DERVIEUX Jean, Célestin [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Laurent Gallet et Rolf Dupuy

Né à Pélussin (Loire) le 9 mars 1856 ; forgeron, puis colporteur ; anarchiste.

Célestin Dervieux semble avoir fait plusieurs passages à Lyon avant de s’y installer durablement au début de 1884. Il fut en effet désigné assesseur lors d’une réunion tenue le 15 octobre 1881, salle de L’Élysée, organisée par la Fédération révolutionnaire (voir Joseph Bernard). Son nom figure en outre dans la liste de souscription pour l’achat d’un revolver d’honneur à Fournier ouverte dans le Droit social n°10. Chansonnier, il fit paraître dans le n°3 de La Lutte une de ses compositions : Venge-toi !

En 1884, il fut secrétaire de la rédaction de L’Alarme. Puis, à la suite de la saisie du n°3 du Droit anarchique et de l’arrestation de son gérant, Dervieux fit une déclaration de gérance d’un nouveau journal intitulé Hors la loi. Toutefois, ce titre ne vit jamais le jour, la déclaration remplie par Dervieux était incomplète, les gérants poursuivis les uns après les autres et les finances insuffisantes.

En 1885, il fut membre de la Commission pour la propagande abstentionniste à l’occasion des élections législatives. Outre la campagne d’affichage à laquelle il participa, Dervieux étudia un procédé pour mettre le feu aux urnes lors du dépouillement.

Dans la nuit du 19 au 20 décembre, il afficha à Lyon, des placards révolutionnaires intitulés « Appel des anarchistes à leurs frères de misère ».

En mars 1886, il quitta brièvement Lyon puis, en août, confonda l’hebdomadaire La Lutte sociale, dont il fut gérant. Le 26 septembre, une tombola fut organisée au bénéfice du journal. Un revolver, un pistolet à deux coups, un couteau catalan figuraient parmi d’autres lots plus anodins. Le 8 octobre, Dervieux fut condamné par le tribunal correctionnel de Lyon, à 16 francs d’amende pour organisation de loterie non autorisée en infraction avec l’article 4 de la loi du 21 mai 1836. Sur appel du ministère public la peine fut élevée à 100 francs d’amende et quinze jours de prison, précipitant la fermeture du journal. Cette année-là, Dervieux assistait aux réunions de L’Union anarchique, groupe actif à Lyon 3e, et à celles de la Bibliothèque d’études scientifiques et sociales (voir Joseph Bernard).

Le 6 décembre 1886, il prit part à une manifestation spontanée à l’issue d’un meeting organisé par la commission des ouvriers sans travail et les syndicats lyonnais. La manifestation se rendit à l’hôtel de ville puis au domicile du maire de Lyon. Le lendemain, une centaine de révolutionnaires, dont Dervieux, assistèrent à la séance du conseil municipal.

Le 8 février 1887, deux bombes explosèrent au palais de justice, blessant un commissaire et sept agents de police. L’enquête s’orienta vers les anarchistes. Puillet*, Bergues*, François Vitre* et Dervieux furent soupçonnés. Ce dernier fut perquisitionné le 9 février 1887, mais l’instruction n’alla pas plus loin.

Le 26 février 1887, il fut arrêté, ivre, pour tapage nocturne, puis condamné à un mois d’emprisonnement pour outrage et rébellion. En juin, il quitta Lyon, sans doute pour Saint-Étienne, et ne revint qu’au bout de vingt mois.

Fin avril 1890, Dervieux dut fuir en Suisse pour échapper à la rafle préventive en vue du 1er mai.

Le 5 juillet 1890, Dervieux et Puillet participèrent à une conférence à Vienne (Isère) en vue de fédérer les groupes anarchistes de Lyon et de Vienne. Un manifeste cosigné par les 23 délégués présents annonça la création d’une fédération, mais celle-ci n’exista que sur le papier.

En août 1890, Dervieux, Puillet et Émile Hugonnard* représentèrent les anarchistes lyonnais à un congrès régional à Genève (voir Octave Jahn).

En novembre 1890, Dervieux fut condamné par la cour d’assises du Cher à cinq ans de réclusion pour avoir fabriqué une centaine de pièces de 50 centimes. L’accusé se défendit en présentant la fabrication et l’émission de la fausse monnaie comme une application de ses opinions anarchistes. Le Rhône du 7 novembre 1890 rapporte que Dervieux s’échappa de la prison Saint-Amand en perçant, à l’aide d’un mauvais couteau, le mur d’une cheminée. Ce qui est certain, c’est qu’au 31 décembre 1894, date de révision des listes départementales d’anarchistes, il était toujours détenu.

En 1896, il fut à nouveau inscrit sur les listes d’anarchistes à surveiller dans le Rhône, mais le 6 août 1896, il fut déclaré disparu de Lyon et son signalement transmis pour recherches.

Le 28 février 1898, il était à Marseille où il accueillit Cyvoct lors de son retour en France après quatorze années de bagne.

Le 9 septembre 1909, Dervieux fut condamné par le tribunal correctionnel de Lyon à quarante jours de prison pour vagabondage. Il avait été arrêté par des gardiens de la paix qui l’avaient trouvé errant, sans domicile ni ressources. La police mentionne qu’à cette date, Dervieux avait déjà encouru cinq condamnations dans différentes villes pour outrage et rébellion, émission de fausse monnaie, évasion, vagabondage. Sa dernière condamnation remontait au 26 mai 1908 à Lyon : un mois d’emprisonnement. Toujours selon la police, Dervieux, depuis plusieurs années, vivait comme colporteur, sur le trimard.

Chansonnier amateur ayant une petite notoriété, on le vit fréquemment aux soirées familiales et autres tours de chant organisés en diverses occasions. Ainsi, il fut présent lors des soirées commémoratives de la Commune les 18 mars 1885, 1888 et 1889 et aux fêtes familiales de la noël 1886, et des 22 janvier 1887, 12 janvier 1896, 26 janvier 1896, 3 février 1901 et 12 mai 1901.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153896, notice DERVIEUX Jean, Célestin [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Laurent Gallet et Rolf Dupuy, version mise en ligne le 10 mars 2014, dernière modification le 24 août 2017.

Par Jean Maitron, notice complétée par Laurent Gallet et Rolf Dupuy

SOURCES : AD du Rhône 4M309, 2T93, 4M248, 4M306, 4M315, 4M251, 1Y232 — rapport de la police suisse, 21 août 1890 — Marcel Massard, « Histoire du mouvement anarchiste à Lyon, 1880-1894 », DES, Lyon, 1954 — René Bianco, « Un siècle de presse... », op. cit. — Gaetano Manfredonia, La chanson anarchiste en France des origines à 1914, L’Harmattan, 1997.

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