FAUCIER Nicolas, Joseph [dit Saint-Just] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Guillaume Davranche

Né à Orléans (Loiret) le 30 mars 1900, décédé le 20 juin 1992 ; mécanicien, outilleur puis correcteur de presse ; anarchiste communiste, syndicaliste et pacifiste.

Nicolas Faucier
Nicolas Faucier
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Archétype du militant ouvrier probe et dévoué, surnommé « Saint-Just » par ses camarades selon un souvenir de Louis Mercier, Nicolas Faucier fut un des principaux animateurs de l’anarchisme français dans l’Entre-deux-guerres.

Nicolas Faucier naquit le sixième d’une famille de dix enfants. Ses parents, d’origine alsacienne, étaient venus s’installer en 1891 à Orléans où son père, bon ouvrier métallurgiste, avait du mal à faire vivre les siens. Très pauvre, la famille eut à subir les pressions d’un clergé qui lui faisait l’aumône de quelques secours et, de 8 à 12 ans, le jeune Nicolas fut enfant de chœur, comme deux de ses aînés l’avaient été avant lui, mais il perdit très tôt la foi.

Après avoir obtenu son certificat d’études primaires, le jeune Nicolas, féru de mécanique, s’embaucha dans un garage et, jusqu’à l’âge 18 ans, travailla chez divers patrons. Le 26 août 1918, il devança l’appel de sa classe et s’engagea pour trois ans dans la marine à Lorient ; trois mois plus tard, il était breveté mécanicien. En février 1919, il fut affecté en qualité de mécanicien sur le cuirassé Lorraine stationné dans le Bosphore. Pour avoir pris part à des manifestations de solidarité en faveur des mutins de la mer Noire, il fut puni de cellule et, par mesure disciplinaire, embarqué sur un autre navire.

Jeune métallo syndicaliste révolutionnaire

Démobilisé le 26 août 1921 avec le grade de quartier-maître mécanicien, Nicolas Faucier revint à Orléans où il travailla dans l’usine d’automobiles des frères Bellanger jusqu’en juin 1923. Après avoir été, un temps, membre de la Ligue des droits de l’homme, il adhéra en 1922 à la CGTU où il milita activement. Cependant, la vie orléanaise lui donnait le sentiment de rester à l’écart de la « mêlée sociale » (futur titre de ses Mémoires), et il décida de gagner la Région parisienne.

De juillet à octobre 1923, il travailla aux établissements Laffly à Gennevilliers. Il fut alors hébergé à Argenteuil, chez un ami d’un collègue de travail d’Orléans. Son hôte se trouvait être le secrétaire du groupe local de l’Union anarchiste (UA) et c’est par lui que Nicolas Faucier adhéra aux idées libertaires.

Ayant été remercié des établissements Laffly, Nicolas Faucier entra, le 16 octobre 1923, à l’atelier 17 (estampage) des usines Renault de Billancourt, qui employaient à l’époque 35 000 ouvriers. Il vécut quatre mois à l’hôtel National, place Nationale, en face de l’usine puis, le 30 janvier 1924, s’installa au 249, bd Jean-Jaurès. Toujours militant à la CGTU, il organisa avec ses camarades un « comité d’usine » qui n’eut guère d’influence. La distribution de brochures néomalthusiennes, Les Moyens d’éviter la grossesse, lui réussit mieux, et lui permit de faire quelques sympathisants et quelques abonnés au Libertaire, devenu quotidien. Il fut à l’époque secrétaire-trésorier du groupe de l’UA de Boulogne-Billancourt.

À l’époque, il rejoignit l’Union fédérative des syndicats autonomes (UFSA), qui regroupait les syndicats ayant rompu avec une CGTU désormais sous la coupe du PCF.

Une nuit qu’il collait des affiches contre la guerre du Rif, il pénétra dans l’enceinte de l’usine et, à l’aide d’une masse, mutila la statue de Marcel Renault. Cet « attentat », qui fut diversement apprécié par le petit personnel, ne fut pas son seul acte de résistance individuelle au système Renault. Refusant de « travailler pour la guerre », Nicolas Faucier refusa un jour de faire la matrice d’un crochet de tank. Il prit également l’habitude de respecter, pour lui-même, la loi des huit heures de 1919 que personne n’appliquait dans l’usine. Ayant entraîné quelques camarades dans son sillage, il stimula enfin un mouvement revendicatif à l’atelier 17. Faute d’une augmentation de salaire et de l’application des huit heures, l’ensemble de l’atelier très qualifié, menaçait de démissionner et de causer ainsi une interruption générale de la production. Le patron n’ayant pas cédé, ils réclamèrent leur compte le 12 mai 1925 mais, à leur surprise, Renault préféra sous-traiter à grands frais que de les reprendre.

Nicolas Faucier comprit alors que son nom avait été inscrit sur une liste noire patronale. Cherchant à s’embaucher, il fut remercié au bout de quelques jours par les usines Salmson à Billancourt, puis par Farman à Boulogne, sans raison officielle. Avant son départ, il « piqua un macadam » — se blessa volontairement — pour toucher l’assurance-accidents pendant quelques semaines. Puis, ne trouvant plus à s’embaucher, il devint camelot. Le 10 décembre 1925, il s’installa avec son frère André au 4 bis, rue Heinrich, à Boulogne-Billancourt.

En juin 1926, il cofonda avec Louis Lecoin le Comité de défense Sacco-Vanzetti. Il devait également s’engager, par la suite, dans le soutien à Makhno, Durruti*, Ascaso, Jover...

Responsable de l’UA et plate-formiste

Dans les débats qui, entre 1926 et 1931, divisèrent le mouvement libertaire autour de la Plate-forme dite d’Archinov, Nicolas Faucier fut résolument « plate-formiste ». Le 20 mars 1927, avec Pierre Odéon*, il assista à la conférence internationale sur la Plate-forme à L’Haÿ-les-Roses (voir Nestor Makhno). Il était alors secrétaire de la jeunesse de l’Union anarchiste communiste (UAC) et, en octobre 1927, devint trésorier de la fédération parisienne de l’UAC.

Lors du congrès tenu à Paris du 30 octobre au 1er novembre 1927, l’UAC adopta la Plate-forme et se rebaptisa Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR). Faucier fut alors nommé administrateur du Libertaire et gérant de La Librairie sociale, poste qu’il allait occuper jusqu’en décembre 1929. Désormais appointé par l’UACR, il habitait une petite chambre dans l’arrière-boutique de la librairie, au 29, rue Piat, à Paris 20e, qui était également le siège du Libertaire. Il devait conter les péripéties de sa période de « permanent anarchiste » dans Le Mouvement social en 1973.

Très en colère contre Sébastien Faure qui, hostile à la Plate-forme, avait quitté l’UACR pour rejoindre l’Association des fédéralistes anarchistes (AFA), Nicolas Faucier polémiqua avec lui dans Le Libertaire et se désabonna de L’Encyclopédie anarchiste. Il fut candidat abstentionniste à l’élection législative partielle de Paris 15e en avril 1928, puis aux élections municipales à Paris 19e.

En 1930, il se mit en ménage à Belleville avec Alice Boucher*, la sœur de René Boucher*. Ayant besoin d’un revenu plus conséquent, il quitta la permanence de l’UACR, qui fut reprise par René Frémont, et retrouva son métier d’ajusteur-outilleur. Il milita à l’Union des mécaniciens de la Seine (CGT) et participait au conseil syndical de Paris 20e. Le couple partit ensuite travailler à Puteaux, avant de revenir s’installer à Saint-Denis. Mais Alice Boucher était malade et, après une intervention chirurgicale, dut partir en convalescence dans le Midi.

En mars 1931, le couple s’installa à Coursan (Aude) chez des camarades. La fédération du Languedoc de l’UACR était assez forte, et influente parmi les ouvriers agricoles. Nicolas Faucier travailla aux vignes, puis comme maçon, participa au 1er mai et à un mouvement revendicatif. Cette immersion de Faucier dans les luttes rurales devaient d’ailleurs, selon Louis Mercier, se répercuter sur les positions de l’UACR sur les luttes paysannes. Il épousa Alice le 14 juin 1931 à Narbonne pour des raisons d’assurances sociales, puis le couple revint vivre à Saint-Denis. Faucier s’embaucha dans une usine de la ville et s’investit dans l’union locale CGT. Il fut également secrétaire du groupe UACR de Saint-Denis. Lors du congrès de la fédération parisienne, le 3 avril 1932, il présenta un rapport sur l’action antiparlementaire.

En juin 1932, Nicolas Faucier quitta la capitale avec sa compagne pour aller travailler à Lille comme marchand forain. Il milita avec le groupe local de l’UACR qui, à partir de janvier 1933, s’occupa beaucoup d’aider les réfugiés allemands fuyant le régime nazi.

En septembre 1933, le couple quitta Lille et Nicolas Faucier s’embaucha chez Chenard & Walcker, à Gennevilliers où il fonda une section CGT. Bientôt le couple s’installa au 16, rue Ernestine, à Paris 18e.

Après la nuit du 6 février 1934, Nicolas Faucier représenta l’UACR avec Anderson*, Lecoin et Frémont* à la réunion que tint à son siège, le 7 février, la direction de la CGT, et qui décida de la grève générale du 12 février. Par la suite, l’UACR appela à la réunification des forces anarchistes sous la bannière de l’antifascisme. Nicolas Faucier démarcha alors personnellement Sébastien Faure, pour l’adjurer de reprendre sa place dans l’organisation. Avec succès. Au congrès d’unité, tenu du 20 au 24 mai à Paris, l’UACR et l’AFA fusionnèrent et l’organisation reprit son nom d’UA. Faucier fut nommé à sa commission administrative et au comité de rédaction du Libertaire aux côtés de Louis Anderson, René Frémont, Sébastien Faure, Maurice Catalogne*, Haussard*, Marchal*, Mualdès* et Dorlet*.

Pendant ce temps, il était entré en conflit avec la direction de Chenard & Walcker, qui avait institué un système d’amendes pour les ouvriers arrivant en retard. Il fit condamner l’entreprise aux prud’hommes, mais se trouva de nouveau au chômage. En juin 1934, il fut admis comme stagiaire au syndicat des correcteurs, et apprit le métier à l’imprimerie G. Lang, rue Curial, à Paris 19e. Il travailla ensuite au Journal officiel. Le 1er juillet 1935, il fut admis définitivement au syndicat.

À l’assemblée générale du 14 juin 1936, il fut élu trésorier de la fédération parisienne de l’UA. Il était également, durant les grandes grèves de juin, responsable de la page syndicale du Libertaire. Le 3 juillet, alors que la vague de grève était passée et que la perspective révolutionnaire s’éloignait, il proposa la revendication de « contrôle ouvrier » sur les usines.

Animateur de la SIA et pacifiste révolutionnaire

Dès l’été 1936, Nicolas Faucier fut particulièrement actif dans le soutien à la Révolution espagnole. Au congrès du Comité anarcho-syndicaliste pour la défense et la libération du prolétariat espagnol (CASDLPE) des 24 et 25 octobre 1936 à Paris, il fit chorus avec Lecoin, Lucien Huart, Pierre Le Meillour* et Anderson qui défendaient un élargissement politique du soutien à la Révolution espagnole. Suite à cela fut créé le Comité pour l’Espagne libre (CEL), émanation de l’UA. Lecoin en fut le secrétaire, Faucier l’administrateur et Pierre Odéon* le factotum, à la fois coordinateur, chauffeur et secrétaire. Plus tard, l’équipe fut complétée par Le Meillour et Marcel Bullier*. En novembre 1936, Nicolas Faucier quitta son emploi de correcteur au Journal officiel pour assurer la permanence du Centre de ravitaillement des milices antifascistes d’Espagne, au 203, rue d’Alesia, à Paris 14e. Par la suite ce centre fut déménagé au 26, rue Crussol, à Paris 11e.

Le 22 novembre 1936, Nicolas Faucier, Louis Anderson et René Frémont représentèrent l’UA et le CEL aux obsèques de Durruti, à Barcelone.

Il semble qu’entre décembre 1936 et avril 1937, Nicolas Faucier ait de nouveau travaillé comme marchand forain, à Lille, où il habita 151, rue du Molinel.

Suite au congrès de l’UA, tenu à Paris les 30 octobre-1er novembre 1937, le CEL se transforma en section française de la Solidarité internationale antifasciste (SIA) dont Lecoin fut le secrétaire et Faucier le trésorier. La section française connut un grand développement ; elle groupa jusqu’à 15 000 adhérents et publia un hebdomadaire, SIA qui comptait encore 5 500 abonnés en février 1939. Elle assura aux antifascistes espagnols un soutien matériel d’une certaine importance : argent, vivres, médicaments, armes, et elle entretint près de Llansa, non loin de la frontière française, la colonie Ascaro-Durruti qui accueillit 300 enfants, la plupart orphelins de guerre.

À partir de mai 1938, Nicolas Faucier participa aux activités du Centre syndical d’action contre la guerre (CSACG), dont la ligne politique se partageait entre pacifistes et révolutionnaires. En effet, à mesure que l’Espagne libre perdait du terrain et que la menace de guerre européenne se rapprochait, l’ensemble du mouvement ouvrier français se divisait en trois tendances : les « défensistes » partisans d’une nouvelle union sacrée contre l’Allemagne ; les « pacifistes purs » tenants d’une union sacrée pour « sauver la paix » ; les « révolutionnaires » refusant toute forme d’union sacrée, qu’elle soit belliciste ou pacifiste. Malgré ses équivoques, Nicolas Faucier défendit dans le CSACG « la première réaction sérieuse [...] sur le plan syndical contre l’emprise du national-communisme et la politique d’union sacrée pratiquée par les dirigeants cégétistes », comme il l’écrivit dans Le Libertaire du 9 juin 1938.

Le 1er juillet, il déménagea au 59, rue Caulaincourt, à Paris 18e. Le 10 novembre 1938, quand la section française de la SIA lança son propre journal, SIA, Faucier en fut l’administrateur.

Au dernier trimestre 1938 le gouvernement Daladier commença à attaquer les acquis de Juin 36 et à réprimer le mouvement ouvrier. Le 12 décembre 1938, la 12e chambre du Tribunal correctionnel prononça une série de condamnations contre des responsables de l’UA et de la CGT-SR qui s’étaient rendus coupables de « provocation de militaires à la désobéissance » : Louis Boisson, gérant du Combat syndicaliste ; Louis Lecoin, secrétaire de la SIA ; Nicolas Faucier, trésorier de la SIA ; René Frémont, secrétaire de l’UA ; Fernand Vintrigner*, gérant du Libertaire ; Louis Anderson, collaborateur du Libertaire ; André Scheck*, administrateur du Libertaire ; Lucien Caumont*. L’ensemble des inculpés furent condamnés par défaut, sauf Boisson et Caumont qui s’étaient présentés à l’audience. Lecoin et Faucier écopèrent de six mois de prison et 200 francs d’amende, mais firent opposition.

Un article de SIA valut encore à Faucier deux ans de prison et à 100 francs d’amende, le 31 juillet 1939, pour « atteinte à l’intégrité de l’empire ». Sans doute fit-il opposition, car il ne fut pas aussitôt incarcéré. Il était encore, à cette époque, membre de la commission administrative de l’UA avec entre autres René Frémont (secrétaire), André Scheck (trésorier), Louis Anderson, Roger Boutefeu*, Henri Guérin*, René Ringenbach* et Fernand Vintrigner.

Le 3 septembre, la France déclara la guerre à l’Allemagne. Dès le lendemain, Nicolas Faucier, qui avait opté pour l’objection de conscience, écrivit aux autorités militaires pour revendiquer politiquement son insoumission. Il ne fut toutefois pas immédiatement arrêté et ce répit lui permit de participer, le 13 septembre, avec Albert Dremière*, à l’expédition de 100 000 exemplaires du tract « Paix immédiate » (voir Louis Lecoin).

Le 8 octobre, Nicolas Faucier fut arrêté à son domicile et incarcéré à la Santé. Du 13 au 22 novembre, il fut interné à la prison maritime de Lorient, où il subit des brimades. Puis il fut dirigé sur Orléans où on lui donna un ordre de route pour un régiment d’infanterie coloniale qu’il devait rejoindre au camp militaire d’Avord (Cher). Au lieu de cela, il se rendit Argenteuil, chez l’ami qui l’avait hébergé en 1923, et s’y cacha le temps de soigner une otite interne suppurante qui le faisait souffrir.

Le 4 février 1940, il fit ses adieux à son hôte et se rendit à la prévôté des Invalides où il se déclara insoumis. Brièvement incarcéré au Cherche-Midi, il fut envoyé au camp d’Avord, où il fut mis au cachot. Le 14 mars 1940, il comparut à Paris pour l’appel du jugement du 12 décembre 1938. Devant les juges, il tint un discours pacifiste révolutionnaire et sa peine fut aggravée : dix-huit mois de prison. De retour au camp d’Avord, il fut mis au cachot et protesta bruyamment contre ses condition d’enfermement en entonnant des chants révolutionnaires et en criant « À bas la guerre ! » tant qu’il le put.

Le mois suivant, 25 avril 1940, le tribunal militaire d’Orléans le condamna à trois ans de prison pour insoumission. Il fut interné à Poissy puis, quand la Wehrmacht approcha de Paris en juin 1940, les détenus furent transférés à Fontevrault (Maine-et-Loire), où Nicolas Faucier devait passer trois ans. En septembre, il y fit la connaissance de l’anarchiste Jean Duval*, condamné aux travaux forcés à perpétuité en 1913 pour avoir tiré, sans les tuer, sur deux sous-officiers du pénitencier d’Abbeville. Il lui promit de faire tout son possible, dès qu’il le pourrait, pour obtenir sa libération.

Une fois peine terminée, le 5 février 1943, Faucier dut maintenu administrativement en détention. Le 6 juillet, il fut transféré au camp de Rouillé (Vienne) puis, le 2 août, fut dirigé sur celui de Neuville (Vienne), où il serait mis à la disposition de l’organisation Todt, qui bâtissait une usine de guerre souterraine pour l’armée allemande. Le 12 décembre 1943, il parvint à s’évader, gagna Orléans, et se cacha quelque temps chez une amie à Olivet (Loiret). Jusqu’à la Libération, il vécut sous le nom de Georges Berger, travaillant à la réparation des voies de chemin de fer dans diverses régions.

Correcteur syndicaliste et pacifiste

En septembre 1944, Nicolas Faucier reprit son métier de correcteur à Paris et, comme promis, entreprit des démarches en faveur de Jean Duval. Avec l’aide des anciens avocats de la SIA, Marcel Fourrier et Gérard Rosenthal, du secrétaire de la fédération du Livre de Belgique, Jean de Boë* et du secrétaire général de la CGT, Léon Jouhaux, il finit par obtenir satisfaction. Le 11 mai 1948, définitivement libéré, Jean Duval vint le remercier.

À la Libération, Nicolas Faucier n’adhéra pas à la Fédération anarchiste, même s’il lui arrivait de fréquenter son siège au 145, quai de Valmy, et de discuter avec les jeunes militants qui prenaient la relève. En revanche, il participa au Comité de défense syndicaliste qui regroupait les anarcho-syndicalistes au sein de la CGT, et fut chargé d’animer son bulletin, La Bataille syndicaliste, qui sortit une dizaine de numéros à partir du 1er mars 1945.

Fin 1945, il dut, pour des raisons de santé, quitter l’atmosphère confinée des imprimeries et redevint forain sur les marchés. Il ne fit son retour dans la correction qu’en juin 1948.

À compter de cette époque, il consacra l’essentiel de son action militante au syndicalisme et au pacifisme, qui marquèrent la plupart des articles qu’il donna à la revue de Louis Lecoin, Défense de l’homme, et à La Révolution prolétarienne, de Pierre Monatte, dont il avait intégré le noyau rédactionnel. Il participa également au groupe Zimmerwald fondé par Maurice Chambelland en janvier 1952.

De 1951 à 1955, il fut membre du comité du Syndicat des correcteurs et, en 1955, fut son délégué au congrès de la fédération du Livre à Paris. Il adhéra également au groupement pacifiste Les Artisans de la paix, et collabora à son journal, La Paix du monde. Le 23 février 1954, il fut élu trésorier des Forces libres de la paix (FLP) un cartel d’organisations pacifistes dont le pasteur Voge était le secrétaire général, et Maurice Laisant le secrétaire à la propagande.

De 1953 à 1955, il fut secrétaire du Comité interentreprises de presse du Croissant, et, de 1956 à 1959, anima le groupe d’études et de discussions syndicales du Syndicat des correcteurs. À l’époque, il donna également des articles au Monde libertaire.

En 1956, à l’occasion du cinquantenaire de la Charte d’Amiens, La Révolution prolétarienne lança une initiative pour la réunification syndicale. Ainsi fut créée l’Union des syndicalistes, dont Nicolas Faucier fut un des animateurs, et qui devait perdurer discrètement jusqu’au début des années 1980. En juin 1957, l’Union des syndicalistes impulsa la plate-forme « Pour un mouvement syndical uni et démocratique » (Pumsud), qui parvint à réunir 300 participants à une conférence en janvier 1960 à Paris. Puis la dynamique s’enraya et le Pumsud végéta une dizaine d’années avant de s’éteindre.

En 1962, Nicolas Faucier aida Louis Lecoin dans sa grève de la faim pour obtenir l’objection de conscience, animant un meeting de soutien à Saint-Nazaire. Il collabora alors au journal de Lecoin, Liberté.

En février 1964, La Révolution prolétarienne impulsa la coopérative Les Éditions syndicalistes. Le premier livre qu’elle édita fut l’ouvrage de Faucier La Presse quotidienne. Ceux qui l’inspirent. Ceux qui la font.

Retraité depuis 1965, Nicolas Faucier s’installa en juin 1968 au 13, rue de Mexico, à Saint-Nazaire, dont le climat devait mieux convenir à la santé de sa femme. Il y fréquenta le syndicaliste Paul Malnoë, qui collaborait à La Révolution prolétarienne. Grâce à la documentation de Malnoë que Faucier publia, en 1976, Les Ouvriers de Saint-Nazaire, sur l’histoire du mouvement social dans cette ville. La revue Interrogations, de son ami Louis Mercier, en publia des extraits.

En 1977, il témoigna en faveur d’objecteurs de conscience qui comparaissaient devant les tribunaux. Il adhéra également à la section nazairienne d’Amnesty International, et collabora régulièrement au journal de May Picqueray, Le Réfractaire, jusqu’à sa disparition en 1983. L’année suivante, il entreprit la rédaction de ses Mémoires.

De 1985 à sa mort, il présida le groupe nazairien de la Libre-Pensée et, en 1988, ouvrit les travaux du congrès national de la Libre-Pensée à Saint-Sébastien-sur-Loire (Loire-Atlantique). En 1989, il fut un des fondateurs du Collectif contre la répression en Chine. En juin de cette année, sa femme décéda.

Lors de la guerre du Golfe, en janvier 1991, Faucier intervint régulièrement dans les réunions du collectif contre la guerre. Quelques mois avant, il avait écrit dans un journal local : « À plus de 90 ans, je pourrais dire que je n’ai plus beaucoup à espérer. Mais je n’en ai pas le droit, d’autres ont repris le flambeau... La révolution libertaire n’est pas une notion dépassée. Chacun doit se battre parce que la lutte est quotidienne. Je me battrais jusqu’à mon dernier souffle. Sans prétention, je crois avoir fait ce que je devais faire et je ne regrette rien de ce que j’ai fait. »

En août 2008, la Libre-Pensée fit apposer une plaque commémorative sur la maison où il avait vécu à Saint-Nazaire.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153918, notice FAUCIER Nicolas, Joseph [dit Saint-Just] [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Guillaume Davranche, version mise en ligne le 10 mars 2014, dernière modification le 22 août 2017.

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Guillaume Davranche

Nicolas Faucier
Nicolas Faucier
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ŒUVRE : La Presse quotidienne. Ceux qui l’inspirent. Ceux qui la font, Les Éditions syndicalistes, 1964 — Les Ouvriers de Saint-Nazaire, Les Éditions syndicalistes, 1976 — Pacifisme et antimilitarisme dans l’entre-deux-guerres (1919-1939), Spartacus, 1983 — Dans la mêlée sociale. Itinéraire d’un anarcho-syndicaliste, La Digitale, 1988. Nicolas Faucier a fait don de ses archives au Centre d’histoire sociale de Paris-I.

SOURCES : État civil d’Orléans — Arch. IISG carton 113. - CAC Fontainebleau 20010216 art 170 / 5869 et 5863 — Arch. PPo 49 et 50, et BA/1899 (chemise E135971 Dossier SIA) — Autobiographie manuscrite de Nicolas Faucier pour Jean Maitron — Le Libertaire, année 1934 — SIA, 15 décembre 1938 —Nicolas Faucier, « Souvenirs d’un permanent anarchiste (1927-1929) », Le Mouvement social n° 83, avril-juin 1973 — Yves Blondeau, Le syndicat des correcteurs, supplément au Bulletin des correcteurs n°99, 1973 — René Bianco, « Cent ans de presse anarchiste... », op. cit.— « Témoignages 1939-1945 » (Témoignage de N. Faucier), Bulletin du CIRA, Marseille, n°23/25, 1985 — « 1886-1936 et quelques autres anniversaires » (Témoignage de Nicolas Faucier), Bulletin du CIRA, Marseille, n°26/27, 1986 —Le Monde, 7 juillet 1992 — Notices biographiques Renault, 2e fascicule, 1992 — Georges Fontenis, Changer le monde, Alternative libertaire, 2008 — Guillaume Davranche, « 1938 : les anarchistes ni “munichois” ni “antimunichois” », Alternative libertaire de septembre 2008 — La Libre-Pensée nantaise de novembre 2008 — notes de Marianne Enckell.

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