Né le 12 mars 1850 à Cérans-Foulletourte (Sarthe) ; mort à Brooklyn, New York (États-Unis) le 29 mars 1935 ; membre du groupe anarchiste parisien La Panthère des Batignolles ; praticien de la reprise individuelle ; condamné aux travaux forcés à perpétuité en janvier 1887, évadé du bagne en avril 1901.

Clément Duval (1887)
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Clément Duval était, avec Ritzerfeld*, un des animateurs du groupe anarchiste La Panthère des Batignolles à Paris, dans le XVIIe arr., fondé en 1882 ; une dizaine de militants, dont Tortelier*, fréquentaient les réunions. À l’ordre du jour de la première réunion figurait une seule question révélatrice et des idées en cours dans certains milieux anarchistes de l’époque, et du libéralisme en matière de presse. « De la confection des bombes à main » (cf. L’Étendard révolutionnaire, 15 octobre 1882).
Le 5 octobre 1886, un incendie éclatait dans un hôtel particulier de la rue de Monceau à Paris, VIIIe arr. ; l’incendie avait été allumé par des voleurs, qui avaient emporté argenterie et bijoux.
Quelques jours plus tard, à la suite d’une perquisition chez un nommé Didier, receleur des objets volés, Clément Duval fut arrêté — non sans avoir blessé le sergent Rossignol de quelques coups de poignard superficiels — comme étant l’auteur ou l’un des auteurs du vol. Emprisonné à Mazas, il écrivit le 24 octobre 1886 au journal Le Révolté (n° 6, du 12 novembre 1886), pour se justifier, au nom des théories qu’il exposera en cour d’assises, d’une condamnation à un an de prison pour vol, encourue quelques années auparavant.
Le 11 janvier 1887, il comparut devant la cour d’assises de la Seine. Duval se retrancha pour les faits matériels derrière un certain Turquet (qui ne fut jamais retrouvé), mais revendiqua le droit à la « restitution ». « À mon point de vue, déclara-t-il, je ne suis pas un voleur. La nature, en créant l’homme, lui donne le droit à l’existence et, ce droit, l’homme a le devoir de l’exercer dans sa plénitude. Si donc la société ne lui fournit pas de quoi subsister, l’être humain peut légitimement prendre son nécessaire là où il y a du superflu » (Le Révolté, 29 janvier-4 février 1887).
Après la plaidoirie de Me Labori et des débats houleux (l’accusé voulant parler en « accusateur »), Duval fut condamné à la peine de mort. Cette peine ayant été commuée en travaux forcés à perpétuité, il fut envoyé aux Îles du Salut où il resta quatorze ans. Transféré à Saint-Laurent-du-Maroni, il parvint à s’évader en avril 1901, à sa dix-huitième tentative. Dans une lettre datée du 17 juillet 1901, adressée à Jean Grave* et signée Clément, Louis, Duval demandait 500 f. Il indiquait qu’il jouissait depuis trois mois d’« un semblant de liberté » en Guyane anglaise, mais qu’il n’avait ni travail ni argent et qu’on ne lui accordait que jusqu’au 10 août pour quitter la colonie. Duval terminait « Bien à vous et à l’A... »
C’est en 1903 qu’il put gagner les États-Unis où il vécut désormais. Hébergé par des camarades tantôt français, tantôt italiens, il fut encouragé à rédiger ses mémoires, dont la traduction parut en feuilleton puis en volume en 1929 : Memorie autobiografiche. Il y donne un témoignage précieux sur la vie quotidienne au bagne et sur nombre d’autres forçats. Le manuscrit fut conservé par les rédacteurs successifs du périodique L’Adunata dei Refrattari, puis transmis au CIRA (Lausanne) en 1980. Marianne Enckell* l’a publié en grande partie.
L’En-Dehors, dans les numéros 97 (« début d’octobre 1926 ») et 206-207 (15 mai 1931) publia quelques pages des souvenirs de Duval, retraduits de l’italien.

SOURCES : J. Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste... op. cit.L’En-Dehors, n° 282, mi-mai 1935 — Moi, Clément Duval, bagnard et anarchiste, Paris, Editions ouvrières 1991 — ANOM, dossier personnel, passim — Archives CIRA, manuscrit, transcription et pièces complémentaires.

Jean Maitron, notice complétée par Marianne Enckell

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