NAHON Jean, Pierre, Joseph [dit Ernest] [Dictionnaire des anarchistes]

Par René Bianco, Rolf Dupuy, Dominique Petit

Né à Caussade (Tarn-et-Garonne) le 26 février 1862. Colporteur en articles de mercerie, puis cafetier.

Ernest Nahon profita, dans les années 1880-1890, de son métier de marchand forain pour faire de la propagande anarchiste dans le sud-est de la France. Il vint une première fois à Marseille en 1886 et y donna plusieurs causeries dans divers quartiers de la ville.

Revenu à Marseille il se montra très critique envers les syndicats dont il disait qu’ils étaient bons « tout au plus à engraisser quelques exploiteurs au détriment des travailleurs ». Le 10 novembre 1888, il tint au Bar Livergne, chemin d’Endoume, une réunion à laquelle assistèrent, selon la police, « vingt personnes, dont huit italiens et quatre femmes » et qui avait pour but de « préparer le terrain en vue de la création d’un cercle anarchiste au dessus de cet établissement ». Il fut fin 1889 membre du groupe marseillais Les Penseurs et en janvier logea 3 rue de l’Ecole de Médecine, domicile qu’il quitta « furtivement sans payer ». Il déménagea une nouvelle fois « à la cloche de bois » en novembre 1890 du garni qu’il occupait 2 rue Molière.

Il était alors parti pour Lyon où le 1er novembre 1890, il prit part, aux côtés d’Octave Jahn* et de P. Bernard*, à l’organisation d’un congrès régional de tous les groupes anarchistes de la région de l’Est ; 150 délégués y discutèrent de la grève générale et de l’entrée des anarchistes dans les syndicats. Nahon, jugeant la grève inutile, s’opposa à l’entrée dans les syndicats et préconisa la révolte armée. Le congrès avait été précédé, la veille, d’un grand meeting public, salle Rivoire, où des discours très violents avaient été prononcés à propos de la grève générale, de la révolution pour le 1er mai 1891 et des actes de propagande par le fait. Nahon se fit particulièrement remarquer par sa violence et par les injures qu’il adressa au commissaire de police présent dans la salle. Le 2 novembre la police opéra cinq arrestations parmi les délégués du congrès. Nahon fut arrêté et condamné à deux mois de prison pour outrage envers le commissaire de police.

En février 1891, il participa à Romans (Drôme) à une grande réunion contradictoire puis retourna sans doute à Marseille, puisqu’en mai 1891, il y déménageait de nouveau « à la cloche de bois » d’un garni situé 8 rue des Consuls. En septembre il tenta d’organiser à Marseille un congrès international qui n’eut pas lieu, faute de fonds (cf. La Révolte, 1er août 1891). Puis il partit pour Toulon où en 1893 et 1894, il prit une part active aux réunions anarchistes. Lors d’une conférence tenue à Marseille en janvier 1894 par Dumas de Saint-Etienne, Nahon aurait, selon le commissaire de police, « encensé la fameuse marmite… qui doit épurer la société gangrenée et pourrie », ajoutant que « le drapeau tricolore est bon tout au plus à faire des mêches pour les marmites révolutionnaires » (cf. rapport commissaire de police du 11e arrondissement, du 24 janvier 1893).

En novembre 1893, il demeurait 7 rue Corneille à Toulon. Il était à cette époque l’orateur des réunions anarchistes, il prenait l’initiative de réunir les compagnons pour développer les théories anarchistes. Il disposait d’une certaine faculté d’élocution qui lui permettait de captiver l’attention de son auditoire. Il avait déjà fait un séjour assez prolongé à Toulon quelques années auparavant, pendant lequel il avait donné une dizaine de conférences mais sans jamais réunir plus de 30 personnes.

Puis Nahon se fixa en 1897 à Gap (Hautes-Alpes) où il tint un débit de boissons. En 1900, avec sa femme et leurs deux enfants, il s’installait à Toulon, où, selon la police, bien que continuant à assister à des réunions anarchistes et anticléricales, il « ne prend plus la parole en public » et est « tout à fait assagi ». Le 25 février 1907, grâce à l’appui du député socialiste et ancien anarchiste Ferrero, Ernest Nahon fut radié de l’état vert n° IV.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153943, notice NAHON Jean, Pierre, Joseph [dit Ernest] [Dictionnaire des anarchistes] par René Bianco, Rolf Dupuy, Dominique Petit, version mise en ligne le 7 avril 2014, dernière modification le 1er septembre 2016.

Par René Bianco, Rolf Dupuy, Dominique Petit

SOURCES :Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 6/3 396. — Arch. Dép. Cher, 25 M 132-133. — Arch. Nat. BB18/6449. — J. Masse, " Le Mouvement anarchiste dans le Var de 1875 à 1904 ", Actes du 90e congrès national des Sociétés savantes, Nice, 1965. — M. Massard, "Histoire du mouvement anarchiste à Lyon", DES, 1954 — AD Marseille M6/3349, 3350, 3351A, 3352, 3353, 3390, 3391, 3392, 3394, 3396, 3397, 3398, 6030, 6036 & Z1/10 — AD Aix 14U95 quinto — APpo BA 1499 = R. Bianco, « Le mouvement anarchiste… », op. cit. — La Révolte, années 1889 & 1891.

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