Né le 30 octobre 1859 à Condé-Folie (Somme) ; ouvrier tisseur ; anarchiste.

A l’automne 1888, Henri Decamps travaillait dans une usine des frères Saint, dans la Somme, où il fut repéré comme un révolutionnaire actif. Il habitait alors Saint-Ouen avec sa mère et sa grand-mère. Après le collage d’affiches « Aux conscrits » dans la bourgade et ses environs, dans la nuit du 24 au 25 décembre 1888, son logis fut perquisitionné le 5 janvier 1889 par la police, qui saisit des exemplaires de La Révolte.
Il prit part au congrès international anarchiste tenu à Paris les 1er et 8 septembre 1889, où il approuva les idées de Malato* sur le rôle des anarchistes en cas de guerre : se soustraire à l’ordre de mobilisation, et fomenter l’insurrection contre le gouvernement.
A cette époque, il s’installa au 31, rue Brunel, à Paris 17e.
Le 25 avril 1891, dans une réunion publique salle Mirot à Saint-Denis, Henri Decamps incita l’auditoire à faire du 1er mai une journée révolutionnaire. Des affiches anarchistes furent ensuite apposées à Saint-Denis, Levallois-Perret et Clichy.
Le 1er mai, une manifestation ouvrière quitta Levallois-Perret pour Clichy. Une vingtaine d’anarchistes y participaient, dont Henri Decamps, Charles Dardare* et Louis Léveillé*, munis d’un drapeau rouge. A l’arrivée, ils s’attablèrent chez un marchand de vins, et étaient en train de rouler leur drapeau quand un groupe de policiers et de gendarmes entra dans le commerce pour les arrêter. S’ensuivit une violente bagarre et un échange de coups de feu, les trois anarchistes étant armés de revolvers. Conduits au commissariat, ils y furent copieusement passés à tabac puis inculpés pour « coups volontaires, suivis d’effusion de sang, portés à des agents de la force publique ».
Tous trois furent traduits en Cour d’assises le 28 août 1891, mais c’est Decamps qui apparut à la presse comme la plus forte personnalité. Il avait alors déjà cinq condamnations inscrites au casier judiciaire. Durant l’audience, il revendiqua hautement sa qualité d’anarchiste, d’antipatriote, de travailleur et de père de famille qui « a toujours nourri ses enfants ». Justifiant ses actes, il argua de la légitime défense et affirma qu’il préférait être envoyé à l’échafaud qu’au bagne. « Ma tête ? On peut la couper. Je la livre : je la porterai fière et droite devant l’échafaud. Une tête d’anarchiste de plus ou de moins n’empêchera pas la propagande ».
Au terme du procès, Léveillé fut acquitté tandis que Decamps fut condamné à cinq ans de prison et Dardare à trois ans pour « coups volontaires, suivis d’effusion de sang, portés à des agents de la force publique ».
Decamps fut écroué à la centrale de Poissy. Pendant son incarcération, un de ses enfants, âgée de trois ans, fut recueilli par un couple d’anarchistes, les Chauveau. Puis après la mort de Chauveau en 1897, par le compagnon Galau.
L’affaire, très commentée dans La Révolte et Le Père Peinard, donna lieu à l’édition de la brochure de Sébastien Faure* L’Anarchie en Cour d’assises (1891).
L’affaire Decamps-Dardare-Léveillé fut également à l’origine de la vague d’attentats anarchistes de 1892-1894, puisque c’est pour protester contre ces condamnations que Ravachol*, le 11 puis le 27 mars 1892, attenta aux domiciles du président de la Cour d’assises, Benoit, et de l’avocat général Bulot.
Libéré en septembre 1896, Henri Decamps émigra aux États-Unis. Là, il prit langue avec les milieux francophones révolutionnaires et libertaires et fut l’un des premiers à rejoindre la colonie La Libre Initiative installée à Ramsey, New Jersey (voir M. Bouet).
En mars 1897, alors qu’un débat opposait partisans et adversaires de l’action directe, il adressa à la Tribune libre une lettre soulignant que les actes de violence avaient « sérieusement contribué à faire connaître les théories anarchistes », ce qui lui valut une réponse de Louis Goaziou*, en désaccord avec cette manière de voir.
Lors de la dissolution de La Libre Initiative, courant 1897, Henri Decamps décida de rester sur place avec sa compagne et leurs deux enfants. Il était résolu à ne jamais retourner en ville, et s’efforça de faire prospérer les terres agricoles qui lui avaient été laissées. Il fut secondé dans ses efforts par l’arrivée au printemps 1898 de David Mikol*, qui permit la construction d’un atelier de confection. Cherchant à renforcer le noyau de colons, Decamps pressa en vain Georges Etiévant* de traverser l’Atlantique pour les rejoindre. Decamps proposa ensuite de faire venir la veuve Chauveau (Tribune libre du 19 mai 1898). Six mois plus tard, toute la famille Decamps continuait de travailler avec ardeur pour faire vivre la ferme qui, avec l’aide de David Mikol, avait pratiquement atteint le stade de l’autosuffisance. Malgré une forte concurrence, ses produits étaient vendus à des sympathisants sur le marché de Paterson (Tribune libre du 6 octobre 1898).
Les rapports avec Goaziou se dégradèrent sérieusement suite à une rencontre orageuse dans les locaux du journal anarchiste italien La Questione sociale de Paterson. La dernière trace que l’on ait de Descamps concerne son rôle de briseur de grève à Norwalk (Connecticut), en décembre 1907.

SOURCES : L’Idée ouvrière du 14 janvier 1888 — La Révolte du 14 septembre 1889 & n°51, septembre 1891 — La Gazette des Tribunaux, 29 août 1891 — La Presse du 30 août 1891 — La Tribune libre, Charleroi (USA), 1896-1900 — René Bianco, Un siècle de presse anarchiste, op. cit. — Jean Maitron, Ravachol et les anarchistes, Gallimard, 1970. — Les Temps Nouveaux, 16 mai 1908 — Note de Dominique Petit.

Michel Cordillot, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

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