FAGES Victor [ou Eugène] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Yves Lequin, notice complétée par Guillaume Davranche, Marianne Enckell

Né le 26 janvier 1847 ; militaire, puis ouvrier drapier ; anarchiste.

Militaire de carrière, gravement blessé pendant la guerre de 1870-1871, Victor Fages (parfois orthographié Farges), devenu infirme, vécut d’abord à Grenoble, avant de venir travailler dans l’industrie drapière à Vienne (Isère).

En 1880, il était un des principaux animateurs du groupe anarchiste Les Indignés (voir Pierre Martin).

Il appartint à la fédération révolutionnaire de la région de l’Est qui, en mars 1881 — c’est-à-dire quelques semaines avant la tenue à Paris du congrès régional du Centre qui marqua la scission entre socialistes et anarchistes — groupait la plupart des anarchistes de la région de l’Est.

Avec Louis Genet et Michel Sala, Victor Fages fut délégué par les Indignés à la réunion anarchiste internationale de Genève, les 13 et 14 août 1882, sur l’initiative de la Fédération jurassienne, qui réaffirma la nécessité de la propagande par le fait (voir Bordat). Fages y affirma que des essais réussis d’explosion à la nitroglycérine avaient été effectués à Vienne. La deuxième journée de la réunion, il fut décidé qu’une grève générale serait tentée à Vienne. Au retour de leurs délégués, les anarchistes tentèrent d’organiser une manifestation. Fages tenta de débaucher les ouvriers, mais ceux-ci restèrent indifférents.

Victor Fages resta pendant une dizaine d’années un des animateurs des mouvements revendicatifs et politiques du prolétariat viennois. Il était considéré comme un élément particulièrement dangereux, et étroitement surveillé. C’est lui qui prit l’initiative d’une souscription pour offrir un revolver d’honneur à Fournier, l’ouvrier gréviste qui avait tiré, le 24 mars 1882, sur un patron à Roanne (Loire).

À la suite des violentes manifestations des mineurs de Montceau-les-Mines d’août 1882, et des attentats à la bombe perpétrés à Lyon en octobre 1882, Fages fut impliqué dans le procès, dit « Procès des 66 », qui s’ouvrit à Lyon devant le tribunal correctionnel le 8 janvier 1883. Selon l’importance des charges retenues contre eux, l’accusation avait classé les prévenus en deux catégories (voir Bordat). Fages, prévenu de la première catégorie, fut condamné, le 19 janvier 1883, à un an de prison, 100 f d’amende et cinq ans de privation des droits civiques, civils et de famille ; ce jugement fut confirmé par la cour d’appel de Lyon le 13 mars 1883.

En 1889, il eut un fils qu’il prénomma Spies, en hommage à August Spies, un des « martyrs de Chicago », et organisa une fête pour son pseudo-baptême au mois de décembre.

En 1890, il fut prévenu d’incitation au meurtre, pillage et incendie, mais non condamné.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153916, notice FAGES Victor [ou Eugène] [Dictionnaire des anarchistes] par Yves Lequin, notice complétée par Guillaume Davranche, Marianne Enckell, version mise en ligne le 5 avril 2014, dernière modification le 15 décembre 2018.

Par Yves Lequin, notice complétée par Guillaume Davranche, Marianne Enckell

SOURCES : Arch. Dép. Isère, 75 M I. — Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste en France, Gallimard, 1975. — Carole Reynaud-Paligot, « Une décennie parmi les anarchistes viennois, 1880-1890 », IEP de Grenoble, 1988. — Le Procès des anarchistes devant la police correctionnelle et la cour d’appel de Lyon, Lyon, 1883. — La Révolte 16, décembre 1889 — Vivien Bouhey, op. cit., annexe 49.

Version imprimable Signaler un complément