudin, dit), Han Ryner (Henri Ner, dit), Roger Sadrin (Alxandre Cibot, dit), Laurent Tailhade, Georges Yvetot.
Finalement, Han Ryner, Lefèvre et Laurent Tailhade — dont on avait utilisé la signature sans son consentement — ne furent pas poursuivis.
Les 28 autres comparurent devant les assises de la Seine du 26 au 31 décembre 1905. Le verdict fut le suivant : deux prévenus furent acquittés (Numietska et Cipriani), et les 26 autres furent condamnés chacun à 100 francs d’amende et à des peines de prison. Gustave Hervé : 4 ans ; Yvetot, Almereyda, Sadrin : 3 ans ; Grandidier : 2 ans ; Bousquet, Garnery, Coulais : 15 mois ; Gohier, Desplanques, Clément, Le Guéry, Laporte, Baudin, Pataud, Bosche, Bontemps, Nicolet, Le Blavec, Castagné, Dubéros, Merle, Mouton, Chanvin, Frontier : 1 an ; Perceau : 6 mois.
Les audiences furent suivies par toute la presse. Avec 28 prévenus, 15 avocats et 66 témoins (dont de nombreuses personnalités), l’AIA avait atteint le but qu’elle assignait à ce procès-spectacle : populariser l’antimilitarisme et l’antipatriotisme. À l’audience, Sadrin s’était écrié « À bas l’armée ! À bas la patrie ! »
En 1906, il figura parmi les « dessinateurs en prison » du n°263 de L’Assiette au beurre (14 avril 1906), numéro réalisé en partie « dans les prisons de la république ».
Il fut vraisemblablement libéré à l’occasion de l’amnistie du 14 juillet 1906. Il milita alors quelque temps à la CGT et fut employé comme menuisier à l’Odéon. Selon Le Matin du 30 mai 1907, il ne se serait pas fait une bonne réputation dans les milieux militants : il aurait été accusé du vol d’une machine à écrire à la bourse du travail, puis d’avoir volé 20 francs sur le produit d’une collecte.
En 1907, il fut impliqué dans une affaire de faux monnayage. En mai, l’arrestation d’une bande de faux-monnayeurs anarchistes — Edmond Viltard, Fortuné Chastanet et Alphonse Bussy* — conduisit la police à démanteler tout un réseau dont faisaient partie Denis Domboy, Louis Jourdain, Albéric Barrier et Alexandre Cibot. Cette opération fut à l’origine de l’affaire Matha (voir Armand Matha).
Domboy, Cibot, Barrier, Jourdain et Matha comparurent ensemble devant la cour d’assises du 19 au 21 novembre 1907. Tous furent acquittés, à l’exception de Cibot et de Jourdain, condamnés à cinq ans de prison et à 100 francs d’amende. En raison de peines antérieures, Jourdain fut en outre condamné à la relégation au bagne.
Après sa libération, Sadrin milita au CDS. Il fut actif en 1911-1912 dans la campagne pour la libération d’Émile Rousset, puis fin 1913 pour celle en faveur de Jacob Law*.
En 1914, il fut réformé, mais semble s’être, dans un premier temps, rallié à la défense nationale. Le 1er septembre, il écrivit à Marcel Sembat une lettre estimant que les circonstances — l’agression allemande — en avaient voulu ainsi. Néanmoins, en 1916, il était signalé par la police comme pacifiste.

SOURCES : Arch. Nat. F7/12910 — L’Action syndicale (Lens) du 1er janvier 1905 — Le Matin des 30 mai et 1er juin 1907 — L’Humanité du 26 au 31 décembre 1905 et du 19 au 22 novembre 1907 — L’Anarchie du 18 décembre 1913 — Vivien Bouhey, Les Anarchistes contre la république, PUR, 2008 — René Bianco, Un siècle de presse... — Romain Ducoulombier, Novembre 1918, le socialisme à la croisée des chemins, Fondation Jean-Jaurès, 2008.

Guillaume Davranche

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