Né le 5 mars 1852 à Saint-Etienne (Loire) ; teinturier puis cordonnier puis manœuvre ; anarchiste de Villefranche-sur-Saône et de Lyon.

En avril 1877, Antoine Desgranges fut désigné secrétaire d’un sous-groupe de la chambre syndicale de la teinture de Villefranche. Un an plus tard, il fut élu secrétaire général de la chambre et réélu dans cette fonction jusqu’en mars 1881. En novembre 1879, il fut élu conseiller municipal de Villefranche, mais il ne brigua pas le nouveau mandat qui lui fut proposé lors du renouvellement de 1880.
En septembre 1881, une grève des ouvriers teinturiers se déclara et Desgranges fut désigné secrétaire de la commission exécutive de la grève. Ce mouvement ouvrier, durement réprimé, fut décisif dans son évolution politique en direction de l’anarchisme. À la suite de cette grève, il fonda un groupe ouvrier d’étude des questions économiques qui devint le groupe du Glaive. Ne trouvant plus de travail, il quitta toutefois Villefranche pour s’installer à Lyon, chez Bordat*. Là, il voulut fonder un groupe des « expulsés caladois » (du nom des habitants de Villefranche) mais ce collectif n’eut pas d’existence réelle.
Le 25 octobre 1882, Desgranges fut arrêté au cours de l’enquête sur les explosions de bureau de recrutement et du restaurant L’Assommoir. Un lorgnon bleu qu’il portait parfois le désigna à la police comme étant l’un des auteurs de l’attentat à L’Assommoir. Toutefois, les confrontations avec les témoins ne donnèrent aucun résultat et la piste Desgranges fut abandonnée le 27 octobre.
Néanmoins, il fut compris dans le procès monstre, dit des 66, sous l’inculpation d’affiliation à une association internationale de travailleurs. Il était reproché aux accusés 1° d’avoir depuis moins de trois ans à Lyon, ou sur toute autre partie du territoire français, été affilié ou fait acte d’affiliation à une association internationale et ayant pour but de provoquer à la suspension du travail, à l’abolition du droit de propriété, de la famille, de la patrie, de la religion, et d’avoir ainsi commis un attentat contre la paix publique,
2° Et d’avoir dans les mêmes circonstances de temps et de lieu accepté des fonctions de cette association ou d’avoir sciemment concouru à son développement soit en recevant ou en provoquant à son profit des souscriptions, soit en lui procurant des adhésions collectives ou individuelles, soit enfin en propageant ses doctrines, ses statuts ou ses circulaires.
Lors des débats, Tressaud* lut une déclaration de principes collective à l’audience du 12 janvier dont Desgranges fut l’un des signataires. Classé dans la seconde catégorie de prévenus, il fut condamné à trois ans de prison, 500 francs d’amende et dix ans de surveillance et de privation des droits civils, civiques et de famille, peine confirmée en appel.
Le 14 novembre 1885, Antoine Desgranges fut condamné, par défaut, à 6 mois de prison pour outrages envers le maire de Villefranche. Il prit la fuite dès le rendu du procès ; il ne fut arrêté que le 31 mars 1886.
En 1892, le groupe anarchiste de Villefranche, fort d’une trentaine de membre, se réunissait habituellement chez Desgranges. En 1893, il fut le dépositaire pour Villefranche du journal L’Insurgé.
Il fut perquisitionné le 29 août 1894 ; quelques journaux furent saisis à son domicile.
Lors d’une perquisition opérée le 10 novembre 1894, au domicile de Paul Eugène Champalle, il fut saisi dix testaments de libres penseurs. Ceux-ci avaient été écrits par autant d’anarchistes caladois, dont Antoine Desgranges. Il fut d’ailleurs membre de la société la Libre Pensée de Villefranche.
Le 10 octobre 1911, Desgranges fut inscrit au carnet B du Rhône. En mai 1914, il en fut toutefois radié lors d’une révision des listes.

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 4M271, 4M301, 4M307, 4M311, 4M315, 4M318, 2U433, 2U464, Z56 130. — Arch. Nat. F7 14693. — Le procès des anarchistes devant la police correctionnelle et la cour d’appel de Lyon.

Laurent Gallet

Version imprimable de cet article Version imprimable