Né vers 1851, mort à Paris en juin 1911 ; ouvrier passementier ; militant anarchiste et syndicaliste de Saint-Étienne (Loire) ; impliqué dans le procès des 66.

Fils d’un ouvrier cordonnier et militant actif de la chambre syndicale des passementiers, Régis Faure, marié à la tailleuse Marie Fruget et père de deux enfants (dont l’un, Pierre, naquit le 17 mars 1876 à Saint-Etienne), fut aussi un des anarchistes les plus en vue de la région de Saint-Étienne. Il participa, comme délégué de la chambre syndicale des passementiers, au 2e congrès de la région de l’Est où il présenta les rapports concernant la femme et l’enseignement. Ce congrès, qui se tint à Saint-Étienne en juin 1881, était réuni conformément aux décisions prises par le congrès national ouvrier qui s’était ouvert à Marseille le 20 octobre 1879 et dont les travaux avaient abouti, entre autres résolutions, à la création d’un Parti des Travailleurs socialistes de France et à la division du pays en six régions
Régis Faure fut membre de la fédération révolutionnaire de la région de l’Est qui, dès mars 1881, quelques semaines avant la tenue à Paris du congrès régional du Centre qui marqua la scission entre socialistes et anarchistes, groupa la plupart des anarchistes de la région de l’Est, Saint-Étienne, Villefranche, Roanne et Lyon.
Il collabora au journal L’Etendard révolutionnaire (Lyon, 13 numéros du 30 juillet au 15 octobre 1882) qui avait succédé au Droit Social et fut suivi par La Vengeance Anarchiste. Il préparait à cette époque l’édition d’un journal local, Le Branlebas Stéphanois, dont les épreuves du premier numéro furent saisies à son domicile par la police. L’ours du journal indiquait : M. Carnage (Rédacteur en chef), Coup-en-Deux (secrétaire) et M. Dynamite (correspondance).
Le 18 juin 1882, il était, avec Toussaint Bordat*, à la tête de la manifestation organisée à La Ricamarie (Loire) à l’occasion de l’anniversaire de la fusillade des mineurs de la Loire qui fit treize morts et des blessés dans la nuit du 16 juin 1869. Les manifestants forcèrent les portes du cimetière que d’accord avec le préfet le maire avait fait fermer. Arrêté quelques jours après, Régis Faure fut condamné à dix jours de prison pour complicité de bris de clôture et violation de sépulture ; un mois de prison fut infligé à Bordat. Faure publia ensuite une brochure à ce sujet.
Il fit partie de la délégation qui représenta la fédération révolutionnaire à une réunion anarchiste, de caractère international, organisée sur l’initiative d’Élisée Reclus* à Genève, les 13 et 14 août 1882 ; les résolutions prises confirmèrent celles du congrès de Londres du 14 juillet 1881, à savoir : séparation la plus nette possible entre le mouvement anarchiste et les partis dits révolutionnaires, autonomie absolue des groupes « dans l’application des moyens qui leur sembleront les plus efficaces (Le Révolté, 19 août 1882).
Il fut impliqué dans le procès des 66, qui s’ouvrit à Lyon, devant le tribunal correctionnel, le 8 janvier 1883 (voir Toussaint Bordat) et condamné à quinze mois de prison, 200 francs d’amende et cinq ans de privation des droits civiques ; cette peine fut réduite par arrêt de la cour d’appel de Lyon, le 13 mars 1883, à un an de prison, 100 francs d’amende et cinq ans de privation des droits civiques. Pendant sa détention, ses enfants avaient été pris en charge par le compagnon Denhomme.
À sa libération en janvier 1884, il fut fêté par les compagnons. Il passa alors un certain temps en Suisse. En février 1885, il écrivait de Neuchâtel à Elisée Reclus : "Je suis heureux d’apprendre que les amis de Clairvaux sont en bonne santé... J’ai vu à mon départ de Saint-Étienne la mère de Ricard*, elle était au désespoir. Ce pauvre Jean, je l’aime malgré ses travers, il a des qualités que bien des compagnons devraient avoir. / Je vais partir, je verrai probablement Schwitzguébel* ; on m’a beaucoup parlé de lui, j’aimerais faire sa connaissance. Il y a aussi un de nos amis à Sonvillier, Pugin, que je tiens pour un bon compagnon et un excellent coeur. / Merci encore pour vos encouragements." Le 16 mars 1885, l’administration des PTT suisse mentionne "un envoi d’imprimés, adressés à M. R. Faure à La Chaux-de-Fonds".
Selon Jacques Gross*, c’est Régis Faure qui aurait alors rédigé le journal L’Egalitaire (Genève, 16 nos de mai 1885 à janvier 1886).
De retour en France, il reprit son activité militante, syndicaliste, anarchiste, coopératrice. On le trouve mêlé aux luttes anarchistes et syndicales de la région stéphanoise. Il fut arrêté, à titre préventif, la veille du 1er mai 1890, et à nouveau en 1892, à la veille du procès de Ravachol*. En 1899, il fut l’un des organisateurs de la grève générale de la passementerie à Saint-Étienne que marquèrent de violents incidents entre la troupe et les manifestants. Coopérateur actif, il anima l’Union des travailleurs, coopérative de consommation créée en 1878.
Régis Faure est mort à Paris en juin 1911.

ŒUVRE : La Vérité sur le scandale de la Ricamarie, suivi d’une Adresse aux mineurs du bassin de la Loire, Lyon, imprimerie A. Pastel, 1882, 16 p. (Archives fédérales suisses, E21 14091).

SOURCES : Arch. Dép. Loire 10 M 2, M 77 à 80, M 107, M 122, 19 M 1, M 6, M 11, M 20, 93 M 52. — Le Procès des anarchistes devant la police correctionnelle et la cour d’appel de Lyon, Lyon, 1883. — Archives fédérales suisses, E21 14088. — Lettre de Jacques Gross, 22 mars 1925, Max Nettlau Papers, IISG Amsterdam — R. Bianco, Un siècle de presse, op. cit. — Informations transmises par la famille (novembre 2007).

Jean Maitron. Notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell

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